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Des communautés autochtones à bout de souffle

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Un autre rapport vient conclure à la négligence crasse que font subir nos gouvernements aux communautés autochtones, et cela, dans une indifférence qui donne la honte. Amnistie internationale jette un regard qui fait mal sur ce qu’apparemment nous avons du mal à voir, même si cela crève les yeux : la crise du logement dans certaines communautés est si criante qu’elle entraîne une série de violations des droits fondamentaux. L’exemple de Manawan, où les Atikamekw s’entassent dans des conditions inhumaines, est révoltant.

À 250 kilomètres au nord de Montréal, accessible par une seule route, en gravier, jugée dangereuse car empruntée par des camions forestiers, le territoire de la communauté atikamekw de Manawan regroupe quelque 3100 personnes, pour à peine 405 logements. Faites le calcul : cela signifie qu’en moyenne 7,8 personnes s’entassent à une même adresse, certains logements allant jusqu’à abriter 17 personnes en permanence. Des enfants dorment à tour de rôle sur des matelas déposés en pleine cuisine. Les maisons sont envahies par les moisissures, des fenêtres ne s’ouvrent plus.

Les conséquences de cette promiscuité forcée débordent largement les quatre murs : insomnie, détresse psychologique, décrochage scolaire, problèmes de santé physique. La directrice des services éducatifs de Manawan raconte que des enfants arrivent à l’école sans avoir dormi. Paradoxe cruel, les jeunes qui terminent des études postsecondaires ne peuvent même pas réintégrer leur communauté, faute de logements disponibles. Amnistie internationale conclut aussi que la crise du logement perpétue le cycle de violence à l’égard des femmes et des enfants, certaines victimes étant contraintes de rester dans des relations dangereuses simplement parce qu’elles n’ont nulle part où fuir.

Nouvelle réalité ? Oh que non, et une partie du drame se cache dans la persistance d’un constat d’échec qu’on ne semble pas en mesure de renverser. L’horreur décrite dans ce rapport est connue depuis des décennies. Les conseils de bande qui se sont succédé à Manawan au cours des 20 dernières années ont tenté de sonner l’alarme, en vain. Et cette misère tolérée n’est pas propre à la région de Lanaudière. En 2024, la vérificatrice générale du Canada a conclu que les membres des Premières Nations étaient quatre fois plus susceptibles de vivre dans un logement surpeuplé et six fois plus de vivre dans un logement nécessitant des réparations majeures, comparativement à l’ensemble de la population non autochtone. Elle a alors établi le manque de nouveaux logements à quelque 55 000 au Canada et le besoin de réparation de 80 000 autres.

Le Canada se présente volontiers sur la scène mondiale comme un champion de la réconciliation et des droits de la personne. Mais la communauté internationale ne manque pas d’apercevoir une face honteuse de ce pays à la réputation enviable. Elle multiplie les récriminations, reçues poliment par nos gouvernements avant d’être classées.

Le Comité des droits de l’homme de l’ONU a exprimé en 2026 ses préoccupations quant à la surreprésentation des peuples autochtones en détention. L’Instance permanente de l’ONU sur les questions autochtones a dénoncé le fait que le Canada ignore les ordonnances du Tribunal canadien des droits de la personne concernant les enfants des Premières Nations. Le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’eau a exhorté Ottawa en 2024 à remédier à la discrimination persistante dans l’accès à l’eau potable dans les communautés autochtones. Human Rights Watch a pour sa part critiqué le Canada pour le peu d’espace accordé aux femmes autochtones dans l’élaboration des politiques qui les concernent. Le Groupe de travail international pour les affaires autochtones a quant à lui relevé que les nouvelles lois visant à accélérer les grands projets d’infrastructure menacent le droit à l’autodétermination des peuples autochtones. Le portrait n’est pas reluisant !

Pourtant, les engagements et les milliards n’ont pas manqué. L’ex-premier ministre Justin Trudeau avait réservé 4 milliards de dollars — sur sept ans — pour le logement autochtone dans son budget de 2023. Dans son tout récent énoncé économique, Mark Carney a promis une enveloppe de 4,3 milliards pour les services aux Autochtones, dont 2,8 milliards pour le logement. Des sommes nettement insuffisantes, selon l’Assemblée des Premières Nations, qui calcule non seulement l’écart à combler, mais aussi les besoins futurs.

Le problème est plus complexe qu’il n’en a l’air, mais cela ne doit pas servir d’alibi à l’inaction. Un tremplin vers une autodétermination réelle permettant aux Premières Nations de concevoir, de financer et de gérer leurs propres solutions de logement, avec un financement prévisible, pluriannuel et suffisant, semble essentiel. En 2019, la commission Viens avait d’ailleurs formulé plusieurs recommandations claires en matière de logement, dont cette idée d’organismes indépendants dirigés par les Autochtones pour prendre en charge les stratégies de logement du début à la fin. Répondre à la crise du logement ne signifie pas seulement ériger des maisons, mais aussi s’attarder aux fondations des communautés autochtones.

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