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Chaque octobre, le Cameroun se met en rose. Et le reste de l’année ? Au CHU de Yaoundé, le lundi 19 octobre 2026, le service de gynécologie grouille de femmes. Mais le dépistage du cancer, lui, se fait surtout quand une anomalie apparaît. Patientes et médecins décrivent le même fossé entre les slogans d’octobre et les gestes du quotidien.
La peur passe avant la mammographie
Dans la salle d’attente, une dame d’une cinquantaine d’années, visiblement inquiète, vient d’être reçue par le Dr Yvette Nkene, gynécologue. « J’ai senti une boule en me douchant », confie-t-elle. Elle n’a jamais participé à une journée de dépistage gratuit. « Là, c’est la peur qui m’a poussée. »
À l’Hôpital de district de Biyem-Assi, le Dr Bernadette Baleng Maah épse Hoya fait le même constat. Hors campagne, le dépistage volontaire reste rare. Pendant Octobre Rose, une dizaine de femmes par mois passent pour un dépistage. Le reste de l’année, elles viennent quand elles ont déjà un symptôme, souvent à partir de 50 ans.
Le coût pèse aussi. Une mammographie coûte entre 20 000 et 50 000 F, une échographie mammaire 10 000 à 15 000 F. Une somme dissuasive pour beaucoup, d’autant que la peur ajoute son poids. « On préfère ne pas savoir », avoue une jeune mère de 29 ans.
Anne P., 44 ans, a fait un test une fois, lors d’une campagne gratuite. « Depuis, plus rien. »
« La veille doit commencer à 15 ans »
Le Dr Marc Ndjemba, gynécologue obstétricien au CHU de Yaoundé, ne mâche pas ses mots. Le cancer du sein se soigne mieux quand il est vu tôt, répète-t-il, et trop de femmes arrivent en consultation à un stade déjà avancé. Sa recommandation : l’autopalpation, dès 15 ans, une fois par mois après les règles. Rien de compliqué, mais ça change tout.
La conférence du 19 octobre, à l’auditorium des services du Premier ministre, allait dans le même sens. Organisée par l’Association des femmes de ces services, elle avait pour thème la prévention en milieu de travail. Des médecins de l’Hôpital général de Yaoundé, dont le Pr Jean Dupont Kemfang et le Dr Etienne Atenguena, y ont plaidé pour un dépistage précoce.
Difficile de ne pas y voir un aveu : les campagnes ponctuelles ne suffisent pas. Un stand en octobre ne remplace pas une consultation régulière.
Reste à savoir si ce message dépassera les murs de la capitale. Rien ne le confirme à ce stade.
Octobre Rose aura peut-être éveillé quelques consciences. La vraie épreuve commence en novembre, quand les stands plient bagage et que chaque femme décide seule de pousser la porte d’un hôpital.
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Alain-Claude Ndom
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.


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