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Des maisons du littoral ne trouvent plus d’acheteur, et ce qui les condamne n’ouvre droit à aucune indemnisation

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Une maison de bord de mer peut perdre toute sa valeur marchande sans qu’un seul mur ne se soit fissuré. Ce qui la condamne n’est pas un sinistre au sens où la loi l’entend, mais un mouvement lent, cartographié, documenté depuis des années : le recul du trait de côte. Et ce phénomène, aussi certain soit-il, n’ouvre droit à aucune indemnisation.

À retenir

  • Le recul du trait de côte n’est pas couvert par le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles car il s’agit d’un phénomène prévisible et progressif.
  • La loi Climat et résilience impose aux communes littorales une cartographie d’exposition du trait de côte à court terme (0-30 ans) et long terme (30-100 ans).
  • Dès qu’une parcelle entre dans la cartographie d’exposition, son prix s’effondre car l’information devient obligatoire pour tous les acteurs de la transaction immobilière.

Sommaire

  1. Submersion, érosion : une frontière juridique que presque personne ne connaît
  2. Le dispositif Climat et résilience : cartographier avant que ça craque
  3. Le prix se fige avant même que la falaise ne bouge
  4. Craie qui casse, dune qui glisse : deux érosions, un même verdict

Submersion, érosion : une frontière juridique que presque personne ne connaît

Le régime des catastrophes naturelles, financé par une surprime obligatoire sur les contrats d’assurance habitation, repose sur une logique précise : indemniser des dommages provoqués par un événement brutal et imprévisible. Une indemnisation pour submersion marine suppose qu’un arrêté interministériel constate l’état de catastrophe naturelle dans la zone concernée, et que les dommages en soient une conséquence directe survenue pendant la période définie par l’arrêté. Le recul du trait de côte, lui, reste hors du dispositif. Contrairement à la submersion, il n’est pas couvert par le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles, car il s’agit d’un phénomène prévisible et progressif, et non d’un événement soudain.

On n’assure pas un événement certain.

L’immeuble Le Signal, à Soulac-sur-Mer en Gironde, édifié à 200 mètres de la côte en 1967, s’est retrouvé à une dizaine de mètres de l’océan après les tempêtes de l’hiver 2013-2014, contraignant ses 75 copropriétaires à évacuer en urgence en janvier 2014. Le Conseil d’État a tranché en 2018 : l’érosion dunaire ne figure pas parmi les aléas ouvrant droit à l’indemnisation du fonds Barnier. Le Conseil constitutionnel avait déjà validé cette exclusion la même année, écartant les propriétaires menacés par l’érosion sur côte sableuse du régime applicable à la submersion marine.

Un amendement budgétaire voté fin 2018 a débloqué 7 millions d’euros, puis un protocole signé fin 2020 entre l’État, la mairie de Soulac et la communauté de communes Médoc Atlantique a porté l’indemnisation à 70 % de la valeur initiale des logements. Ce compromis, financé hors fonds Barnier, ne fait volontairement pas jurisprudence. Selon le Groupement d’intérêt public Littoral Aquitain, jusqu’à 6 700 logements et commerces pourraient encore être engloutis par l’océan dans la seule région Nouvelle-Aquitaine.

Le dispositif Climat et résilience : cartographier avant que ça craque

La loi Climat et résilience du 22 août 2021 a mis en place des outils pour adapter l’urbanisme et l’aménagement des collectivités littorales au recul du trait de côte. Elle prévoit l’établissement par décret d’une liste des communes dont l’action en matière d’urbanisme doit être adaptée aux phénomènes d’érosion. Le premier décret du 29 avril 2022 en comptait 126. Le 4e décret, publié le 13 février 2026, porte la liste à 371 communes.

Vendeurs et bailleurs doivent désormais informer l’acheteur ou le locataire.

Chaque commune inscrite doit réaliser une cartographie d’évolution du trait de côte à court terme (0 à 30 ans) et à long terme (30 à 100 ans). Dans la zone exposée à l’horizon de 30 ans, une liste limitative encadre strictement les travaux et constructions autorisés. Entre 30 et 100 ans, ce sont des obligations de démolition et de remise en état des terrains qui s’appliquent à certaines constructions. Les communes disposent en outre d’un droit de préemption, acquis d’office dans la zone à 30 ans et facultatif au-delà.

Pour Le Signal, c’est finalement la mairie de Soulac et la communauté de communes Médoc Atlantique qui sont devenues propriétaires du bâtiment, avant d’engager sa destruction. Le chantier, lancé le 3 février 2023, devait durer trois semaines.

Le prix se fige avant même que la falaise ne bouge

Dès qu’une parcelle entre dans la cartographie d’exposition, l’information devient publique et s’impose à tous les acteurs de la transaction. L’acheteur la découvre dans le document d’urbanisme, la banque la repère lors de l’instruction du dossier, l’assureur l’intègre dans son évaluation du risque. Le prix se ferme avant même que la falaise n’ait reculé d’un mètre supplémentaire.

Certaines maisons ne retrouvent plus aucun acquéreur.

Les communes concernées ont l’obligation d’intégrer cette cartographie à leur document d’urbanisme et de délimiter des zones soumises à des règles spécifiques d’utilisation des sols. La démarche vise justement à informer et rendre visible le phénomène d’érosion au plus grand nombre. Une fois la parcelle classée, la négociation immobilière change de nature : l’acheteur ne discute plus seulement l’état du bien, mais la durée de vie qu’il lui reste avant d’entrer dans la zone à 30 ans. Le vendeur, lui, découvre souvent la nouvelle en même temps que son notaire.

Craie qui casse, dune qui glisse : deux érosions, un même verdict

Le recul du trait de côte ne suit pas un rythme uniforme, il dépend de la nature du littoral. Sur les côtes à falaises, le recul s’opère par à-coups : rien ne se passe pendant des mois ou des années, puis soudainement plusieurs milliers de mètres cubes peuvent tomber en quelques secondes. Pour la craie et les roches sédimentaires du Tertiaire, la vitesse moyenne se situe entre 0,1 et 1 mètre par an, mais un seul épisode violent peut faire basculer une portion entière de falaise.

Le cordon dunaire, lui, ne s’effondre pas d’un bloc : il migre.

Chaque tempête grignote le pied de la dune par le jet de rive, cette langue d’eau projetée sur l’estran au moment du déferlement, et le sable recule vers l’intérieur des terres au lieu de s’effondrer en pan. C’est ce processus continu qui a rongé, à Soulac-sur-Mer, les plages disparaissant à un rythme d’environ 2,5 mètres par an au cours des dernières décennies. Un recul plus discret qu’un écroulement de falaise, mais tout aussi irréversible pour qui possède une maison sur le sable.

Les grandes marées d’équinoxe de fin septembre, avec des coefficients qui frôlent parfois les valeurs maximales de l’échelle française, remettent chaque année ce calendrier sous les yeux des riverains. Elles n’ajoutent rien au dossier administratif d’une parcelle déjà classée en zone à 30 ans, mais elles rappellent que la ligne entre falaise et dune, entre soudain et progressif, continue de se redessiner à chaque grande marée.

Sources : banquedesterritoires.fr | observatoires-littoral.developpement-durable.gouv.fr

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