Partout en France, les préfets vont devoir réunir un état-major de sécurité à l’échelle départementale, chargé d’identifier les sites sensibles qui pourraient être visés par une attaque hybride.

Aurélien Poivret - Hier à 20:35 | mis à jour hier à 20:42 - Temps de lecture :

Digiteka PlaceHolder

Face à la menace russe, la France accélère sa préparation, au point d’envisager concrètement les conséquences d’une attaque hybride. Au cours des prochaines semaines, un exercice inédit de « résilience » doit être organisé, et c’est l’Hérault qui a été choisi comme terrain d’entraînement. La date n’en est pas encore connue, ni les communes concernées, les modalités ou le thème retenu. Mais ce qui semble acquis, c’est que cet exercice ne sera que le premier d’une série. La semaine dernière, au sortir d’une réunion avec les préfets de zone de défense, le ministre de l’Intérieur a annoncé qu’il sera « décliné » ailleurs dans le pays. « Nous ne sommes plus dans le temps de l’anticipation abstraite, nous sommes entrés dans celui de l’action », prévient Laurent Nuñez. « Chaque préfet, chaque service de l’État, chaque territoire doit désormais être en mesure de répondre, sans délai, aux crises que nous voyons venir. »

Pour le gouvernement, il est donc temps de faire passer la préparation à l’échelle des départements. Chaque préfet est donc sommé de réunir « dans les prochaines semaines » un « état-major de sécurité départemental » (armée, police, gendarmerie, procureur, hôpitaux, pompiers, Samu, éducation…) permettant de préparer tous les territoires à une crise majeure. Huit objectifs majeurs ont été ciblés, dont la « sécurisation des approvisionnements en biens vitaux », le « renforcement de la résilience des réseaux » ou encore la « modernisation des réserves et des engagements citoyens ».

« Acquérir un haut niveau de préparation »

La Place Beauvau ne cite pas la Russie comme source majeure de danger, mais elle liste les menaces actuelles : « multiplication des attaques hybrides » et des « crises climatiques », « cyberattaques », « atteintes aux infrastructures critiques » qui font « peser des risques croissants sur notre économie et nos approvisionnements stratégiques, avec des répercussions sociales susceptibles d’affecter l’ordre public ».

Cela n’est pas vraiment nouveau - les « mains rouges » et faux cercueils sous la tour Eiffel datent de 2024 - mais début août, la découverte d’un drone chargé d’explosifs à l’aéroport de Leipzig, attribué par l’Allemagne à la Russie, semble avoir donné une nouvelle dimension à la menace, jusque de ce côté-ci du Rhin. Au point pour Emmanuel Macron d’ordonner un « plan de protection de nos infrastructures critiques », qui doit se traduire localement par une remise à niveau de la liste des sites les plus sensibles, et de la façon dont ils sont protégés. Car au-delà des enceintes militaires ou des centrales nucléaires, sous haute surveillance 24h/24, d’autres installations peuvent désormais être considérées comme de potentielles cibles : transformateurs électriques, stations de traitement des eaux, matériel SNCF, lignes TGV, éoliennes, silos à grains, usines chimiques… Autant d’équipements dont la sécurité se met en place localement, avec les préfets et les élus locaux.

Dans sa revue nationale stratégique publiée en 2025, le Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) a fait des collectivités territoriales des « acteurs de premier plan de la résilience de la Nation, du fait de leur proximité avec les citoyens, leurs compétences, leurs moyens humains et matériels ». Ses cadres échangent régulièrement avec les élus locaux, comme encore récemment dans l’Aube avec les maires du département. « Elles doivent acquérir un haut niveau de préparation, avec l’appui et le concours de l’État », juge cette institution rattachée à Matignon, qui fixe le cap en matière de stratégie sécuritaire de la France.

C’est dans cette optique qu’un grand exercice de black-out électrique généralisé est en cours de préparation au SGDSN, pour le premier semestre 2027. Celui-ci se fera sur table, donc sans coupure de courant réelle. Réunis dans le même bâtiment, les acteurs locaux et nationaux seront confrontés à un scénario inconnu, avec des rebondissements permettant d’identifier les failles en cas de situation de crise réelle. Dans un contexte de menace grandissante, la sécurité nationale se joue désormais dans tous les territoires.

C’est quoi une attaque hybride ?

Le Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale, auquel appartient notamment Viginum, définit les stratégies hybrides par « la conjonction de cyberattaques, de manipulations de l’information, de l’instrumentalisation du droit et de l’économie et le recours à des opérations militaires ». Conçues de façon à être « difficilement attribuables », ces actions sont organisées par une puissance étrangère et « jouent avec les seuils estimés de riposte » dans le but de « contraindre et affaiblir la France et ses partenaires ».

Articles les plus lusDéfense - Guerre - Conflit