Les légendes de marins parlent souvent de monstres capables de couler des navires. On les écoute avec un sourire en coin, pensant qu’il s’agit d’exagérations dues au rhum ou à la fatigue. Pourtant, il existe dans les archives de la marine américaine un rapport très sérieux datant de 1978 qui glace le sang. Il raconte comment une frégate de 4 000 tonnes, l’USS Stein, a été mise hors de combat non pas par une torpille ennemie, mais par une créature venue des abysses.
Une panne sonar inexplicable
Nous sommes en pleine Guerre Froide. L’USS Stein, une frégate de classe Knox chargée de la lutte anti-sous-marine, quitte San Diego pour son voyage inaugural. C’est un bijou de technologie. Mais très vite, un problème survient : le sonar, l’oreille du navire, devient aveugle. Le bruit de fond est infernal, le matériel ne répond plus.
Contraint d’abandonner sa mission, le commandant ordonne le retour à la base pour une inspection en cale sèche. L’équipage pense à une avarie technique ou un choc avec un rocher. Mais lorsque le navire est sorti de l’eau et que le maître Ira Carpenter s’approche du dôme sonar (le bulbe situé sous l’étrave), il découvre une scène de crime.
Le revêtement en caoutchouc spécial « NOAA », conçu pour être ultra-résistant, est lacéré. Il y a des entailles profondes partout. Mais le plus effrayant, ce sont les fragments restés fichés dans la gomme : des morceaux de matière organique dure, ressemblant à des dents ou des griffes.
Le verdict du biologiste : un « monstre » réel
La Navy fait appel au Dr Forrest Glenn Wood, un expert en biologie marine. Son analyse est formelle : les « griffes » retrouvées sont en réalité les dents acérées qui tapissent les ventouses des tentacules d’un calmar géant.
Mais pas n’importe lequel. La plupart des calmars ont des ventouses simples. Celui-ci possédait des crochets capables de déchirer le caoutchouc militaire renforcé. Tout pointe vers le Calmar Colossal (Mesonychoteuthis hamiltoni).
Contrairement au Calmar Géant (Architeuthis) qui est long et fin, le Colossal est plus robuste, plus lourd (jusqu’à 500 kg) et possède ces fameux crochets rotatifs. Pour infliger de tels dégâts à un navire en mouvement, la créature a dû s’agripper avec une force titanesque, confondant probablement le sonar émetteur avec une proie (comme un cachalot).
Crédit : Calmar colossal, Mesonychoteuthis hamiltoni Robson, 1925 , collecté en 2003, mer de Ross, Antarctique. CC BY 4.0 . Te Papa (M.160614)L’énigme géographique
Si l’identité du coupable semble claire, sa présence reste un mystère absolu.
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Le lieu du crime : Les eaux subtropicales de la Californie.
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L’habitat du suspect : Les eaux glaciales de l’Antarctique, à des milliers de kilomètres de là.
Que faisait un Calmar Colossal si loin de chez lui ? S’agissait-il d’un spécimen malade dérivant vers la mort ? Ou existe-t-il une population inconnue de ces géants dans le Pacifique Nord que nous n’avons jamais détectée ?
Crédit : Calmar colossal, Mesonychoteuthis hamiltoni Robson, 1925 , collecté en 2003, mer de Ross, Antarctique. CC BY 4.0 . Te Papa (M.160614)L’incident de l’USS Stein reste à ce jour l’unique cas documenté d’une interaction physique violente entre un navire de guerre moderne et un céphalopode de cette taille. Le « Kraken » n’a peut-être pas coulé le navire, mais il a réussi là où bien des ennemis ont échoué : il a forcé l’US Navy à rentrer au port.


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