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Des inédits de Radu Lupu pour clore l’année en beauté

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L’éditeur de Radu Lupu, Decca, publie un coffret de six CD de documents sonores inédits qui complètent avec bonheur le portrait artistique de l’artiste roumain décédé en avril 2022.

Tout distingue le coffret Radu Lupu — The Unreleased Recordings, Decca Masters and Radio Tapes 1970-2002 du récent coffret Pavarotti — The Lost Concert. Ce dernier documentait un événement singulier, mais n’apportait pas d’eau au moulin d’un legs artistique bien établi et faisait l’objet d’une publication de luxe (plus de 100 $ pour un concert). Avec Radu Lupu, nous découvrons des documents renforçant considérablement le spectre artistique de ce que nous connaissons du pianiste et ces derniers sont publiés dans un coffret visant une diffusion la plus large possible.

L’édition de ces inédits de Radu Lupu a été confiée au tandem vedette d’archivistes de la maison Decca, Dominic Fyfe et le désormais bien connu Australien Cyrus Meher-Homji, qui a créé, aux antipodes, la collection Eloquence.

Dans les tiroirs

Alors d’où viennent tous ces documents ? Pour deux des six CD, il s’agit de bandes qui étaient restées dans les tiroirs de Decca. S’y ajoutent deux CD d’archives de la BBC, un CD puisé à la radio hollandaise et un CD de SWR Tapes, c’est-à-dire déniché à la radio de Stuttgart, en Allemagne.

Si le concept même d’inédits de Radu Lupu est tentant, c’est parce que ce pianiste au son unique, maniaque du contrôle en enregistrement, projetait une certaine image que des archives de concert bien choisies permettent de moduler par un surcroît de spontanéité.

Les deux CD d’archives inédites de Decca sont très différents. Nous avons d’abord un couplage des deux Quatuors avec piano de Mozart avec le Quatuor de Tel Aviv en 1976, interprétation et enregistrement lumineux, dont on ne sait pourquoi le disque n’a pas vu le jour. Déception, par contre, pour les très attendues Sonates D. 840 et 850 de Schubert captées en Suisse en 1992 et 1995. Lupu y est excellent en soi, mais on ne comprend pas du tout le concept sonore touffu et ballonné, centré sur le médium des fréquences. Il est logique que le pianiste (qui a, probablement, insisté sur quelque chose pour voir, après coup, que ça ne marchait pas) ait refusé la publication.

On n’aura pas les mêmes exigences pour les bandes radiophoniques qui documentent forcément le piano dont Lupu disposait lors des concerts. Pour les fanatiques du pianiste, les BBC Radio Tapes ne recoupent que très peu les archives (par exemple, un Quintette de Chostakovitch avec les Gabrieli) utilisées par la BBC pour une série hommage au pianiste. Sur six heures d’émissions sont repris ici le 1er Scherzo de Chopin et de glorieuses Études symphoniques de Schumann (1991), un des temps forts du coffret. Ces choix sont remarquables : Haydn au Wigmore Hall, en 1988, et la Sonate K. 545 de Mozart, en 1970, forment avec Schumann un CD 3 d’anthologie.

Lupu joue Copland et Moussorgski

Le quatrième CD est plus inattendu, avec des captations des débuts de la carrière de Lupu (1970-1972). Un Chopin très tourmenté (Scherzo n° 1, Nocturnes op. 27) provient des archives du concours de Leeds et ouvre le CD avant En plein air, de Bartók, une suite qui saisit d’emblée par sa raucité, le programme se concluant par la Sonate de Copland. Bartók et Copland ont été captés à Aldeburgh, le festival de Benjamin Britten, et nous sommes là à la fois dans l’inattendu et les révélations.

Le CD néerlandais est du bonbon : deux concerts au Concertgebouw d’Amsterdam en 1983 et 1984, donc sur un bon piano et dans un bon son (manquant certes un peu de brillant dans Schumann), documentent Lupu dans Carnaval de Vienne de Schumann et Tableaux d’une exposition de Moussorgski. Après les grandes Études symphoniques de Londres, le Schumann complète parfaitement le CD officiel de 1995 (Kreisleriana, Scènes d’enfants et Humoreske), car la magie de Lupu dans la gestion des phrasés et des nuances fait merveille dans ce Carnaval de Vienne. Moussorgski est abordé dans une veine picturale imaginative et ludique, plus que comme une grosse œuvre russe de démonstration virtuose menée de main de fer.

Le dernier disque complète encore l’indispensable portrait de Lupu le schumannien, avec la merveilleuse 1re Sonate, captée sur le vif en 1973. Lupu était encore plus subtil dans les années 1990, mais ne jouait sans doute plus cette œuvre. Le CD est complété par une minimale, mais indispensable incursion, en 2002, dans le magique univers Lupu-Debussy (D’un cahier d’esquisses). Ce CD allemand comprend aussi le 18e Concerto de Mozart avec Kazimierz Kord en 1980.

C’est admirable, car Lupu est aussi magique dans Mozart que dans Schumann, mais c’est surtout une incitation à un volume 2, car les documents radiophoniques de Lupu jouant des concertos de Mozart sont innombrables et beaucoup sont au moins aussi éminents que celui-ci. À la SWR, il y avait, par exemple, un 23e Concerto avec Neville Marriner en 1983. Le fleuron parmi les concerts archivés est sans doute plus difficile d’accès : un 21e Concerto à Ferrare avec Claudio Abbado et l’Orchestre de chambre d’Europe en 1993, où Lupu entre littéralement en transe dans le dernier mouvement.

Espérons donc que ce coffret en annonce d’autres ; le concept est porteur de promesses.

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