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Un nouveau rapport soulève des questions majeures sur la manière dont le Canada traite certaines demandes d’asile depuis 2019. Dans une enquête publiée le 17 février 2026 dans The Bureau, le journaliste d’investigation Sam Cooper rapporte qu’un mécanisme interne de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) aurait permis d’accepter des dizaines de milliers de demandes sans audience orale, par un simple examen sur dossier.
L’enquête s’appuie sur un rapport du C.D. Howe Institute, rédigé par James Yousif, avocat, ancien directeur des politiques d’immigration et ex-membre de la CISR. Selon cette analyse, le processus dit de File Review — mis en place pour accélérer le traitement des demandes — aurait conduit à l’octroi du statut de réfugié à au moins 24 599 personnes entre janvier 2019 et février 2023, sans qu’elles soient convoquées à une audience en personne. Les décisions positives auraient été transmises « par la poste », sans interrogation directe du demandeur.
Un mécanisme conçu pour réduire l’arriéré
Toujours selon Sam Cooper dans The Bureau, la réforme visait à désengorger un système sous pression. L’arriéré des demandes d’asile, qui s’élevait à environ 17 000 dossiers en 2016, aurait explosé pour atteindre près de 300 000 demandes en attente à la fin de 2025. La CISR aurait plus que doublé sa production annuelle de décisions et accru ses effectifs de moins de 1 000 à plus de 2 500 employés au fil des ans.
Le File Review permettrait d’accepter certaines demandes jugées manifestement fondées sans tenir d’audience, afin de libérer du temps pour les dossiers plus complexes.
Or, selon le rapport de James Yousif, cette politique n’aurait pas atteint son objectif. Malgré l’accélération des décisions, l’arriéré aurait continué de croître sous l’effet d’un afflux soutenu de nouvelles demandes.
Des pays à haut risque concernés
L’élément le plus sensible du rapport concerne la liste des pays dont les ressortissants auraient pu bénéficier de ce traitement accéléré. Parmi eux figurent l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, la Russie, le Pakistan et l’Iran.
Selon le rapport du C.D. Howe Institute, treize des pays inclus dans le mécanisme d’examen accéléré abriteraient des organisations inscrites sur la liste canadienne des entités terroristes.
Des documents internes obtenus par demandes d’accès à l’information, cités par James Yousif, reconnaîtraient que les pays admissibles au traitement accéléré sont également ceux qui présentent les préoccupations les plus élevées en matière d’interdictions pour raisons de sécurité et d’exclusions relevant du portefeuille de la Sécurité publique.
Le rapport soutient que l’absence d’audience en personne pourrait affaiblir la capacité des décideurs à tester la crédibilité des récits et à détecter les fraudes documentaires. Il souligne que l’interrogatoire direct demeure l’un des outils les plus efficaces pour évaluer la cohérence d’un témoignage.
Un taux d’acceptation élevé
Selon les données citées dans l’enquête de Sam Cooper, le Canada approuverait environ 80 % des demandes d’asile, un taux supérieur à celui de plusieurs pays européens tels que l’Irlande, la Suède, l’Allemagne et la Belgique.
Le rapport avance que le mécanisme pourrait involontairement signaler aux intermédiaires frauduleux quels types de dossiers ou quels profils nationaux sont susceptibles d’être acceptés plus rapidement, créant ainsi un incitatif pour les réseaux de passeurs et de consultants malhonnêtes.
Il ne s’agit toutefois pas, dans le rapport, d’une preuve que des organisations terroristes auraient exploité le système, mais d’une mise en garde quant à une vulnérabilité structurelle.
Conséquences budgétaires et statut permanent
Une demande d’asile acceptée ouvre l’accès à la résidence permanente, au parrainage familial, aux soins de santé et aux programmes sociaux provinciaux et fédéraux.
James Yousif parle d’« implications fiscales permanentes en aval », les coûts étant difficilement réversibles une fois le statut accordé. Le rapport soutient que chaque acceptation erronée potentielle comporte des conséquences à long terme pour les finances publiques.
Un contraste nord-américain
Sam Cooper note également qu’en décembre 2025, les États-Unis ont élargi des restrictions de voyage visant certains pays jugés déficients en matière de vérification sécuritaire, dont l’Afghanistan et l’Iran — des pays également mentionnés dans la liste d’examen accéléré identifiée par Yousif.
Cette divergence d’approche pourrait alimenter le débat sur la coordination des politiques frontalières entre Ottawa et Washington.
Un débat appelé à s’intensifier
Les conclusions du rapport du C.D. Howe Institute reflètent l’analyse de son auteur et les informations obtenues par Sam Cooper dans The Bureau. À ce stade, aucune conclusion judiciaire n’a établi que le mécanisme constitue une violation légale ou qu’il ait été utilisé de manière criminelle organisée.
Il n’en demeure pas moins que l’ampleur des chiffres avancés et la nature des préoccupations soulevées — acceptations sans audience, vulnérabilités documentaires et enjeux de sécurité — devraient alimenter un débat politique important sur l’équilibre entre rapidité administrative, rigueur procédurale et protection de la sécurité nationale.
Le gouvernement fédéral et la Commission de l’immigration et du statut de réfugié devront vraisemblablement répondre à ces critiques et préciser les garde-fous actuellement en place dans le système.
En attendant, le rapport de James Yousif et l’enquête de Sam Cooper relancent une question fondamentale : comment concilier efficacité et vigilance dans un contexte de pression migratoire sans précédent?


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