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Les municipalités québécoises ont appelé le gouvernement provincial à prioriser les infrastructures en eau dans le cadre de la Journée mondiale de l’eau dimanche.
« On est à la veille d’une catastrophe quand on a 10 % de nos infrastructures qui sont en mauvais ou très mauvais état », a lancé Mathieu Laneuville, p.-d.g. du regroupement de spécialistes Réseau Environnement, en entrevue avec Le Devoir dimanche.
À leurs côtés, le maire de Québec et des représentants de la Ville de Montréal, de l’Union des municipalités du Québec et de la Fédération québécoise des municipalités ont dénoncé le manque d’investissement dans les infrastructures d’eau vieillissantes.
Ils réclament que le financement du réseau de l’eau soit une question prioritaire dans la campagne en vue des élections provinciales prévues pour le 5 octobre.
Selon M. Laneuville, le problème n’est pas un manque de compréhension du dossier. « Ça a du sens pour tout le monde, tout le monde voit la chose, dit-il. Mais là, ce dont on a besoin, c’est d’action. »
« Maintenir et mettre à niveau nos infrastructures, c’est aussi ça, prendre soin de notre monde. Les gouvernements attendent trop souvent qu’un problème devienne visible pour agir », a dénoncé Bruno Marchand, maire de la Ville de Québec, par voie de communiqué.
Le groupe de municipalités souligne un déficit de 19,3 milliards de dollars pour la réparation des infrastructures d’eau. En plus de cela, seuls 40 % des coûts reliés au maintien de ces infrastructures sont actuellement déboursés par les gouvernements fédéral, provincial et municipaux, dénonce-t-il. « On n’est pas capables de bien gérer notre ressource quand il nous manque 60 % de l’enveloppe pour bien gérer un service qui est essentiel », déclare M. Laneuville.
Des investissements « pas au rendez-vous »
« Quand on parle de dette ici pour les infrastructures d’eau, ce n’est pas juste une dette financière, déclare M. Laneuville, mais c’est aussi un risque [de bris] qui augmente de plus en plus. »
Le budget québécois dévoilé la semaine dernière ne règle pas le problème de sous-financement, selon lui, et il ajoute que les investissements espérés « n’étaient pas au rendez-vous ».
Il estime que les coûts des infrastructures vieillissantes, que ce soit les conséquences sur la santé ou les dommages physiques lors d’un bris, finissent par retomber sur les Québécois. « On finit par payer comme contribuables [et] éponger la dette de toutes ces infrastructures-là qui sont déduites. »
Alan DeSousa, responsable de la mobilité et des infrastructures au comité exécutif de la Ville de Montréal, a profité de la conférence pour souligner que les infrastructures de la métropole sont « mises à rude épreuve par des épisodes de pluies intenses de plus en plus fréquents en raison des changements climatiques ».
« Maintenir ces actifs en bon état tout en maîtrisant les coûts représente un défi majeur, d’où l’importance d’investir chaque dollar de manière stratégique », ajoute-t-il par voie de communiqué.
Des conséquences dans plusieurs secteurs
M. Laneuville souligne que le système d’infrastructures d’eau du Québec est vaste, mais facilement oublié.
« Tout le monde va se rendre compte que les chaussées sont dégradées », explique-t-il. « Par contre, au niveau des aqueducs, des égouts, on ne voit pas nécessairement les dommages au jour le jour parce que ce sont des infrastructures souterraines. Pourtant, les dommages sont bien réels. »
Les répercussions du mauvais état des infrastructures d’eau touchent plusieurs secteurs, de la santé au logement. M. Laneuville donne l’exemple de certaines municipalités qui ne peuvent pas construire de nouveaux logements, car le système d’eau ne peut pas les alimenter, un problème qu’ont aussi souligné le maire de Québec, Bruno Marchand, ainsi que Julie Bourdon, vice-présidente de l’Union des municipalités du Québec et mairesse de Granby, lors de la conférence de presse.
Danger de « faillite » de l’eau
Mathieu Laneuville critique l’« apparence d’abondance de l’eau » qu’il remarque dans le discours québécois. Il rappelle que l’ONU a récemment sonné l’alarme sur une « faillite mondiale » de l’eau.
« On prend plus d’eau que ce qu’elle est capable de régénérer elle-même », résume-t-il. « Avec les changements climatiques en ce moment, avec l’accroissement de la population aussi, ça exacerbe la pression sur nos ressources en eau. »
Les changements climatiques augmentent aussi les pluies diluviennes et les sécheresses, ce qui a une incidence directe sur les infrastructures d’eau.
Selon lui, une partie importante de la solution est de s’attaquer à la source du problème : la consommation d’eau. En effet, les Québécois consomment plus d’eau que la moyenne canadienne. « Plutôt que de surdimensionner nos infrastructures, on serait en mesure d’avoir des consommations plus raisonnables », dit-il.


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