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Dépanneurs indépendants : innover pour tirer son épingle du jeu

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Le modèle traditionnel des petits dépanneurs de quartier fait face à de nombreux défis, soulignent des acteurs de cette industrie. L'innovation devient donc une nécessité.

C’est ce qu’a fait Karine Martel lorsqu’elle a décidé de lancer un dépanneur 100 % local, en 2022. Situé dans Rosemont, ce dépanneur, qui porte le nom de « Toutes les choses parfaites », offre autant la pinte de lait classique que le savon artisanal québécois.

Fait étonnant : Mme Martel ne vend ni cigarette, ni loterie et ni essence. Pourtant, son chiffre d’affaires a augmenté de 20 % entre 2024 et 2025.

Trois employés du dépanneur devant un présentoir de nourriture.

Le dépanneur, Toutes les choses parfaites, compte quatre employés.

Photo : Radio-Canada / Alexis Gauthier-Gagné

Même si plusieurs résidents considèrent son commerce comme une épicerie de quartier, l'entrepreneure tient à l'appellation des dépanneurs. Je me dis toujours : "Pourquoi doit-on associer les dépanneurs à quelque chose qui n’est pas beau, qui est éclairé au néon, qui n’est pas propre?".

Des produits sur une tablette dans le dépanneur

Les produits sont 100% locaux dans ce dépanneur.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

De nombreuses embûches

Pour le propriétaire Albert Sleiman, détenteur de cinq dépanneurs à Montréal, l'un des plus gros défis demeure la montée des prix des aliments.

M. Sleiman a donc adopté la stratégie d'achat et de revente. Chaque semaine, il doit dénicher les meilleurs rabais dans les épiceries pour éviter de vendre ses produits trop chers.

Quand [les épiceries] mettent la canne de jus de tomates, disons, à 99 sous, je vais en acheter 15 caisses. Ensuite, j'applique mon 30 % de marge et elles tombent à 1,50 $, explique celui qui a acheté son premier dépanneur en 1989.

Tedlee Laguerre n'a pas bénéficié de cette longévité. Il a fondé le concept des Ô Dépanneur en 2021, qui se distinguait, au moment de sa création, par son service de livraison à domicile. La concurrence dans le marché l'a poussé à quitter l'industrie il y a deux ans.

On était très présents sur les réseaux sociaux, donc nos compétiteurs avaient accès à ces informations-là. [La livraison à domicile] est vite devenue la norme dans les dépanneurs, fait remarquer celui qui travaille aujourd’hui en finance.

L'intérieur d'un dépanneur de Montréal. On y aperçoit des croustilles et des friandises.

Une des deux enseignes, Ô Dépanneur, se trouvent à Griffintown.

Photo : Facebook

Changements de mentalité des consommateurs

À l’époque, le principe de commerce de proximité, qui vise à satisfaire rapidement les besoins des clients qui habitent près des commerces, était la clé pour attirer les consommateurs, selon l’administrateur de la page DepQuébec (nouvelle fenêtre), Guy Leroux.

Son site web recense l'actualité spécifique à cette industrie.

La façade d'une épicerie Maxi et cie à Montréal.

Les consommateurs ont de plus en plus tendance à privilégier les magasins à grande surface, aux dépens des dépanneurs, selon M. Leroux. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

Toutefois, aujourd’hui, cette efficacité n’est plus la priorité des consommateurs, qui doivent faire face à l’inflation et à la hausse des prix des aliments. Les consommateurs ont moins de pouvoir d’achat, [...] ils vont donc plus chez Dollarama, Super C et Maxi, affirme M. Leroux, qui a déjà été porte-parole de l'Association québécoise des dépanneurs.

Selon le rapport annuel de la firme Dunnhumby sur les préférences des consommateurs en alimentation, plus de la moitié des consommateurs québécois considèrent que les prix, les promotions et les récompenses sont la priorité quand vient le temps de choisir une épicerie.

Le critère de la vitesse et la commodité des magasins s’élève à seulement 16 %.

Toutefois, selon Tedlee Laguerre, la proximité avec la clientèle est un des aspects positifs de détenir un dépanneur.

Tu fais partie de la routine [des gens]. Chaque fois qu’ils rentrent à la maison après le travail, les jeudis et les vendredis, ils viennent prendre une petite canette de bière pour décompresser. Non seulement tu fais partie de leur routine, mais aussi de leurs petits moments festifs.

L’essence : le nerf de la guerre

L’essence demeure aussi un atout de taille pour survivre dans ce marché. La professeure honoraire à HEC Montréal, JoAnne Labrecque, donne comme exemple les nombreuses stations-service sur l’autoroute 20. Il y a des stations essence qui ont des prix parfois concurrentiels, mais ils ont toujours un petit dépanneur.

Une station-service affichant un prix de 204,9 cents le litre à Surrey, en Colombie-Britannique, le vendredi 13 mars 2026.

Vendre de l'essence permet de concurrencer avec les autres dépanneurs. (Photo d'archives)

Photo : Ben Nelms/CBC

Guy Leroux abonde en ce sens. Quand on vend juste du tabac et de la loterie, c’est plus difficile. Ceux qui ont des postes d’essence ont beaucoup plus de facilité.

Par ailleurs, Mme Labrecque, spécialisée en comportement des consommateurs, se rappelle qu’à une certaine époque, les dépanneurs étaient surtout des commerces utilitaires grâce à leur horaire prolongé.

Quand ce type de magasin s’est développé, la réglementation sur les heures d’ouverture n’avait rien à voir avec aujourd’hui. Les magasins étaient fermés le dimanche et en soirée à l'exception des dépanneurs, contribuant grandement à leur rentabilité, explique l'experte.

C’est en 1990 que le gouvernement du Québec a modifié la loi sur les heures d’ouverture.

Les cigarettes, c’était la vache à lait des dépanneurs

Un autre défi que rencontrent les propriétaires, c’est la baisse des ventes de cigarettes.

En 2000, près du quart de la population fumait des cigarettes quotidiennement, soit environ six millions de personnes. Cette proportion a baissé à 12 % de la population, avec moins de trois millions de fumeurs quotidiens, selon les dernières données disponibles de Statistique Canada datant de 2022.

Il fut un temps où les cigarettes, c’étaient la vache à lait des dépanneurs, affirme M. Laguerre.

À un moment où les industries sont affectées par les tarifs douaniers des États-Unis, Karine Martel croit que son modèle d'affaires lui permet donc de tirer son épingle du jeu et d'encourager l'économie locale. Au final, ton argent reste ici. L'argent reste dans ton économie.

Elle estime donc être beaucoup moins dépendante de l'économie internationale avec son concept.

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