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Des célébrations royales aux fêtes populaires : ce temps où les feux d'artifice étaient conçus par des peintres

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La tradition des feux d’artifice ne résonne pas de la même façon qu’il y a plusieurs siècles. Zoom sur l’arrivée en France de ces spectacles, autrefois conçus par des peintres.

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Vue perspective d'un feu d'artifice tiré devant l'Hôtel de ville pour la publication de la paix à Paris (estampe), 1763.

Vue perspective d’un feu d’artifice tiré devant l’Hôtel de ville pour la publication de la paix à Paris (estampe), 1763. (©Gallica / BnF)

Par Amandine Vachez Publié le 13 juil. 2026 à 18h02

Pour célébrer le 14-Juillet, les feux d’artifice s’invitent dans les villes et villages de France, le jour même ou la veille, la plupart du temps. Peut-être vous êtes-vous demandé à quel moment ces spectacles pyrotechniques sont arrivés en France ? Petit éclairage avec notamment l’exemple d’Angers (Maine-et-Loire), où les premiers événements du type étaient imaginés par des peintres…

Des spectacles conçus par des peintres, avec des artilleurs en soutien technique

Nés il y a plus de 1 000 ans en Chine, les feux d’artifice sont arrivés en Europe quelques siècles plus tard. Plus précisément par le biais de l’Italie, au 16e siècle. Si les spectacles pyrotechniques tels qu’on les a en tête se sont développés au 17e siècle, et faisaient le bonheur de la noblesse, à la cour de Louis XIV à Versailles notamment, ses prémices se sont invités en France dès le siècle précédent.

À Angers, dans le Maine-et-Loire, le premier spectacle utilisant des fusées remonterait même à 1568, toute réserve de trouver des documents plus anciens gardée, comme l’indiquait en 2011 Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d’Angers, dans une chronique historique.

Il revient sur l’arrivée du « feu ‘artificiel’» en Europe, par le biais des Italiens. Les Florentins et les Siennois en particulier sont les premiers en Europe à avoir fait des feux d’artifice un spectacle de célébration. « L’artillerie d’abord s’empare de la poudre noire [rapportée du Moyen-Orient par Marco Polo, au 12e siècle, NDLR]. Le premier traité ‘civil’ consacré aux feux d’artifice – Pyrotechnia – est publié en 1611 par le savant médecin et mathématicien Adrien Romain. »

Et de préciser qu’avant l’avènement de la chimie moderne, « les feux d’artifice offrent essentiellement du jaune et du blanc. Un imposant décor en bois – des palais, des temples… – en constitue la base : les feux sont donc conçus par des peintres, les artilleurs ne venant qu’en soutien technique. »

À Angers, la Maine en est le principal décor, complété selon le cas par un dragon monstrueux, un fort, des embarcations empruntées aux bateliers pour simuler un combat naval.

Un spectacle hors-norme utilisant des dizaines de fusées

Quand vous allez voir un feu d’artifice au 21e siècle, il y a diverses formes qui se dessinent dans le ciel, de nombreuses couleurs, parfois une voix off qui raconte une histoire, et les fusées partent sur le rythme d’une musique d’ambiance. S’y ajoutent des jeux de lumière, jouant avec le décor : un château qui s’illumine comme à Carcassonne, ou encore des mouvements qui se dessinent sur l’eau en bord de mer.

À Angers, l’événement le plus ancien découvert par le service des archives était déjà tout un spectacle, avec un décor impressionnant, et des jeux de fusées. « Le 6 juin 1568, le peintre Adam Vandelant et Poursainct Landry s’engagent à construire pour le 17 juin suivant une ‘serpante’ en bois et toile de la grandeur d’un fûtreau [barque typique de la Loire, NDLR], peint de diverses couleurs », retrace Sylvain Bertoldi dans son texte.

L’objectif était que le « feu artificiel » sorte par sa gueule, au moment où l’on simulerait une frappe sur l’animal fictif. Des dizaines de fusées et une heure et demie de spectacle pour que la bête soit vaincue. Avec des acteurs revêtant « de superbes habits à l’antique […], à grands pans et franges, des ‘chappeaulx a la judaïcque’ et […] armés de coutelas en bois argenté. »

Des événements en l’honneur de Louis XIII

Les feux d’artifice comme on les connaît désormais arrivent en France au 17e siècle. Quant à la date exacte du premier feu reconnue, cela varie selon les sources. 1606 revient : celle d’un événement organisé par le duc de Sully, à l’occasion du baptême du futur Louis XIII, à Fontainebleau, comme le relatent les Archives municipales de Lyon.

Manon Dardenne, chargée des collections iconographiques et photographiques à la BnF, Bibliothèque nationale de France, relate dans un article très documenté que l’événement avait rassemblé plus de dix mille personnes, et présentait un « spectacle inédit d’un siège de forteresse agrémenté de fusées d’artifice. »

Une date qui revient aussi est celle de 1615, à Paris, pour célébrer le mariage de Louis XIII avec Anne d’Autriche, alors même qu’une gravure représentant des « artifices de feu, et autres triomphes faits à Paris » remontant à 1613 est à voir sur le portail de l’INHA, Institut national de l’Histoire de l’art*.

Toutes les références sont d’ailleurs liées à Louis XIII. À Angers, un événement date de 1614, selon les Archives municipales : « Le jeune Louis XIII fait son entrée dans la ville avec sa mère, la régente Marie de Médicis, que la Ville leur fait l’honneur, le 10 août, de feux d’artifice dont le pont des Treilles et ses moulins forment le décor naturel. »

À Lyon, un premier feu d’artifice est tiré au cours d’un grand spectacle naumachique [combat naval donné dans un grand bassin, NDLR] sur la Saône, en l’honneur de la venue de Louis XIII dans la ville en 1622.

Une tradition pour les grandes fêtes publiques

Pourquoi les feux d’artifice ont autant la côte ? Comme le précise un extrait du Traité des feux d’artifice pour le spectacle, datant de 1747, « le feu d’artifice a un avantage indéniable : magnifique spectacle de près, il peut être vu de très loin », pointe du doigt le Louvre-Lens, dans un historique*. Ainsi, de nombreuses personnes de toutes les catégories sociales peuvent en profiter. « Dès lors, les feux d’artifice sont davantage utilisés pour les grandes célébrations : naissances importantes, mariages, retour à la paix… »

"Tout au long des 17e et 18e siècles, les feux d’artifice furent intégrés, partout en Europe, aux cérémonies officielles célébrant naissances royales, mariages princiers, couronnements, traités de paix et entrées royales. Plusieurs feuilles de la collection d’Auguste Rondel, parfois accompagnées de notes bibliophiliques soulignant leur rareté, illustrent la diversité de ces feux d’artifice."

Ces spectacles pyrotechniques se développent et se complexifient au cours des 18e et 19e siècles, et sont tirés à l’occasion des grandes fêtes publiques. C’est à la fin du 19e siècle qu’ils deviennent un moment fédérateur des festivités du 14-Juillet.

Ils évoluent depuis au gré des attentes et des tendances, jusqu’à ce qu’ils soient complétés ou remplacés au début du 21e siècle par des spectacles de drones, comme il sera fait ce 14 juillet à Paris, sur le champ de Mars ou dans cette commune de l’Ain, en raison du risque élevé d’incendie.

*Aller plus loin :
– Pour en savoir plus sur les premiers feux d’artifice d’Angers, documents d’archives à l’appui, consultez la chronique historique des Archives municipales.
– Pour voir des exemples d’affiches de la Ville de Lyon, rendez-vous sur le site des Archives municipales.
– Pour en savoir plus sur le procédé des feux, consultez cet article : « Histoire et origines des feux d’artifice » par Pyrobox Artifices.
– Notice « Des étincelles dans le ciel ! », par le Louvre-Lens.
– Merian, Matthäus, « Représentation des artifices de feu, et autres triomphes faits à Paris […] le lundi 2 septembre 1613 en l’honneur de la fête de Saint-Louis » [1613]. Cariatide, bibliothèque numérique de l’INHA, NUM OC 28. (En ligne, consulté le 13 juillet 2026, fiche en ligne).
– « Feux d’artifice européens : images et mémoire des fêtes du Vieux Continent », sur le portail Gallica de la BnF.

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