Imperturbable face aux attaques du président américain, le souverain pontife a entamé lundi une tournée de 10 jours en Afrique, durant laquelle il devrait imposer sa marque devant le désordre mondial.

Kevin Nectoux - Hier à 20:05 | mis à jour hier à 20:05 - Temps de lecture :

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Elles sont rares, les personnalités capables de faire reculer Donald Trump, qui a élevé au rang d’art la diatribe, la calomnie et les attaques ad hominem. En s’attaquant violemment au pape Léon XIV, le jugeant « faible sur le crime » et « les armes nucléaires », le locataire de la Maison Blanche a affligé nombre de ses alliés. Il a été contraint de retirer le photomontage réalisé par intelligence artificielle dans lequel il apparaissait en Christ – ce qu’il dément, disant que l’image était censée le représenter en médecin - soignant un malade. « Je suis consterné que le président ait choisi de coucher sur le papier des propos aussi désobligeants à l’égard du Saint-Père », s’est par exemple ému l’archevêque Paul Coakley, président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis. L’initiative a aussi déplu au sein de la base "Maga" : des personnes influentes, comme l’animateur et podcasteur catholique Michael Knowles, ont expressément demandé au président américain de retirer l’image.

Bien que grotesque, cette séquence a au moins le mérite de démontrer la place prépondérante qu’occupe le souverain pontife par ses prises de parole à l’international. C’est en critiquant les actions militaires américaines, sans toutefois y faire référence explicitement, que Léon XIV s’est attiré les foudres de Donald Trump.

Le poids des fidèles outre-Atlantique

Or, si le président américain a accepté de faire machine arrière ici, c’est en raison du poids électoral que représentent les catholiques outre-Atlantique, attachés à la figure du souverain pontife. « À quelques mois des mid-terms, un fossé se creuse entre les électeurs américains catholiques et l’administration Trump », observe le journaliste et écrivain Bernard Lecomte, spécialiste du Vatican. « Le pape, qui est par ailleurs américain, n’arrête pas de dire à ses fidèles que l’important ce n’est pas la guerre mais la paix, en visant implicitement Donald Trump. Léon XIV promeut la primauté du droit face à la primauté de la force », ajoute l’auteur de France-Vatican : deux siècles de guerre secrète (Éditions Perrin).

En 2024, 55 % des fidèles catholiques, dont 62 % des Blancs et 41 % des Latinos, ont voté pour l’homme d’affaires, d’après une enquête du Pew Research Center. L’aversion de Donald Trump à l’égard du souverain pontife pourrait donc lui coûter cher. Ce dernier est d’ailleurs resté imperturbable face aux attaques du président américain, affirmant n’avoir « aucune crainte ni de l’administration Trump ni de proclamer haut et fort le message de l’Évangile ».

« La troisième voie » du Sud global

Mais la démonstration de l’impact de la diplomatie vaticane ne s’arrête pas là. La tournée africaine entamée par Léon XIV lundi 13 avril en Algérie, une première dans l’histoire papale, en est une autre illustration. Si le chef de l’Église a bien saisi que le centre de gravité du catholicisme s’est déplacé sur ce continent - l’Afrique représente près de 20 % des catholiques du monde -, il devrait aborder des sujets plus politiques que spirituels lors de son séjour : la paix au Cameroun (15-18 avril), où un conflit meurtrier oppose le gouvernement et des séparatistes, la redistribution des richesses en Angola (18-21 avril) et en Guinée équatoriale (21-23 avril), avec l’objectif de réaffirmer le rôle social de l’Église.

Ses premiers pas en Algérie, visant à renforcer le dialogue interreligieux, ont d’ailleurs été scrutés de près. Léon XIV avait rencontré Emmanuel Macron quelques jours plus tôt, entretien au cours duquel le président français a mentionné le sort de Christophe Gleizes, journaliste arrêté en mai 2024 par les autorités algériennes et condamné à sept ans de prison en appel. Il est considéré par Paris comme une victime collatérale des crispations de sa relation avec Alger. Preuve s’il en est de l’espoir placé par les dirigeants mondiaux dans le Saint-Père sur le plan diplomatique.

Sur place, le pape a également exhorté le pouvoir algérien à « ne pas craindre » la participation populaire à la vie politique et économique et à promouvoir « une société civile vivante, dynamique et libre », faisant référence au mouvement prodémocratie Hirak en 2019. D’après Bertrand Lecomte, « Léon XIV vient montrer aux pays du Sud global une troisième voie, entre les deux tendances géopolitiques actuelles : celle des empires dictatoriaux (Chine, Russie) et celle de l’impérialisme américain ». Si les messages de paix et de tolérance ne sont pas nouveaux dans l’histoire du Saint-Siège, « ils prennent une tournure très politique dans le contexte actuel ».

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