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Des élections partielles lourdes de conséquences à Ottawa

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Le premier ministre du Canada, Mark Carney, n’a plus qu’à patienter quelques heures pour décrocher sa majorité à la Chambre des communes. Fort de 171 sièges grâce à l’arrivée d’une cinquième députée transfuge, ce n’est plus qu’une formalité qu’il y parviendra à l’issue des trois élections fédérales partielles qui auront lieu lundi soir.

Une victoire dans l’une des trois circonscriptions porterait les libéraux à 172 sièges, soit la majorité absolue. Deux gains les mèneraient à 173 sièges, leur assurant une marge suffisante pour éviter le recours au vote du président de la Chambre en cas d’égalité.

Et c’est comme si c’était déjà fait. Deux des trois circonscriptions en jeu, Scarborough-Sud-Ouest et University–Rosedale, sont des bastions libéraux de longue date dans la grande région de Toronto, anciennement détenus par les ex-ministres Chrystia Freeland et Bill Blair.

Une défaite surprise relèverait presque de l’impossible, souligne Philippe J. Fournier, fondateur de l’agrégateur de sondages Canada338. « Les libéraux qui perdraient un siège à Toronto, c’est comme si les démocrates gagnaient le Mississippi aux États-Unis. Ça n’aurait pas de sens », explique-t-il.

Mark Carney devrait donc rentrer à Ottawa mardi, tout sourire, avec une majorité confortable d’au moins 173 sièges. Un simple vote en Chambre permettra ensuite aux libéraux de consolider leur majorité au sein des comités parlementaires. Ils auront alors les coudées franches, tant pour survivre aux votes de confiance que pour faire adopter leurs projets de loi sans avoir à négocier avec l’opposition.

Le test de Terrebonne

Les enjeux des trois élections partielles de lundi dépassent toutefois largement la question de la majorité parlementaire, rappelle la politologue Geneviève Tellier. La course dans Terrebonne, beaucoup plus incertaine, n’aura peut-être aucune incidence sur la capacité du gouvernement Carney à décrocher sa majorité, mais son issue permettra de déterminer si la lune de miel libérale se poursuit au Québec.

« Aux dernières élections, à Terrebonne comme ailleurs au Québec, il y avait cette crainte des tarifs douaniers [américains]. Les électeurs cherchaient quelqu’un capable de régler ce dossier. […] Ce sera intéressant de voir, un an plus tard, si le même sentiment persiste », explique-t-elle. « Si M. Carney réussit à aller chercher Terrebonne, cela indiquerait clairement que le Québec demeure favorable aux libéraux et que la menace des tarifs douaniers reste un enjeu important. »

L’an dernier, la victoire libérale s’était jouée par une seule voix sur la candidate bloquiste. La Cour suprême du Canada a néanmoins invalidé les résultats en février, en raison d’une irrégularité dans les bulletins de vote.

Les résultats pourraient de nouveau être serrés cette année. Les deux partis ont multiplié leurs efforts de campagne dans la circonscription dans les dernières semaines pour préparer le match revanche entre la candidate libérale Tatiana Auguste et la candidate du Bloc québécois, Nathalie Sinclair-Desgagné.

Pour le Bloc québécois, une victoire permettrait de démontrer sa capacité à reconquérir son bastion traditionnel, tout en réaffirmant sa crédibilité comme opposition aux libéraux au Québec. Une défaite pourrait quant à elle alimenter des interrogations sur le leadership de son chef, Yves-François Blanchet. « Ça a été dur pour le Bloc, l’an dernier, et il n’y a pas eu de requestionnement sur le chef. Je pense que [les bloquistes] reconnaissaient que ce n’était pas de sa faute, mais, s’ils devaient perdre Terrebonne à nouveau, il y a des questions qui devront se poser, parce qu’ils ne sont pas censés perdre Terrebonne », estime Philippe J. Fournier.

Les bloquistes ont perdu 11 sièges aux élections générales de l’an dernier, ce qui les a fait passer de 33 à 22 députés.

La dernière fois qu’un candidat libéral a remporté la circonscription de Terrebonne (dans ses anciennes configurations géographiques) remonte aux élections fédérales de 1980. Depuis sa reconstitution, en 2015, la circonscription n’a jamais été gagnée par les libéraux.

Pierre Poilievre en danger

La majorité libérale à Ottawa pourrait également accélérer le départ du chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, dont le leadership est fragilisé par le départ de quatre députés en cinq mois. Malgré tout, le chef conservateur continue d’affirmer qu’il bénéficie d’un mandat fort à la tête du parti.

« L’un des atouts de Pierre Poilievre pour rester en poste, c’était de dire : “Vous ne pouvez pas faire une course au leadership, car on peut aller en élection n’importe quand”. Mais là, cet argument vient de partir », rappelle la politologue Geneviève Tellier.

S’il parvient à conserver sa majorité, Mark Carney pourrait très bien rester au pouvoir jusqu’en 2029. Un nouvel horizon électoral qui risque de mener le caucus conservateur à réfléchir à plus long terme. « En trois ans, on peut faire pas mal de choses, et peut-être qu’il vaudrait mieux se débarrasser tout de suite du chef et en trouver un autre qui peut faire ses armes après », indique Geneviève Tellier.

Le premier député conservateur à avoir rejoint les libéraux, Chris d’Entremont, avait évoqué le style de leadership « négatif » de Pierre Poilievre comme l’un des facteurs ayant influé sur sa décision. Le départ de la dernière transfuge, Marilyn Gladu, a également envoyé un signal fort, d’autant plus qu’elle ne faisait pas partie de l’aile la plus progressiste du parti.

Selon l’agrégateur de sondages Canada338, 16 circonscriptions actuellement détenues par les conservateurs passeraient vraisemblablement aux libéraux, tandis que 17 autres seraient considérées comme des courses très serrées.

De nouvelles défections ne sont donc pas exclues. Le ministre de l’Intelligence artificielle, Evan Solomon, affirmait, lors du congrès national du Parti libéral tenu ce week-end, que des discussions étaient toujours en cours avec « plusieurs » députés de l’opposition qui envisageraient d’intégrer les rangs du gouvernement.

S’il dit vrai, et que quelques députés supplémentaires se ralliaient encore à Mark Carney, son maintien au pouvoir jusqu’en 2029 ne ferait plus de doute.

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