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Alors, comme ça, Montréal est sale. Très sale. Archi sale. Ce n’est pas d’hier que la ville se découvre dans ses plus laids habits une fois la neige disparue. Rien de nouveau sous le soleil. Est-ce que cette année est pire que les autres ? J’en doute. L’hécatombe de nids-de-poule joue sans doute sur les perceptions.
En matière de propreté, comme de déneigement ou d’état des routes, les attentes sont souvent très élevées. Non pas qu’on ne puisse rien améliorer, mais parce qu’une part importante des résultats échappe au contrôle direct des villes. Le retard accumulé en matière d’entretien des infrastructures est tel que le rattrapage lui-même devient un défi colossal, difficile à combler à court terme. À cela s’ajoutent les aléas climatiques… et surtout, les comportements individuels. Car il faut bien le dire, la Ville, elle, ne jette pas ses déchets par terre.
On peut bien dénoncer l’état des rues, des parcs ou des ruelles, mais, à un moment donné, il faut bien admettre que quelqu’un a laissé traîner ces déchets-là à dessein. S’ils volent au gré du vent, c’est qu’ils n’ont pas été déposés au bon endroit : une poubelle, un bac de récupération ou de compost — ce n’est pas sorcier. Il suffit pourtant de marcher quelques minutes pour constater à quel point le geste simple de jeter ses déchets dans un lieu adéquat n’est pas toujours posé.
À cela s’ajoutent les dépôts sauvages, souvent enracinés aux mêmes endroits, comme si certains considéraient l’espace public comme un dépotoir. Des sacs laissés n’importe quand, n’importe où, sans respecter les règles de collecte. Il y en aura toujours pour blâmer la Ville, qu’importent les modalités. Et pourtant, cela fait des décennies qu’on sensibilise, qu’on éduque, qu’on informe. À un moment donné, la communication atteint ses limites. On ne peut pas non plus multiplier indéfiniment les mêmes campagnes en espérant des résultats différents.
Évidemment, la réalité est plus nuancée. Dans certains cas, les conditions de vie rendent plus difficile l’adhésion à des pratiques, comme le tri des matières résiduelles. Quand le quotidien est un combat, le civisme peut passer au second plan. Il faut savoir le reconnaître sans pour autant tout excuser. Mais il y a une ligne. Rien ne justifie les déchets laissés un peu partout, ni les dépôts sauvages, ni ce désintérêt pour la propreté collective. Ce manque de civisme mine la fierté citoyenne. Et c’est là que le bât blesse.
Prenez les graffitis. Pourquoi un bâtiment privé tagué reste-t-il parfois des semaines, voire des mois, sans être nettoyé ? Pourquoi est-ce que ce serait à la Ville d’intervenir pour corriger ce qui relève de la gestion d’une propriété privée ? Devrait-on aller dans la même direction que plusieurs villes nord-américaines et rendre les propriétaires responsables de l’enlèvement des graffitis, avec des délais prescrits et des amendes en cas de non-respect ? L’objectif ne serait pas de punir, mais d’éviter que le problème s’installe. Car on le sait, un graffiti qui reste en place en attire d’autres et contribue à banaliser le vandalisme.
La même logique pourrait s’appliquer à l’entretien du domaine public adjacent. Dans plusieurs villes, les propriétaires et occupants ont l’obligation de maintenir propre l’espace devant leur immeuble — trottoir, bordure, accès — en retirant les déchets et en évitant les accumulations. Non pas parce que la Ville se déresponsabilise, mais parce que la propreté devient alors une responsabilité partagée. Le principe est simple : ce qui se passe devant chez soi n’est pas complètement étranger à celui qui y habite.
Comparons avec Québec. La capitale nationale est généralement plus propre. Est-ce uniquement une question de gestion municipale ? Peut-être en partie. Mais c’est aussi une question de fierté collective, de rapport à l’espace public, de pression sociale. Montréal est une métropole, avec des défis sociaux et économiques plus complexes — ce serait injuste de l’ignorer. Mais cela n’explique pas tout. D’autres grandes villes, confrontées à des réalités similaires, réussissent mieux à maintenir un certain standard.
À un moment donné, il faut se regarder dans le miroir. Car cette réalité a un coût. Chaque sac laissé au sol, chaque dépôt sauvage, chaque graffiti non nettoyé finit par être pris en charge par la collectivité. On peut bien exiger plus de services, mais combien sommes-nous à nous dire prêts à payer pour compenser un manque de civisme généralisé ? Et surtout, est-ce vraiment le rôle de la Ville de tout corriger en permanence ? On veut plus, payer moins… et en faire le moins possible. Je caricature à peine.
Plusieurs villes imposent déjà des obligations aux propriétaires pour l’entretien de leur façade ou de l’espace devant leur immeuble. Mais devrait-on vraiment légiférer pour forcer le civisme ? Ou est-ce le signe qu’on a collectivement abdiqué une part de notre responsabilité ? Car au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit.
À défaut de fierté, on réclame des règles. À défaut d’engagement individuel, on demande à la Ville d’agir à notre place. Et chaque fois qu’on fait ce choix, on ajoute une couche de coûts, de bureaucratie et de pression sur des finances publiques déjà fragiles. Mais au bout du compte, c’est toujours le même portefeuille.
Alors, avant de se demander ce que la Ville peut faire de plus, il faudrait peut-être commencer par se poser une question plus simple encore : qu’est-ce que je fais, moi, pour ma ville ?


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