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Après une saison historique, les Canadiens de Montréal et leurs partisans entrent en séries éliminatoires gonflés à bloc. En 2026, comment se vit l’attachement au club ? Visite de quelques lieux (et non-lieux) marquants dans la dévotion au club.
Il faut aujourd’hui beaucoup d’imagination pour se représenter de quoi avait l’air le Forum de Montréal à l’époque glorieuse où les Canadiens remportaient la Coupe Stanley à répétition. Déserté par le Tricolore depuis son déménagement au Centre Molson, en 1996, le bâtiment de la rue Sainte-Catherine Ouest est devenu un espace commercial anonyme, qui a davantage des airs d’entrepôt que de temple du sport.
Le passant peut y voir les plus récentes superproductions hollywoodiennes en version originale, faire ses emplettes dans un magasin à 1 $ ou s’y entraîner dans un gym ouvert 24 heures sur 24.
Mais il ne trouvera dans son agora nulle trace des exploits du Rocket, du Gros Bill, du Démon blond ou de Casseau, même si l’endroit est désigné lieu historique national depuis 1997. Rien sur les heures magiques de 1976 pendant lesquelles Nadia Comăneci y a réécrit les lois de la gymnastique. Aucun écho non plus des concerts qu’y ont donné les Beatles, Dylan ou Diane Dufresne, qui ont fait trembler ses fondations.
« L’organisation des Canadiens a carrément abandonné le Forum. Pour eux, ce n’était plus leur place. Mais depuis, ils n’ont jamais gagné une Coupe Stanley. Peut-être que les fantômes du Forum n’ont pas suivi ! » fait remarquer en riant Michel Vigneault, historien du sport québécois.
À son inauguration, en 2001, le complexe de salles de cinéma, qui occupe la majorité du bâtiment depuis le départ du CH, avait bien tenté de préserver une mince part de l’âme de l’endroit. Le plancher reprenait le design d’une patinoire de hockey, les murs étaient tapissés de photos, on pouvait s’asseoir sur d’anciens bancs ou se faire photographier aux côtés d’une statue de Maurice Richard.
Tout cela a disparu du rez-de-chaussée au fil des rénovations, sinon un logo du Canadien au sol, qui évoque le centre de la patinoire où la Sainte-Flanelle a remporté 22 de ses 24 titres.
Il faut maintenant se rendre au deuxième étage pour trouver quelques reliques au bout d’un corridor : fanions des numéros retirés par l’équipe, photos historiques, bancs des « rouges ». La statue du Rocket de la sculptrice Paule Marquis n’est plus accessible au public. Elle semble attendre son tour dans une pièce attenante.
Vide historique
Le Forum est-il destiné à subir le même sort que les autres anciens domiciles du Bleu-Blanc-Rouge, c’est-à-dire voir son histoire effacée ?
Qui se souvient de l’aréna Jubilee, situé à l’autre bout de la rue Sainte-Catherine, dans le quartier Hochelaga ? Détruit par les flammes en 1919, même son emplacement exact fait débat.
L’aréna Westmount et l’aréna Mont-Royal, qui ont accueilli l’équipe avant qu’elle s’installe de façon permanente au Forum, en 1926, ont également été rasés par le feu.
L’aréna Mont-Royal, situé sur l’avenue du même nom au coin de la rue Saint-Urbain, a d’abord été victime de la crise économique des années 1930 : l’amphithéâtre a été converti en manufacture, puis en entrepôt, avant de brûler en 2000. Sur le site, on trouve aujourd’hui une épicerie Maxi agrémentée d’un panneau explicatif sur l’histoire des lieux.
Même l’histoire du hockey à Montréal avant l’arrivée des Canadiens est passée à la trappe, regrette Michel Vigneault.
« Toute l’histoire du hockey à Montréal est basée sur les Canadiens, alors que c’est une des dernières équipes à arriver dans le portrait. Le hockey à Montréal date de 1875, alors que les Canadiens arrivent en 1909, 35 ans plus tard », rappelle-t-il en citant des clubs professionnels préexistants, comme les Wanderers, le Shamrock ou les Victorias.
« Les Maroons de Montréal, pour qui a d’abord été construit le Forum et qui ont gagné deux Coupes Stanley, sont aussi largement oubliés », regrette celui qui est chargé de cours à l’Université du Québec à Montréal.
Dans le même esprit, la patinoire Victoria, reconnue comme le lieu du premier match de hockey officiel de l’histoire du sport, a depuis été remplacée par un stationnement.
« Il n’en reste rien », se désole Michel Vigneault.
La plaque commémorative qui rappelle l’événement historique du 3 mars 1875 est plutôt apposée sur le Centre Bell, non loin de là.
La patinoire comme maison
Pour trouver des traces du Tricolore dans la ville, c’est peut-être dans l’histoire plus récente qu’il faut chercher.
La trentaine de patinoires du réseau de la Ville de Montréal préserve le souvenir de plusieurs gloires des Habitants dans les quartiers qui les ont vus naître, comme l’aréna Doug-Harvey dans Notre-Dame-de-Grâce, Jacques-Lemaire à LaSalle, ou encore Francis-Bouillon dans Hochelaga-Maisonneuve.
« Je voudrais que cette patinoire soit ma maison », nous dit le jeune Arthur Lajoie, cinq ans et demi, lorsqu’on le rencontre devant l’aréna qui rend hommage au pugnace petit défenseur.
C’est là, non loin de chez lui, que le jeune garçon s’est initié cet hiver au maniement de la rondelle et du bâton à coups de deux séances par semaine.
Il espère maintenant devenir joueur de hockey professionnel (et aussi archéologue).
À sa demande, le petit Arthur regarde la première période de chaque match du CH avec ses parents, parfois en mâchant de la gomme comme le fait Martin St-Louis derrière le banc. Il a suivi assidûment la course aux 50 buts de son idole, Cole Caufield, et se dit « très excité » par le début des séries.
« Je crois qu’on a des bonnes chances de gagner la Coupe Stanley. Ça fait tellement longtemps ! » analyse-t-il.
Sa mère, Virginie Landry, accueille avec joie la nouvelle passion de son fils, qui se vit à l’aréna et à la maison, en famille.
« J’ai toujours écouté le hockey. J’ai travaillé au Centre Bell quand j’étais adolescente, j’ai toujours aimé ça. Puis, à un moment donné, ça s’est perdu. La vie va vite, tu n’as plus le temps de t’asseoir devant la télé à 19 h. Mais je suis vraiment contente que ce soit revenu parce que j’aime encore ça. C’est beau, le sentiment d’appartenance que tout le monde a envers cette équipe », raconte la journaliste indépendante.
Des séries entre amis
Brendan Kelly avait le même âge qu’Arthur lorsqu’il est arrivé au Canada depuis l’Écosse. Celui qui est aujourd’hui journaliste à The Gazette est lui aussi tombé rapidement dans la marmite du hockey.
« Ça unit les gens. J’ai grandi dans une époque, les années 1970, où il y avait vraiment un conflit entre les anglophones et les francophones. On était très divisés, mais on était toujours d’accord sur une chose, le Canadien. »
Le passionné suit les activités du CH pour son blogue What the Puck et a même consacré un livre à la relation étroite qu’entretiennent les Québécois avec l’équipe, Le CH et son peuple (L’Homme, 2024).
Après des années de misère, il se réjouit de voir l’équipe renouer avec le succès.
« En ce moment, il y a un niveau d’enthousiasme qu’on n’a pas vu depuis 40 ans, 50 ans. »
Les leaders du club ont peut-être pour nom Suzuki, Caufield, Slafkovsky ou Hutson, les Québécois ont tout de même des raisons de s’identifier à l’équipe, croit-il.
« Les Québécois forment le tiers de l’équipe, chose qu’on n’avait pas vue depuis 30 ans », dit-il en citant les efforts du directeur général Kent Hughes pour amener à Montréal les Mike Matheson, Zachary Bolduc, Alexandre Carrier, Philip Danault ou Joe Veleno.
À l’instar de plusieurs Montréalais, il ne vivra pas la frénésie des séries au Centre Bell, mais plutôt dans les bars de la métropole.
« Je pense que j’aime plus aller dans mes endroits favoris regarder le match avec des amis que d’être au Centre Bell. L’ambiance est tellement spéciale en séries », explique-t-il, en citant ses favoris : le Bruno Sport Bar dans Rosemont et deux institutions de la « Main », le Champs et le Saint-Laurent Frappé.
« Ce n’est pas vrai que tous les Montréalais sont des fans des Canadiens. Mais quand ils sont en série, il y a quelque chose qui se passe en ville. On va voir ça dans les prochains jours », promet-il.
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