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  • Feux de forêts : comment les sapeurs-pompiers font face au risque d’embrasement généralisé

Le réchauffement climatique redessine la carte des risques d’incendies. À terme, de plus en plus de départements vont devoir adopter les techniques de prévention et de lutte contre les incendies utilisées dans le sud de la France.

Jean-Michel Lahire - Aujourd'hui à 06:40 - Temps de lecture :

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Pendant des décennies, la cause semblait entendue. Le risque de mégafeux n’existait que sur le pourtour méditerranéen, ainsi que dans la gigantesque forêt artificielle des Landes. Mais en asséchant la végétation bien au nord de la Loire, le réchauffement climatique est en train de rebattre les cartes. L’été 2022 avait constitué une première rupture. Près de 72 000 hectares avaient été ravagés par les flammes, six fois plus que la moyenne habituelle, dont plus de 30 000 dans le seul département de la Gironde. Surtout, pour la première fois, quasiment tout le territoire avait été touché : 52 départements avaient enregistré un incendie de végétation parcourant au moins 10 hectares, selon un décompte de l’ONF (Office national des forêts).

« La solidarité est exemplaire » 

L’incendie de la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne) vient d’enfoncer le clou, et pose l’inévitable question de la répartition des moyens. Chaque été, des colonnes de renfort venues d’autres départements sont prépositionnées dans le sud de la France. Mais cette stratégie est-elle encore adaptée si le nord brûle aussi ? « Les dispositifs sont adaptés en permanence en fonction des risques. Le dispositif de la Sécurité civile est assez réactif, on peut monter des colonnes très rapidement, et la solidarité est exemplaire. Les départements du Nord ne nous disent pas : ça brûle chez nous, donc on ne vient pas chez vous, et inversement. Tout le monde joue le jeu, on sait très bien que c’est le nerf de la guerre. Maintenant, si on avait tous des feux en même temps et au même moment, ça serait beaucoup plus compliqué », analyse le colonel Éric Grohin, directeur départemental du Service d’incendie et de secours (SDIS) du Var et vice-président de l’association des directeurs des SDIS de France.

Les sapeurs-pompiers varois sont ainsi intervenus récemment dans les Pyrénées-Orientales, ainsi que sur l’incendie de la forêt de Fontainebleau. À leur tour, ils attendaient ce week-end des colonnes de renfort venues de l’est de la France, alors que le risque d’incendie s’annonçait extrême dans la région PACA (Provence-Alpes-Côte d'Azur) pour la première fois de l’année.

Une résilience à développer

Ces prépositionnements touchent au cœur de la doctrine française de lutte contre les feux de forêts, qui repose sur deux piliers : la détection précoce et l’attaque massive. Environ 97 % des incendies sont ainsi éteints avant d’avoir parcouru cinq hectares. « On va arriver à un moment crucial où beaucoup de départements de France vont être obligés de se mettre à cette doctrine, qui demande des moyens. Samedi et dimanche, dans le Var, j’avais 300 personnes sur le terrain dédiées à “faire du feu de forêt”, et qui ne vont pas faire de l’ambulance. Les départements vont devoir faire des efforts, et c’est là où se trouve le problème, car tout cela se fait dans un contexte budgétaire extrêmement contraint pour les SDIS », reprend Éric Grohin.

Le risque, à défaut d’adopter cette doctrine ? Voir se développer des feux hors norme, difficilement contrôlables. La résilience du territoire devient alors un facteur critique. Débroussaillement des abords d’habitations, utilisation de matériaux non inflammables, entretien de chemins d’accès et installation de poteaux d’incendie : autant d’éléments qui semblaient jusqu’à présent prioritaires dans le sud de la France, mais risquent de devoir s’imposer sur une bonne partie du territoire.

L’adaptation a déjà commencé. En avril dernier, un arrêté ministériel est venu ajouter quatre nouveaux départements (Corrèze, Haute-Loire, Essonne et Seine-et-Marne) à la liste des 48 départements comportant des massifs exposés au risque d’incendie — un classement qui emporte des obligations légales de débroussaillement ou un durcissement des règles d’urbanisme.

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