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Derrière ses rideaux tirés en permanence et ses portes blindées que personne n'ouvre jamais, ne vivent ni jeunes actifs ni retraités, mais… des morts. La Chine fait en effet face à une drôle de tendance, des logements se voyant transformés en mausolées privés, des «appartements funéraires» créés par des familles qui ne savent plus où –ni comment– enterrer leurs morts.
Le scénario est souvent le même: une famille achète un deux‑pièces dans une ville moyenne, installe un autel, quelques photos encadrées, des bougies électriques et aligne les urnes funéraires. Pas de bruits de pas dans le couloir, pas de télévision à fond, simplement une visite annuelle pour la fête de Qingming, le jour du nettoyage des tombes. Pour les voisins, le choc survient quand ils découvrent que l'appartement d'à côté n'est pas vide, mais loué par des esprits.
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Cette pratique relève d'un calcul économique assez froid, raconté par le Financial Times. En Chine, le coût moyen des funérailles avoisine l'équivalent de 5.000 euros, soit presque la moitié d'un salaire annuel moyen. Dans les grandes métropoles, une petite concession de cimetière peut coûter plus cher qu'un studio, avec un bail limité à vingt ans, contre soixante‑dix ans pour un bien immobilier classique. Dans ce contexte, l'arithmétique patrimoniale pousse certaines familles vers les appartements funéraires.
«Lorsqu'un espace perd sa valeur en tant que lieu de vie, les gens lui trouvent une nouvelle utilité. Et pour beaucoup, cette nouvelle valeur consiste à stocker des cendres», explique Xinyi Wu, chercheuse à l'Université de Californie, citée par le quotidien britannique. Pour ces familles, l'appartement est un double investissement: un lieu de repos éternel jugé digne pour les aïeuls et un actif immobilier susceptible, un jour, de reprendre de la valeur.
Le repos éternel face à la loi
Cette cohabitation silencieuse entre vivants et morts commence toutefois à inquiéter les autorités chinoises, soucieuses de préserver l'ordre social et de ne pas voir un marché immobilier déjà fragile lesté par ces immeubles fantômes. Une nouvelle loi est entrée en vigueur ce mardi 31 mars pour interdire explicitement l'utilisation de logements résidentiels à des fins funéraires. Officiellement, il s'agit de remettre des logements sur le marché et d'éviter la prolifération de ces mausolées discrets.
Le défi s'annonce pourtant considérable. Si les agences immobilières n'ont plus le droit de promouvoir ces biens un peu particuliers, les transactions de gré à gré restent difficiles à contrôler. Dans une société où le culte des ancêtres sous‑tend encore largement la vie familiale, interdire de loger ses morts est perçu par certains comme une ingérence brutale de l'État dans l'intimité domestique.
De façon assez inattendue, la résistance ne vient pas seulement des milieux les plus traditionnels. Une partie de la jeunesse chinoise, pragmatique et moins superstitieuse que ses aînés, voit d'un assez bon œil cette étrange colocation avec les morts. Pour de nombreux locataires précaires, avoir un «appartement de cendres» sur le palier, c'est surtout la garantie d'un calme absolu –et, plus concrètement, d'un loyer renégocié à la baisse.
«Ils estiment que si vivre à côté d'un appartement de cendres signifie que leur propre logement coûte un peu moins cher, alors ce n'est pas complètement inacceptable –tant qu'ils n'ont pas à le voir au quotidien», conclut Xinyi Wu.
Pour Pékin, la sortie de crise passe par la promotion des funérailles écologiques: dispersion des cendres en mer, inhumations arborées, urnes biodégradables… La dispersion en mer a déjà été choisie par près de 40% des familles pékinoises, selon les autorités. Reste à savoir si ces alternatives fluides et vertes parviendront à détrôner, à long terme, des traditions millénaires ancrées dans la terre –et, désormais, dans le béton des appartements urbains.





























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