Alors que la France connait sa troisième canicule de l'été, est-il dangereux de boire l'eau sortie tiède du robinet à cause de la chaleur ? On fait le point.

Ysé Rieffel - Aujourd'hui à 06:45 - Temps de lecture :

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« L’eau n’est pas potable jusqu’à nouvel ordre. » Fin juin, en plein épisode caniculaire, le bailleur social d’un immeuble du 19e arrondissement à Paris alertait ses locataires sur la température « anormale » de l’eau froide à la suite « d'un problème sur le réseau Eau de Paris ». Dans une vidéo publiée par Brut, un habitant de la résidence mesure plus de 30 °C à la sortie du robinet. Cet épisode, circonscrit à un immeuble parisien, interroge : que se passe-t-il pour le consommateur lorsque l’eau du robinet devient tiède voire chaude ? « En période de canicule, quand l’eau a stagné plusieurs heures dans des canalisations intérieures qui sont beaucoup plus exposées à la chaleur, elle va se réchauffer », explique Nathalie Davoisne, directrice du Centre d’information sur l’eau (Cieau).

La température de l’eau dépend de l'exposition des canalisations, de la durée de stagnation ou encore de l'isolation des bâtiments dans lequel elle se trouve. Les réseaux publics d’eau potable, eux, sont généralement moins sensibles aux variations de température : les conduites sont enterrées et restent davantage protégées de la chaleur.

« Laisser couler l’eau »

Y a-t-il un risque sanitaire à boire cette eau ? La spécialiste est claire : « Ce n’est pas parce que l’eau est tiède qu’elle n’est pas considérée comme potable. » Elle explique que la potabilité repose sur des critères sanitaires précis, définis par la réglementation, et non sur la sensation de fraîcheur. « L’eau du robinet, c’est le produit alimentaire le plus encadré : il y a 18 millions de contrôles par an », souligne la directrice du Cieau. Avant d’arriver chez les consommateurs, elle doit respecter environ 70 paramètres de qualité.

Le seuil de 25 °C constitue, lui, un repère de vigilance. Au-delà de cette température, les conditions peuvent devenir plus favorables au développement de certains micro-organismes. « Pour cette raison, les services d’eau renforcent leur surveillance lors des épisodes de fortes chaleurs et peuvent adapter les traitements lorsque cela est nécessaire », pointe Nathalie Davoisne.

Un geste est toutefois à adopter lorsque l'eau arrive tiède dans son verre : « Le prérequis, c’est vraiment de laisser couler l’eau, jusqu’à ce qu’elle soit plus fraîche. Cette eau qui coule, on peut la récupérer pour arroser ses plantes, pour faire du ménage, laver ses légumes… », développe Nathalie Davoisne. L’objectif est d’évacuer l’eau qui a stagné dans les canalisations intérieures et de la remplacer par celle provenant du réseau public. Une recommandation particulièrement valable après plusieurs heures ou jours sans utilisation, par exemple le matin au réveil ou après un retour de vacances. L'experte conseille aussi de bien conserver l'eau du robinet au frais, dans une carafe propre.

Les habitants concernés prévenus

La directrice du Cieau se veut en tout cas rassurante : « Si un risque sanitaire est identifié, les agences régionales de santé, les ARS et la collectivité informent immédiatement les habitants concernés. Le préfet prend des mesures de restriction d'usage ou des recommandations. C'est très strictement encadré. »  L’épisode observé dans le 19e arrondissement parisien reste un cas particulier, qui peut s’expliquer par les caractéristiques du bâtiment et de ses installations. « Il peut y avoir un problème identifié sur l’isolation intérieure de certaines habitations », souligne Nathalie Davoisne. 

En France, l’eau du robinet est largement consommée. Selon le Baromètre annuel d’opinion 2025 du Cieau, 68 % des Français déclarent en boire tous les jours. C’est particulièrement le cas dans certaines régions, notamment en Occitanie (79 %), en Auvergne-Rhône-Alpes (77 %) et en Provence-Alpes-Côte d’Azur (75 %). 

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