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Des artistes irano-québécois entre espoir, craintes et angoisse

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Pour plusieurs artistes irano-québécois, le déclenchement de la guerre israélo-américaine contre l’Iran suscite des sentiments contrastés, entre l'espoir d’un avenir enfin meilleur pour le peuple iranien et des inquiétudes aussi bien pour leurs proches que pour l’avenir.

Chanteur lyrique, comédien et metteur en scène, Hesam Mokhtari monte et joue des pièces en persan à Montréal, mais aussi dans d’autres villes canadiennes.

Opposant au régime actuel iranien, il considère ce dernier comme un cancer dont il faut se débarrasser. Vous allez bientôt voir mon pays, un vrai Iran beau et plein de joie, dit-il, optimiste.

On a beaucoup d’espoir. On va faire tout ce qu’on peut pour notre pays, pour la liberté et la démocratie dans notre pays, ajoute-t-il.

Un homme regarde sur le côté.

2:32

L'artiste iranien Hesam Mokhtari vit désormais à Montréal.

Photo : Radio-Canada

10 % d'espoir

Si la comédienne et autrice Baharan Baniahmadi est rivée sur son téléphone depuis samedi dernier, dans l’attente notamment de nouvelles de sa famille, la guerre lancée par les États-Unis et Israël ouvre la perspective, selon elle, de voir l’Iran libéré du régime des mollahs, alors que des manifestations ont fait l’objet d’une répression sanglante plus tôt cette année.

Après ce massacre, les Iraniens étaient comme désespérés, explique celle qui a pleuré de joie en apprenant la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, tué samedi par des frappes israélo-américaines.

Avant cette guerre, on avait zéro espoir. Maintenant, on a 10 % d’espoir, affirme-t-elle. Ça me brise le cœur, mais on dirait qu’il n’y a malheureusement pas d’autre option [que la guerre] pour le peuple iranien.

Baharan Baniahmadi souriante derrière un micro.

Baharan Baniahmadi est une comédienne et autrice.

Photo : Radio-Canada / Arnaud Perron-Bouchard

La peur d'être déçu

Comédien, dramaturge, metteur en scène et directeur du Théâtre français du Centre national des Arts, Mani Soleymanlou a vu le jour en Iran il y a 44 ans, avant de quitter son pays natal avec ses parents quand il était enfant pour s’installer en France, puis au Canada.

Quand les États-Unis et Israël ont lancé des frappes contre l’Iran, samedi dernier, Mani Soleymanlou a publié un message sur Facebook dans lequel il racontait avoir pleuré à l’annonce de la mort d'Ali Khamenei.

Lundi, en entrevue avec Patrice Roy, l’artiste s’est exprimé sur le tsunami d’émotions qui l’anime depuis.

Ce week-end a été un moment charnière dans l’histoire de l’Iran, mais l’après est presque plus important et dangereux, craint-il.

On veut y croire, mais on a peur d’être déçus, comme on est déçus depuis des décennies. À chaque soulèvement populaire, il y a toujours cet espoir qui se pointe le nez, mais il est écrasé, éteint, tu par la politique et les forces de l’ordre.

S’il souhaite voir les Iraniens redevenir maîtres de leur destin, l’avenir de son pays natal reste un point d’interrogation. La démocratie ne s’impose pas de l’extérieur, mais naît de l’intérieur, souligne-t-il.

6:46

Soutien au peuple iranien

Au-delà des effets à long terme de cette guerre, Baharan Baniahmadi et lui pensent surtout au peuple iranien, durement éprouvé depuis la Révolution islamique de 1979.

Avant tout, mon cœur, mes rêves, mes espoirs, ma peur vont à ces Iraniens et Iraniennes qui n’ont pas eu le malheur ou la chance de quitter, qui sont encore là et qui se battent vraiment au quotidien pour leur avenir, explique Mani Soleymanlou.

Je ne pense pas qu’on puisse mesurer l’ampleur de ce que les Iraniens et les Iraniennes vivent à l’intérieur même du pays, [...] ce manque de liberté, cette pression sociale, des décennies et des décennies de douleur et de pression accumulées, ajoute-t-il.

Vous ne savez pas ce que c’est de vivre sous ce régime, nous, on sait, explique Baharan Baniahmadi. Déjà, la moitié d’un siècle est passée [depuis la révolution de 1979], on ne pourra jamais récupérer notre vie. Notre jeunesse a été gâchée sous ce régime criminel.

Faire vivre la riche culture iranienne

Baharan Baniahmadi a dû recommencer sa vie à zéro en arrivant au Québec, il y a sept ans, mais elle a préféré se couper de ses racines et partir, quitte à ne plus pouvoir travailler dans le milieu artistique, plutôt que de rester dans un pays où elle ne pouvait pas être elle-même.

Les dernières années en Iran en tant qu’actrice et femme, c’était tellement difficile avec la répression et la censure. Il y avait des pressions sur les artistes.

En plus d’avoir réalisé ici le court métrage My name is Saba, elle a publié le livre Prophétesse. Ce roman qui se déroule en Iran a été lauréat, en 2023, du Prix Nouvel Apport, décerné par le Conseil des arts de Montréal et le festival littéraire Metropolis Bleu.

Un livre est posé.

Baharan Baniahmadi est l'autrice du roman « Prophétesse ».

Photo : Radio-Canada

En attendant des jours meilleurs, les artistes issus de la diaspora iranienne continuent de faire vivre la culture de leur pays à travers l’art, comme Hesam Mokhtari, qui fait résonner des chansons iraniennes.

De son côté, Mani Soleymanlou invite les Québécois à (re)découvrir la poésie et le cinéma iraniens. La richesse est toujours là sous les bombes, elle est là sous le sang. Cette culture est présente et c’est ce qui donne une grande force à cette population.

Avec les informations de Nabi-Alexandre Chartier

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