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Des navires méthaniers dans l’habitat de baleines menacées

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Québec et Ottawa ont refusé le projet de GNL Québec en évoquant les risques liés au trafic des navires méthaniers pour le béluga. Or, Marinvest Energy pourrait aussi avoir des conséquences sur des cétacés en voie de disparition. Le ministère Pêches et Océans Canada a d’ailleurs a participé à plusieurs rencontres du fédéral sur le projet, a appris Le Devoir, mais il n’a pas évalué ses risques potentiels, puisque celui-ci serait « préliminaire ».

Les évaluations environnementales réalisées pour le projet d’usine de gaz naturel liquéfié (GNL) et d’exportation maritime de GNL Québec avaient mis en lumière les risques que représentaient les méthaniers pour le béluga, mais aussi pour d’autres espèces de cétacés du Saint-Laurent, dont le rorqual commun et le rorqual bleu, tous deux protégés en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP).

L’exportation du GNL par navires aurait en effet augmenté les risques de collisions, mais aussi la pollution sonore dans l’habitat de ces animaux pour qui le son est un élément essentiel. L’entreprise prévoyait alors plus de 400 passages de méthaniers par année. Ces navires peuvent atteindre plus de 300 mètres de longueur, pour une largeur de 50 mètres.

Marinvest Energy produirait une quantité semblable de GNL à son usine de Baie-Comeau, qui pourrait être construite en milieu marin, soit dans la baie des Anglais. L’entreprise n’a pas encore publié les détails et n’a pas répondu à notre question sur les enjeux en milieu marin.

Chose certaine, les navires de GNL circuleraient dans des habitats importants pour le béluga. Selon les données de Pêches et Océans Canada (MPO), la région maritime située au large de Baie-Comeau « est reconnue comme étant une aire d’importance pour le béluga durant la période hivernale, soit de janvier à mars ».

Directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins, Robert Michaud confirme ces constats. « Il y a des observations récurrentes et importantes au large de Baie-Comeau, souligne-t-il. Ces secteurs sont importants pour l’espèce. »

Les données de MPO doivent servir à préciser et à protéger l’« habitat essentiel », une obligation du gouvernement fédéral en vertu de la LEP. Cette mesure est déjà en vigueur pour l’habitat estival, mais il reste à le faire pour les autres périodes de l’année. Pour le moment, ce n’est toujours pas fait. Cela signifie que cet habitat n’est pas légalement protégé, par exemple contre les répercussions du trafic maritime. Et même si la LEP protège les « individus » de l’espèce, le gouvernement Carney se réserve le droit de contourner la législation si un projet est autorisé en tant que projet d’« intérêt national ».

Rorqual bleu et collisions

Le béluga n’est pas la seule espèce « en voie de disparition » qui fréquente les eaux où transiteraient les méthaniers. C’est aussi le cas du rorqual bleu. Fondateur de la Station de recherche des îles Mingan, Richard Sears confirme que le rorqual bleu est présent dans ce secteur durant toute l’année, tout comme le rorqual commun.

Le scientifique ajoute que, malgré le fait que le rorqual bleu est désigné comme « en voie de disparition » depuis plus de 20 ans, le gouvernement fédéral n’a toujours pas statué sur la protection de l’habitat essentiel. Or, la population qui fréquente le Saint-Laurent et l’est du Canada est extrêmement menacée, avec à peine 250 individus adultes.

Dans ce contexte, Richard Sears est formel : le projet de Marinvest Energy représente une menace supplémentaire. « C’est un problème. Ça ajoute du bruit et des risques de collisions. On augmente les risques avec ce projet et les autres à venir, comme le port de Contrecœur, ceux sur le Saguenay, etc. » Selon lui, « même si on décide d’imposer des mesures comme la réduction de vitesse des navires ou des couloirs de navigation, on n’élimine pas le risque. Dans cette région, il y a des baleines qui peuvent être présentes un peu partout ».

Robert Michaud appelle lui aussi à la prudence. « Toute augmentation du trafic dans l’habitat des mammifères marins, comme le rorqual bleu, augmente les risques. Il faut donc bien les évaluer et prévoir des mesures d’atténuation. Nous sommes dans une période critique. Il y a de quoi s’inquiéter, parce qu’il y a des pressions pour relâcher les mesures de protection, dans le contexte de crise. »

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