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Des « Noces de Figaro » de grand luxe à l’OSM

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Second des trois opéras de Mozart Da Ponte présentés en version concert par l’OSM, Les noces de Figaro, repris vendredi, réussite majeure, supérieure au Così fan tutte de 2025, repose sur une distribution très remarquable et bénéficie d’une direction alerte de Rafael Payare, ne laissant s’installer aucun temps mort.

Cela fait bien des années que nous ressassions que l’opéra en concert serait une formule gagnante à la Maison symphonique… Nous y voilà et pratiquement toutes les expériences le prouvent. À la Maison symphonique, la trame orchestrale est parfaitement perceptible, y compris les subtiles nuances et les fins équilibres polyphoniques d’un orchestre en formation chambriste cossue.

Par ailleurs, un chef agile et contorsionniste comme Rafael Payare parvient à établir une communication musicale avec les chanteurs évoluant derrière lui, d’autant que le choix se porte sur des artistes aguerris qui connaissent très bien leurs rôles.

Excellents choix

Pour ces présentations, l’OSM a trouvé une excellente astuce en coupant la large majorité des récitatifs au profit d’une narration française très bien conçue. Cela raccourcit aussi un peu la soirée, ce qui n’est pas un mal. Les quelques récitatifs qui sont des ponts incontournables entre deux scènes sont maintenus.

L’entrée de la narratrice a aussi comme grand avantage de dicter le rythme et d’éviter une suite d’airs applaudis comme un « tour de chant ». On préserve ainsi l’intensité de la narration et de l’action, en réservant principalement les applaudissements pour la fin des actes. Lorsqu’il n’y a pas de narration et que survient un léger flottement dans une entrée / sortie de chanteurs, Esther Gonthier exécute une habile broderie au pianoforte. D’ailleurs son travail avec Anna Burden, même si réduit par rapport à une représentation normale, est remarquable.

Dans l’habillage du spectacle, ces Noces de Figaro peuvent compter sur une mise en espace efficace d’Oriol Tomas dans un lieu habillé par des éclairages très élégants de Chantal Labonté. Si l’opéra en concert marche si bien ici c’est aussi parce que, en général, en Amérique du Nord on ne va pas à l’opéra pour la mise en scène. Il n’y a pas de relectures dramatiques ou de grands spectacles qui font événement. Alors on peut très bien s’en passer, adopter cette formule et entendre beaucoup mieux la musique qu’à Wilfrid-Pelletier.

Chanteurs

Et Dieu sait que cela valait la peine, car la distribution présentée cette semaine à Montréal, c’est du bonbon. Qui aurait pu penser qu’on aurait un jour la grande vedette Dorothea Röschmann en Marcelline ? Énoncer cela, c’est tout dire du luxe de cette présentation, avec un Figaro d’anthologie, Ildebrando D’Arcangelo, d’une présence et d’un abattage extraordinaire, qui rappelait Bryn Terfel jeune sur les planches du Met au début des années 90. On espère le revoir l’an prochain dans Don Giovanni, puisqu’il est plus ou moins le titulaire de référence du rôle de Leporello dans le monde. Face à un tel Figaro il est quasiment impossible d’avoir un Conte dominant et même le grand Luca Pisaroni doit y aller de sa carrure et de son autorité froide pour s’imposer en maître du plateau.

Même si nous ne sommes pas les plus grands admirateurs d’Anna Prohaska, il faut reconnaître que Susanna lui va à merveille, qu’elle chante le rôle avec une intelligence musicale et un vrai art vocal et que le contraste avec le moelleux vocal de la riche Comtesse de Masabane Cecilia Rangwanasha est absolument parfait. Le « Dove sono » de cette dernière a été un petit bijou. Avery Amereau, découverte grâce aux Violons du Roy il y a quelques années, a incarné un Chérubin coquin et agile ne forçant pas sur les effets vocaux ou l’exaltation du personnage.

Robert Pomakov (Don Bartolo), Angelo Moretti (Basilio / Don Curzio) et Geoffroy Salvas (Antonio) ont tous été impeccables et d’une excellente présence scénique, mais nous avons trouvé l’excellente Carole-Anne Roussel déjà trop mature et dense vocalement pour l’innocente Barbarina.

Rafael Payare a mené la folle journée avec une fièvre toujours contrôlée, un petit ensemble parfaitement proportionné et très agile laissant la part belle au bois dans une soirée admirable et précieuse.

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