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Le gouvernement majoritaire de Mark Carney n’a plus besoin de l’appui d’un parti d’opposition pour faire adopter ses lois, mais pourrait quand même recevoir des fleurs de l’opposition officielle pour son costaud projet de réforme d’approbation des projets.
« C’est sûr que sur le principe, on est d’accord », a confirmé le député conservateur Gérard Deltell peu avant de rencontrer ses collègues pour une première réunion du caucus à Ottawa depuis la rentrée parlementaire d’automne.
Aucun élu de l’opposition officielle ne s’est offusqué de voir le gouvernement déposer lundi une vaste réforme « visant à bâtir un Canada fort », qui promet de délivrer plus vite les autorisations fédérales pour les petits et grands chantiers. Les conservateurs estiment que cela aurait dû être fait il y a longtemps.
« C’est l’héritage de Justin Trudeau et du trois quarts des gens qui sont en face de nous autres que l’on essaye de réparer », analyse M. Deltell.
Le député conservateur dans Montmorency — Charlevoix, Gabriel Hardy, a lui aussi convenu mercredi qu’« il y a des choses intéressantes, en théorie » dans ce que propose le gouvernement libéral. Il apprécie la promesse de faire avancer les grands projets et de développer l’économie, « mais il y a aussi beaucoup de choses, des fois, qui sont cachées dans les détails », a-t-il nuancé.
Contrairement au Bloc québécois et au Nouveau Parti démocratique (NPD), les élus conservateurs ont évité de mentionner le projet de loi C-39 devant le Parlement mardi. Tout au plus, leur chef, Pierre Poilievre, a critiqué le fait que le projet de loi précédent sur les projets « d’intérêt national » n’a pas encore permis de lancer assez de chantiers à son goût.
Héritage intact ?
Ce qui est célébré par les conservateurs est plutôt complètement nié par le gouvernement libéral. La ministre de l’Environnement, Julie Dabrusin, a assuré plutôt que cet héritage « ne va pas disparaître », pas plus que les protections environnementales.
« Si on regarde ce qu’on a mis dans le projet de loi, il y a encore toutes les évaluations environnementales. Mais la manière dont on fait le processus a changé, pour le rendre plus rapide et plus centralisé, tout [en même temps]. C’est ce qui est important », a-t-elle répondu mercredi au Devoir.
Si Julie Dabrusin était absente de l’annonce de lundi, effectuée par trois autres ministres, c’est parce qu’elle était avec sa famille pour la fête juive du Yom Kippour, a-t-elle tenu à préciser. Grâce à C-39, le pouvoir d’approuver ou non un permis fédéral se retrouverait entièrement entre ses mains, et non partagé avec d’autres ministères, comme c’est le cas en ce moment.
Le nouveau chef du NPD, Avi Lewis, également de confession juive, avait senti le besoin de se rendre au Parlement lundi soir, lui. Une première sortie publique en ce jour de fête religieuse en 36 ans de carrière, a-t-il précisé. Il avait dénoncé l’instrumentalisation « de la peur et de la désorientation entourant la guerre commerciale pour forcer une série de mesures impopulaires. »
La fin d’un régime
Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, voit également dans C-39 un régime de protection de l’environnement qui disparaît. Il s’est fait accuser d’exagérer lorsqu’il a demandé en Chambre, mardi : « Est-ce que le gouvernement réalise que le cadre pour protéger les citoyens du Québec et du Canada, qui a pris tant d’années à développer, sera détruit en 24 heures ? »
Le gouvernement précédent de Justin Trudeau avait conduit sa propre réforme en adoptant une loi fédérale sur les évaluations environnementales (C-69). Ce cadre environnemental renforcé promettait lui aussi d’améliorer la certitude des grands projets. Il est désormais mis à mal par C-39, selon Équiterre. Son directeur des relations gouvernementales, Marc-André Viau, a affirmé au Devoir que le texte « va plus loin que tout ce qui a été proposé par l’ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper ».
Gérard Deltell, élu conservateur dans la région de Québec, avait lui-même déjà proposé un projet de réforme de l’évaluation d’impact conforme à l’idée d’une seule évaluation par projet, ce qui est aujourd’hui une politique officielle du gouvernement. C-375 est mort au feuilleton en 2025 sans avoir été étudié.
« Ça fait dix ans qu’on le dit ! Pendant dix ans de temps, les libéraux ont tout fait pour arrêter le développement économique et des richesses naturelles. […] Les libéraux l’ont freiné, et là, aujourd’hui, ils se disent qu’il faut accélérer ça ! »
C-39 comprend une section sur un tout autre sujet, soit l’intervention du fédéral dans les conflits de travail. Le député conservateur Kyle Seeback s’est braqué contre certaines propositions, comme le pouvoir de fusionner des syndicats à la demande d’employeurs.
Le gouvernement libéral dispose de plus d’élus à la Chambre des communes que toutes les autres formations politiques réunies depuis le printemps 2026. Cela lui assure du pouvoir d’adopter tous ses projets de loi.


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