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Des locataires d’une maison de chambres insalubre se mobilisent

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Infiltrations d’eau, présence de moisissures, infestations récurrentes de coquerelles, balcons en piètre état… Des locataires aux prises avec d’importants problèmes d’insalubrité et d’entretien dans une maison de chambres du quartier Côte-des-Neiges ont envoyé une mise en demeure au gestionnaire de l’immeuble, détenu par la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM), dans l’espoir qu’y soient corrigés les problèmes soulevés.

Après s’être plaint en vain pendant plusieurs mois auprès de la SHDM et de la Société de gestion Querbes, un organisme à but non lucratif responsable depuis février 2024 de la gestion de ce bâtiment, Samuel Pothier a récemment décidé de s’allier à d’autres locataires de l’immeuble de l’avenue Van Horne. Il a ainsi recueilli la signature de 16 autres locataires de ce bâtiment — qui compte 34 chambres — au bas d’une mise en demeure qu’il a acheminée le 17 juin à la Société de gestion Querbes, affiliée à l’organisme de charité ROMEL.

Le document, que Le Devoir a pu consulter, énumère les problèmes notés dans les derniers mois dans ce bâtiment et presse le gestionnaire des lieux de corriger ceux-ci. Il y est notamment mentionné que le plafond du bâtiment doit être rénové, après que des morceaux de celui-ci sont tombés sur deux locataires en moins d’un an. Le document fait aussi état de la présence de moisissures dans plusieurs salles de douche et dans une salle de rangement, tandis que des trous ont été observés dans des planchers et des murs.

« Si vous aviez vu la douche récemment, le plafond était vraiment en train de tomber », lance en entrevue Marc Lavigne, qui demeure depuis un an et demi dans cette maison de chambres.

En se rendant sur place le 29 juin, Le Devoir a pu constater que certains travaux avaient été effectués dans les derniers jours dans les espaces communs de cet immeuble de trois étages, notamment dans la douche commune dont M. Lavigne déplorait l’état. Plusieurs des problématiques soulevées dans cette mise en demeure étaient encore bien visibles au moment de notre passage.

Des boîtes postales étaient notamment brisées, tandis que de nombreuses taches de moisissures étaient encore bien visibles dans au moins une des douches publiques, tout comme des marques laissées par des infiltrations d’eau dans un corridor de l’immeuble. Des planches ployaient par ailleurs sous nos pas sur un des balcons arrière de l’immeuble, tandis qu’une fenêtre brisée n’avait toujours pas été remplacée. Pour emprunter l’escalier de secours, il fallait d’ailleurs, au moment de notre passage, enjamber deux grosses planches en bois.

Marc Lavigne se plaint pour sa part que la porte d’entrée principale ne se verrouille plus depuis un bon moment. « C’est dangereux », soupire-t-il. Or, changer de logement n’est pas une option pour cet homme à faible revenu, qui débourse quelque 450 dollars par mois — électricité et chauffage compris — pour occuper sa chambre. « Vu que le loyer est modéré et que je n’ai pas beaucoup de revenus, je vais rester ici », affirme également la locataire Jacqueline Rasolonjatovo, qui craint de se retrouver « dans le trouble » si elle déménageait dans un logement plus dispendieux.

« C’est l’enfer ici. Ce n’est vraiment pas adéquat », déplore pour sa part Éric Lacroix, qui demeure depuis l’hiver 2023 dans cette maison de chambres avec son chat. À l’hiver 2024, son logement a été abîmé par un dégât d’eau dont il ignore encore la source aujourd’hui. Les travaux requis pour corriger ce problème ont pour leur part eu lieu dans la chambre en avril dernier, après qu’il a mis en demeure le gestionnaire des lieux. « Je suis en train de dépérir ici », ajoute le locataire, qui s’accroche cependant à cette chambre en l’absence d’une autre option abordable disponible pour lui.

De la « négligence », selon un avocat

Des rapports d’inspection de l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce datés de mars et d’avril, que Le Devoir a pu consulter, indiquaient que le revêtement des murs et du plafond s’est détérioré et que la source d’une infiltration d’eau par le mur et le plafond devait être « supprimée » avant que des travaux de finition soient effectués aux endroits concernés. Les inspecteurs réclamaient aussi que des actions soient prises pour contrer la présence de coquerelles dans l’immeuble, et que la moisissure y soit éliminée.

Or, « ce niveau de détérioration, ça n’arrive pas du jour au lendemain. C’est très clair que ça fait des mois qu’il y a une négligence dans le bon état d’habitabilité et de réparation des lieux. Et ça, c’est la responsabilité [du gestionnaire de l’immeuble] », a réagi Daniel Crespo Villareal, avocat spécialisé en droit du logement.

Les locataires de l’immeuble se réservent d’ailleurs le droit, dans la mise en demeure qu’ils ont acheminée à la Société de gestion Querbes, d’avoir recours au Tribunal administratif du logement pour réclamer la tenue de travaux correctifs, et potentiellement un dédommagement financier.

Pour sa part, le directeur général de la Société de gestion Querbes, Mazen Houdeib, assure que l’organisme et la SHDM n’ont pas attendu de recevoir une mise en demeure pour rénover ce bâtiment. « La mise en demeure et toute cette affaire-là, c’est venu un peu en retard parce que ce sont déjà des choses qui sont en train d’être réparées [les problèmes soulevés par les locataires]. Ça fait un an qu’on travaille là-dessus », assure M. Houdeib.

La SHDM indique d’ailleurs qu’elle rénove depuis août 2025 l’enveloppe extérieure de ce bâtiment vieillissant. Ce n’est toutefois que l’an prochain que l’intérieur de l’immeuble fera l’objet d’importants travaux. Un chantier qui s’étire sur une longue période parce que l’organisme paramunicipal a décidé de ne pas reloger les locataires de la maison de chambres pendant ces travaux.

« S’ils ne sont pas dans une maison de chambres, certains de ces locataires ne trouveront jamais un logement », souligne le porte-parole de la SHDM, Julien Serra. Ce dernier affirme d’ailleurs que des inspecteurs de l’organisme se sont rendus sur place le 23 juin, en écho à la mise en demeure acheminée par les locataires. La SHDM n’a alors constaté « aucun enjeu majeur d’insalubrité ni de sécurité » dans cet immeuble, affirme-t-il, tout en reconnaissant que des « problèmes ponctuels » d’infestations de vermines et d’infiltrations d’eau peuvent survenir.

« On est conscient que l’immeuble est vieillissant, mais on n’a pas attendu pour agir », conclut M. Serra.

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