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Trois entrepreneurs québécois misent sur une idée à la fois simple et audacieuse : redonner vie à des églises en les transformant en centres de pickleball, tout en préservant leur identité architecturale et une part de leur vocation communautaire.
Dans les projets immédiats à venir : la transformation de la vaste église St-Clément, une quasi-cathédrale de l’Est de Montréal par son volume. L’imposant bâtiment était inoccupé depuis plus de 15 ans. Les projets avortés se sont multipliés dans cet espace aux qualités architecturales exceptionnelles.
Sous la bannière Amen Pickleball s’ouvre pour l’instant un premier site à Chambly, dans une église des années 1950 laissée à l’abandon depuis plusieurs années.
La lumière jaunâtre des vitraux donne au lieu une atmosphère inattendue.
Une reconversion minimale
Environ 800 églises se trouvent aujourd’hui fermées, à vendre ou en reconversion. Certaines ont été transformées en logements, en bibliothèques, en centres d’escalade ou en musées — souvent au prix d’interventions majeures. Ici, le pari est différent : une reconversion minimale, centrée sur l’usage.
« Nous trouvons désolant ce qui arrive aux églises au Québec », explique Jean-Martin Bisson, membre du trio d’investisseurs. « Elles ferment, se dégradent, et les programmes publics de restauration sont abandonnés par le gouvernement. Ça n’a pas de sens. Nous pensons qu’il faut leur redonner un rôle dans la communauté. »
Jean-Martin Bisson est notamment lié au phénomène de la téléréalité, comme concepteur de saisons de Loft Story et d’Occupation double.
Le pari d’Amen Pickleball repose sur une transformation minimale des lieux. Les vitraux, les plafonds, les volumes intérieurs et plusieurs éléments d’origine de l’église Très-Saint-Cœur-de-Marie ont été conservés. « On a même gardé le nom de l’église », souligne Bisson.
Dans la nef, trois terrains de pickleball ont été aménagés sur un revêtement élastomère inspiré de ceux utilisés dans les tournois professionnels. « La dimension de l’église était idéale », note-t-il.
Sport en pleine croissance, le pickleball combine des éléments du tennis, du badminton et du ping pong. Facile d’accès, peu exigeant physiquement et résolument social, il attire un public intergénérationnel. C’est précisément cette dimension communautaire que les promoteurs cherchent à retrouver, en s’appuyant sur la symbolique du lieu.
Retrouver une vie communautaire
Dans les espaces attenants, certaines activités subsistent. Des réunions des Chevaliers de Colomb s’y tiennent encore. « Mon père en faisait partie », souligne Jonathan Samson, autre membre du trio d’investisseurs. « Partout où on s’installe, on veut préserver cet ancrage local. »
Le chœur a été transformé en aire de détente. Le mobilier d’origine, notamment les bancs en bois de chêne, a été récupéré et adapté. On y sert café, jus et boissons non alcoolisées, dans une ambiance feutrée, baignée de jazz. « Un peu comme un club des années 1950, avec une touche de nostalgie », dit Samson. « Au fond, l’esprit du lieu évoque un peu ce que serait le pickleball dans l’univers de Mad Men. »
Un espace est également aménagé pour les enfants, avec des jeux vidéo des années 1980. L’idée est simple : permettre aux familles de fréquenter le lieu ensemble. Des camps de jour doivent aussi profiter des installations.
Au jubé, un espace réservé aux membres propose casiers, zone de repos et bar à jus, avec vue plongeante sur les terrains. L’orgue, en revanche, n’a pas survécu au projet : faute d’intérêt pour sa récupération, il a dû être retiré. L’aménagement de cet espace n’est pas encore complété, mais les projections en donnent déjà une bonne idée.
Les travaux ont été précédés d’un diagnostic complet du bâtiment. « Ça fait deux ans qu’on travaille sur l’église », affirme Jonathan Samson, pilier du groupe pour les matériaux et les structures. « On a refait les fenêtres, vérifié le système de chauffage. C’est le nerf de la guerre. »
La vente du site est amorcée à la fin de 2024, dans la foulée d’un changement de zonage et de vocation finalement adopté par la Ville de Chambly. Le prix de la transaction n’a pas été dévoilé, mais le site était affiché à 950 000 $ lors de sa mise en marché en 2023.
Les interventions ont été conçues pour prolonger la vie de l’édifice sans en altérer le caractère. Dans le chœur, un dallage noir et blanc remplace désormais l’ancien revêtement, un linoléum usé à la corde.
Au moment de la visite, les sols étaient à peine complétés, composés de plusieurs couches de caoutchouc selon des standards comparables à ceux du tennis professionnel.
À la fin de chaque période de jeu, une sonnerie de cloches marque la transition. « On aurait voulu que ce soit la cloche du clocher, mais ce n’était pas possible. Avec cette sonnerie, on voulait intégrer l’identité du lieu, pas l’effacer. »
Le modèle économique d’Amen Pickleball repose sur les abonnements et une fréquentation régulière, mais l’équation demeure fragile. « S’il y avait une recette simple, tout le monde le ferait déjà », laisse tomber Jean-Martin Bisson.
Souvent, au Québec, les églises rachetées par des promoteurs sont promises à la démolition pour faire place à des projets immobiliers. Ici, le compromis est ailleurs : le terrain de stationnement, à l’arrière, a été vendu pour permettre la construction de logements. « Nous, c’est l’église qu’on voulait garder », insiste Bisson.
Au cours des prochains mois, les abords seront réaménagés, notamment avec l’installation de bornes de recharge pour véhicules électriques.
Le groupe prévoit déjà d’autres implantations, selon un modèle de franchise. À terme, une dizaine de sites pourraient voir le jour d’ici cinq ans. Le projet le plus conséquent du groupe est pour l’instant celui de transformer l’église St-Clément en espaces de jeux, tout en préservant son architecture. Cette église majestueuse se distingue par sa voûte singulière et par une volumétrie extérieure particulièrement affirmée, caractéristique des grandes paroisses du début du XXe siècle. Les terrains attenants doivent être transformés en logements par la Corporation Mainbourg.
Le projet d’Amen Pickleball repose sur une intuition simple : pour survivre, les églises doivent recommencer à vivre, au cœur même des communautés qui les ont édifiées.


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