Les mégafeux de La Teste-de-Buch (Gironde), en 2022, puis des Corbières (Aude), en 2025, ont marqué un tournant par leur intensité dans la lutte contre les incendies. Face à un risque qui s’étend désormais bien au-delà de l’arc méditerranéen, la France tente de tirer les leçons, de miser sur la prévention et d’adapter ses forêts.

Martin Rigaud-Pezzoni - Hier à 20:40 | mis à jour hier à 21:03 - Temps de lecture :

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L’été ne fait que commencer et une partie du pays est déjà en proie aux flammes. Dans un bassin méditérranéen asséché par deux vagues de chaleur successives, plusieurs incendies se sont déclenchés mercredi et jeudi, notamment dans l’Aude, l’Hérault et les Bouches-du-Rhône. « Les effets du dérèglement climatique se font de plus en plus palpables. Nous vivons un tournant et le pire est à venir », alerte Grégory Allione, officier sapeur-pompier et eurodéputé Renaissance.

Pluviométrie quasi nulle, températures élevées, tramontane : le cocktail rappelle les conditions qui avaient favorisé les mégafeux de La Teste-de-Buch (Gironde) en 2022 et des Corbières (Aude) l’été dernier. Le premier a ravagé près de 20 800 hectares. Le second a consumé plus de 11 000 hectares, traversé 16 communes, mobilisé les secours pendant 23 jours et entraîné le décès d’une femme de 65 ans à son domicile.

20 800 hectares étaient partis en fumée en quelques jours à La Teste-de-Buch (Gironde), en 2022, et des milliers de personnes avaient été évacuées. Photo Sipa/Mathys Nicolas

20 800 hectares étaient partis en fumée en quelques jours à La Teste-de-Buch (Gironde), en 2022, et des milliers de personnes avaient été évacuées. Photo Sipa/Mathys Nicolas

« La prise de conscience » de 2022

« L’intensité était telle que ça a marqué les esprits. Il y a eu un avant et un après 2022 », observe Céline Meredieu, chercheuse à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) en Nouvelle-Aquitaine. Ce gigaincendie a accéléré « une prise de conscience », confirme Grégoy Allione. « Le budget de la Sécurité civile a été augmenté [+40 %], la météo des forêts a été créée et de nouveaux Canadair ont été commandés [deux, achetés en 2024, seront livrés en 2028, tandis que deux autres, commandés en juin, entreront en service en 2032 et 2033] », détaille-t-il.

La doctrine “détecter plus tôt, intervenir plus vite” s’est également renforcée. « Une fois parti, un feu devient quasiment impossible à arrêter. Il faut renforcer les systèmes de surveillance et d’alerte pour agir dès les premiers instants », insiste Sylvain Delzon, spécialiste de l’adaptation des forêts au changement climatique à l’Inrae. Ainsi, selon l’Office national des forêts (ONF), 95 % des départs ont été maîtrisés avant d’atteindre cinq hectares, en 2025, et sur les 15 827 départs de feu recensés, seuls 19 ont dépassé 100 hectares. Grâce aux patrouilles de l’ONF, qui ont triplé depuis 2023, 131 départs de feu ont également été stoppés avant de dégénérer l’an dernier.

Prévenir afin de moins subir

Les enseignements des mégafeux dépassent désormais la seule question des moyens humains, mais obligent à repenser les massifs forestiers. Réduire localement la densité des arbres permet de ralentir l’assèchement des sols et la propagation des flammes, tandis que l’entretien du sous-bois diminue la quantité de combustible. Le manque de pistes forestières avait notamment compliqué la lutte contre les flammes à La Teste-de-Buch. Les autorités ont également renforcé les obligations de débroussaillage et demandé aux agriculteurs de broyer leurs jachères pour réduire les risques. « L’objectif est d’offrir un couvert forestier le moins dangereux possible, notamment autour des habitations et le long des routes. C’est le plus efficace », souligne Céline Meredieu.

Pour Grégory Allione, l’adaptation ne pourra toutefois pas reposer uniquement sur les pouvoirs publics. « Nous avons besoin de la mobilisation de toute la population. Cela commence par des gestes simples, comme ne jamais jeter un mégot dans la nature. » Un rappel loin d’être anodin : les enquêteurs cherchent toujours à déterminer si le mégaincendie des Corbières de 2025 est parti d’une cigarette jetée depuis un véhicule de patrouille de l’ONF. Un agent de l’établissement a été mis en examen début juin pour destruction involontaire par incendie aggravée.

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