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Déclaration de principes du PES (Canada)

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Les délégués au congrès de fondation du Parti de l’égalité socialiste, tenu à Montréal du 22 au 24 août, ont adopté à l’unanimité la Déclaration de principes suivante. Le World Socialist Web Site a précédemment publié un reportage sur l’ensemble du congrès, qui a marqué une étape majeure dans la lutte pour la construction du parti mondial de la révolution socialiste.

Les tâches mondiales du Parti de l’égalité socialiste

1. Le Parti de l’égalité socialiste/Socialist Equality Party (PES/SEP) est la section canadienne du Comité international de la Quatrième Internationale, le Parti mondial de la révolution socialiste fondé par Léon Trotsky en 1938. Les principes du PES intègrent les expériences essentielles des bouleversements révolutionnaires du 20e siècle et la lutte correspondante menée par les marxistes pour le programme de la révolution socialiste mondiale. La révolution socialiste, qui signifie l’entrée en force des masses dans la lutte politique consciente, annonce la plus grande et la plus progressiste des transformations de la forme d’organisation sociale de l’humanité dans l’histoire mondiale – la fin de la société fondée sur les classes et, par conséquent, de l’exploitation de l’être humain par l’être humain. Une transformation d’une telle ampleur est l’œuvre de toute une époque historique. Les principes du PES sont tirés de cette époque, qui s’est ouverte en 1914 par le déclenchement de la Première Guerre mondiale et suivie de peu par la conquête du pouvoir d’État par la classe ouvrière russe lors de la révolution d’Octobre 1917, et renvoient nécessairement à ses expériences.

2. La Quatrième Internationale est née de la lutte implacable menée par les internationalistes marxistes, sous la direction de Léon Trotsky, contre la dégénérescence bureaucratique de l’Union soviétique et contre la trahison du programme de la révolution socialiste mondiale par le régime dictatorial dirigé par Staline et ses sbires. La source politique de cette trahison, qui a conduit en définitive, en 1991, à la dissolution de l’URSS, fut la substitution du nationalisme à l’internationalisme par le régime stalinien.

3. La révolution socialiste est internationale par sa portée. Comme l’a écrit Trotsky : « La révolution socialiste commence sur le terrain national, se développe sur l'arène internationale et s'achève sur l'arène mondiale. Ainsi la révolution socialiste devient permanente au sens nouveau et le plus large du terme : elle ne s'achève que dans le triomphe définitif de la nouvelle société sur toute notre planète. » Ce principe fondamental de la Quatrième Internationale, qui définit avant tout le programme et l’identité politique du PES, a été forgé dans la lutte contre la « théorie » stalinienne du « socialisme dans un seul pays ». L’ère des programmes nationaux a pris fin avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Plus d’un siècle plus tard, compte tenu de la croissance colossale de l’économie mondiale et de son intégration à l’échelle du globe, les conditions économiques mondiales et les exigences des rivalités interimpérialistes et intercapitalistes sont les principaux déterminants de la vie nationale. C’est pourquoi, comme l’a expliqué Trotsky, « l’orientation nationale du prolétariat ne peut découler et ne doit découler que d’une orientation mondiale, et non l’inverse ».

4. Peu importe où les luttes révolutionnaires de la classe ouvrière éclatent en premier, que ce soit dans un pays capitaliste avancé ou moins développé, en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud ou en Australasie, la conflagration sociale prendra inévitablement des dimensions mondiales. La révolution socialiste ne sera pas et ne peut pas être achevée dans un cadre national. Comme l’avait prévu Trotsky dans sa théorie de la révolution permanente, elle s’achèvera sur l’arène mondiale.

5. La stratégie de la classe ouvrière, au Canada comme dans tous les pays, doit partir d’une analyse des conditions mondiales. La logique géographique, historique et économique veut que la transformation socialiste du Canada ne puisse se réaliser que par l’unification des luttes de la classe ouvrière au Canada, aux États-Unis et au Mexique, et par leur lutte révolutionnaire commune pour établir le pouvoir ouvrier et les États socialistes unis d’Amérique du Nord.

6. À cette fin, le PES lutte pour que les travailleurs canadiens fassent de l’unité objective de la classe ouvrière nord-américaine leur stratégie de classe consciente. Ils doivent raviver les puissantes traditions de lutte commune des classes ouvrières canadienne et américaine et leur insuffler un contenu socialiste supérieur, depuis la lutte pour la journée de huit heures et les Chevaliers du Travail au 19e siècle, en passant par le mouvement de rébellion pour les syndicats industriels pendant la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale, jusqu'aux luttes sociales des années 1960. Pour diriger politiquement ce combat, la collaboration la plus étroite entre les PES du Canada et des États-Unis, sous l’autorité politique du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), est nécessaire en toutes circonstances.

7. Le programme du Parti de l’égalité socialiste exprime les intérêts de la classe ouvrière, la force sociale révolutionnaire internationale dirigeante et décisive dans la société capitaliste moderne. La tâche centrale du PES est de gagner le soutien des travailleurs canadiens au programme du socialisme international. Sur la base de ce programme, le PES s’efforce d’unifier et de mobiliser la classe ouvrière pour la conquête du pouvoir politique et l’établissement d’un État ouvrier au Canada. Il créera ainsi les conditions préalables objectives du développement d’une société authentiquement démocratique, égalitaire et socialiste. Ces objectifs ne peuvent être réalisés que dans le cadre d’une stratégie internationale, dont le but est l’unification mondiale des travailleurs de tous les pays et la création des États socialistes unis du monde.

La crise du capitalisme

8. Le capitalisme, et le système impérialiste qui s’est développé sur ses fondements économiques, est la cause fondamentale de la pauvreté, de l’exploitation, de la violence et de la souffrance humaines dans le monde moderne. En tant que système d’organisation socio-économique, il a depuis longtemps épuisé son rôle historiquement progressiste. L’histoire ensanglantée du 20e siècle – avec ses deux guerres mondiales, ses innombrables conflits « locaux », le nazisme et d’autres formes de dictature militaro-policière, ses éruptions de génocide et ses pogroms communautaires – constitue un acte d’accusation sans équivoque contre le système capitaliste. Les victimes de la violence engendrée par le capitalisme se comptent par centaines de millions. À cela s’ajoutent les peuples de continents entiers condamnés à une pauvreté implacable.

9. L’ampleur gigantesque des forces productives actuelles et les progrès extraordinaires de la technologie sont amplement suffisants non seulement pour abolir la pauvreté, mais aussi pour garantir à chaque être humain un niveau de vie élevé. La culture devrait s’épanouir au sein d’une richesse matérielle sans précédent. Or, les conditions de vie de la classe ouvrière se dégradent et la culture humaine, privée de perspective et d’espoir en l’avenir, traverse une profonde crise. La source de la contradiction entre ce qui est et ce qui devrait être est un système économique mondial fondé sur la propriété privée des moyens de production et sur la division irrationnelle du monde en États-nations rivaux.

10. Le développement de l’IA en est l’illustration. Produite par le travail collectif et le savoir accumulé de l’humanité, l’IA recèle un immense potentiel progressiste, y compris pour le développement d’une planification socialiste placée sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière. Sous le capitalisme, toutefois, elle est transformée en instrument d’exploitation et de destruction sociale. Elle est utilisée non pas pour alléger le fardeau du travail, mais pour intensifier l’exploitation des travailleurs, supprimer des emplois, accroître la surveillance étatique et mener la guerre impérialiste. Pour que le potentiel progressiste de l’IA, comme celui de toutes les avancées technologiques, puisse se réaliser, le contrôle de l’IA doit être arraché à la classe capitaliste, à ses États et à ses entreprises géantes, et placé entre les mains de la classe ouvrière.

11. L’impact mondial dévastateur de la pandémie de COVID-19 démontre que le système du profit privé et ses impératifs économiques, l’anarchie du marché capitaliste et l’avidité insatiable de la classe dirigeante sont incompatibles avec la sauvegarde de la vie même des travailleurs du monde entier. Alors que les scientifiques et le savoir-faire technologique créés par la société moderne se sont montrés capables d’identifier le virus mortel en quelques jours et de mettre au point des vaccins en quelques mois, on a laissé la COVID-19 se propager librement parce que les élites dirigeantes de tous les pays refusaient de tolérer la moindre restriction à leur accumulation de profits. La politique du « profit avant la vie » de la classe dirigeante, consistant à maintenir à tout prix l’économie et les écoles ouvertes, a causé la mort de dizaines de millions de personnes. L’oligarchie financière mondiale des milliardaires a tiré profit de cette mort de masse, sa fortune cumulée ayant explosé pendant la pandémie.

12. Le conflit irréconciliable entre le système de profit et la survie même de l’humanité trouve une autre expression dans la crise du changement climatique et la dévastation de l’environnement naturel. La cause de la crise n’est ni la surpopulation ni la surconsommation. Elle ne résulte pas non plus du développement de la science, de la technologie et des forces productives de l’humanité – lequel est essentiel au progrès de la civilisation – mais de leur utilisation néfaste par un ordre social et économique obsolète, qui rend impossible la mise en œuvre de toute solution rationnelle. Les données scientifiques indiquent que seule la réorganisation socialiste de l’économie mondiale – dans laquelle l’environnement ne serait plus pris en otage par le profit privé ni par des intérêts nationaux destructeurs – peut permettre les énormes réductions de gaz à effet de serre nécessaires pour empêcher l’effondrement de la civilisation humaine.

13. La solution à la crise économique mondiale et à la détérioration de la position sociale de la classe ouvrière ne réside pas dans la réforme du capitalisme, car celui-ci est irréformable. La crise est de nature structurelle et historique. De même que le féodalisme a cédé la place au capitalisme, le capitalisme doit céder la place au socialisme. Les ressources industrielles, financières, technologiques et naturelles clés doivent être soustraites à la sphère du marché capitaliste et de la propriété privée, transférées à la société et placées sous la supervision et le contrôle démocratiques de la classe ouvrière. L’organisation de la vie économique sur la base de la loi capitaliste de la valeur doit être remplacée par sa réorganisation socialiste sur la base d’une planification économique démocratique, dont le but est la satisfaction des besoins sociaux.

L’impérialisme et la guerre

14. Si le système économique opère à l’échelle mondiale, l’industrie et la finance étant dirigées par des sociétés transnationales, le capitalisme reste enraciné dans le système des États-nations. En dernière analyse, l’État national sert de base d’opérations à partir de laquelle la classe dirigeante de chaque pays défend ses intérêts sur la scène mondiale. La poussée incontrôlable des principaux États impérialistes vers la domination géopolitique, les sphères d’influence, les marchés, le contrôle des ressources vitales et des réseaux de production, et l’accès à une main-d’œuvre bon marché mène inévitablement à la guerre. La survie même de l’humanité est remise en question par ces guerres, en raison de la menace posée par l’utilisation d’armes nucléaires.

15. Depuis la dissolution de l’Union soviétique par la bureaucratie stalinienne, le monde est emporté dans un tourbillon grandissant de guerres impérialistes menées par les États-Unis, auxquelles toutes les puissances impérialistes, dont le Canada, ont participé. La guerre des États-Unis et de l’OTAN contre la Russie en Ukraine, commencée en 2022, et la guerre américano-israélienne contre l’Iran en 2026 marquent deux étapes d’une troisième guerre mondiale impérialiste qui s’étend rapidement, pour un nouveau découpage colonial du monde entre les grandes puissances. Le Parti de l’égalité socialiste affirme que la seule force sociale capable d’arrêter la nouvelle plongée de l’humanité dans la barbarie, après les deux catastrophes du 20e siècle, est la classe ouvrière internationale armée du programme de la révolution socialiste mondiale.

16. Le Canada est une puissance impérialiste aux appétits prédateurs qui défend agressivement ses intérêts sur la scène mondiale, mais surtout dans l’Arctique, en Amérique latine, en Afrique et, de plus en plus, en Asie-Pacifique. Puissance impérialiste de second rang, le Canada a toujours tiré profit d’une étroite collaboration avec la puissance capitaliste dominante du moment : l’Empire britannique jusqu’au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, puis les États-Unis. Le Canada a été un belligérant majeur dans les deux guerres mondiales du 20e siècle, ce qui a permis à la bourgeoisie canadienne de renforcer rapidement sa position mondiale. Après la Seconde Guerre mondiale, Ottawa s’est servi de son étroit partenariat économique et militaro-stratégique avec l’impérialisme américain, d’une part, et de sa participation à une série d’institutions multilatérales, comme l’OTAN, le FMI, le Commonwealth et l’ONU, d’autre part, pour assouvir ses ambitions prédatrices mondiales derrière un voile de phrases altruistes sur la « paix » et les « droits de l’homme ». Cela inclut la guerre menée contre la Corée, qui a donné lieu à un déploiement militaire canadien dans la péninsule, toujours en cours aujourd’hui. Les affirmations de la classe dirigeante – abandonnées depuis longtemps, mais toujours promues par les sociaux-démocrates et la pseudo-gauche – selon lesquelles le Canada aurait une « vocation » particulière au « maintien de la paix » ont toujours été un mensonge. Pendant toute la Guerre froide, l’écrasante majorité de l’armée canadienne était engagée dans des préparatifs de guerre et de conflit nucléaire potentiel avec l’URSS, ou dans le maintien de l’autorité de l’État canadien à l’intérieur du pays. De plus, comme toutes les missions de « maintien de la paix » de l’ONU, celles auxquelles le Canada a participé étaient autorisées par les États-Unis et visaient à défendre des intérêts impérialistes, notamment en réprimant des luttes anticoloniales (par exemple au Vietnam, au Congo) et en désamorçant des conflits entre les puissances impérialistes et leurs alliés (Suez, Chypre). Depuis la guerre du Golfe de 1990-1991, l’impérialisme canadien a joué un rôle majeur dans les trois décennies et demie de guerres d’agression menées par les États-Unis, qui se sont désormais métastasées en un conflit mondial. Cela comprend des guerres, des interventions et des opérations de changement de régime en Somalie, en Yougoslavie, en Afghanistan, en Haïti, en Libye, en Syrie, en Irak, le génocide à Gaza et la guerre contre la Russie à propos de l’Ukraine, fomentée par les États-Unis et l’OTAN. Aujourd’hui, l’impérialisme canadien est en première ligne de la guerre mondiale émergente.

17. Le PES exige le retrait de toutes les troupes canadiennes des interventions menées dans le monde entier, y compris dans les pays baltes et en Europe de l’Est, au Moyen-Orient, dans les Caraïbes et en Asie-Pacifique. Nous nous opposons à toutes les tentatives d’embrigader une nouvelle génération de travailleurs et de jeunes derrière les intérêts mondiaux agressifs de l’impérialisme canadien au nom de déclarations frauduleuses sur la défense des « droits de l’homme » et de la « démocratie ». Nous exigeons l’abandon de toutes les alliances impérialistes internationales, y compris l’OTAN, le partenariat militaro-stratégique entre le Canada et les États-Unis, les Five Eyes et le NORAD. Nous demandons le retrait de tout le personnel militaire américain du Canada et la fin de toute collaboration avec la machine de guerre la plus meurtrière de la planète. En même temps, nous répudions tous les appels en faveur d’une politique militaire et étrangère canadienne plus « indépendante ». Les différends que la classe dirigeante canadienne ou l’un de ses camps peuvent avoir avec Washington portent uniquement sur la meilleure façon de promouvoir les intérêts de l’impérialisme canadien et d’obtenir leur part du butin.

18. Le PES encourage les manifestations de masse contre la guerre impérialiste. Cependant, étant donné que les guerres sont enracinées dans les contradictions irréconciliables du système capitaliste du profit, nous rejetons toute illusion quant à la possibilité de persuader les gouvernements nationaux ou tout secteur de la classe dirigeante de modifier ou de modérer leur politique. Nous défendons le droit de tous les peuples opprimés de résister à la violence impérialiste et à l’occupation néocoloniale de leurs pays, mais cela ne diminue en rien notre opposition implacable aux régimes nationalistes bourgeois et de restauration capitaliste qui sont dans le collimateur de l’impérialisme. Le fléau de la guerre impérialiste ne peut être éliminé que par la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière et la mise en œuvre d’une politique socialiste. Nous adoptons les principes suivants, énoncés pour la première fois dans la déclaration du CIQI de 2016 Le socialisme et la lutte contre la guerre, pour la construction d’un mouvement antiguerre mondial dirigé par la classe ouvrière. Aujourd’hui, cette tâche revêt une urgence absolue :

• La lutte contre la guerre doit se baser sur la classe ouvrière, la grande force révolutionnaire de la société, ralliant à elle tous les éléments progressistes de la population.

• Le nouveau mouvement antiguerre doit être anticapitaliste et socialiste, car il ne peut y avoir de véritable lutte contre la guerre sans une lutte qui vise à mettre fin à la dictature du capital financier et au système économique qui est la cause fondamentale du militarisme et de la guerre.

• Le nouveau mouvement antiguerre doit donc nécessairement garder une pleine et entière indépendance et hostilité envers tous les partis et organisations politiques de la classe capitaliste.

• Le nouveau mouvement antiguerre doit surtout être international et mobiliser toute la puissance de la classe ouvrière dans une lutte mondiale unifiée contre l'impérialisme. À la guerre permanente de la bourgeoisie, il faut opposer la perspective de la révolution permanente de la classe ouvrière, dont le but stratégique est d'abolir le système des États-nations et d'établir une fédération socialiste mondiale.

L’État capitaliste et le parlementarisme

19. La condition préalable essentielle à la mise en œuvre d’une politique socialiste est la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière et l’établissement d’un État ouvrier. Si la classe ouvrière doit utiliser tous les droits démocratiques et légaux dont elle dispose dans la lutte pour le pouvoir, la vaste expérience historique a démontré qu’elle ne peut mener à bien la réorganisation socialiste de la société dans le cadre des institutions existantes de la démocratie bourgeoise et de l’État capitaliste. Il ne peut y avoir de voie parlementaire vers le socialisme. La définition marxiste classique de l’État comme instrument de domination de classe qui « ne se compose pas seulement d'hommes armés, mais aussi d'annexes matérielles, de prisons et d'établissements pénitentiaires de toutes sortes » (Engels), est plus vraie encore aujourd’hui qu’à l’époque de sa première formulation, à la fin du XIXe siècle. L’État n’est pas, comme les réformistes l’affirment habituellement, un arbitre neutre des conflits sociaux. Son existence même atteste que la société est divisée en classes antagonistes inconciliables. L’État bourgeois est un instrument qui défend la dictature politique de la classe capitaliste. Même sur le plan juridique, la bourgeoisie se réserve le droit de balayer les normes constitutionnelles fondamentales et les précédents juridiques pour défendre sa domination – comme cela s’est produit sous la Loi sur les mesures de guerre pendant les deux guerres mondiales. Le monarque et son représentant, le gouverneur général, conservent de vastes « pouvoirs de réserve », que le gouvernement minoritaire de Harper a mobilisés en 2008 dans un coup d’État constitutionnel pour empêcher sa chute. Le Parlement, comme l’ensemble de l’appareil d’État capitaliste, est un instrument de l’oligarchie financière et de la grande entreprise. Le système parlementaire multipartite est un mécanisme de domination de classe. Les partis rivaux de « gauche » et de « droite », fédéralistes et souverainistes québécois, jouent un rôle complémentaire dans l’élaboration et la mise en œuvre de la politique de la classe dirigeante, dans le façonnement et la manipulation de l’opinion publique et dans la répression de l’opposition sociale, avant tout celle de la classe ouvrière.

20. La bourgeoisie canadienne a toujours été hantée par la crainte d’un mouvement venu d’en bas. Contrairement à ses homologues anglaise, française et américaine, elle n’a aucune tradition révolutionnaire démocratique bourgeoise, comme l’illustre la devise fondatrice de son État : « paix, ordre et bon gouvernement ». La Confédération n’a pas été un mouvement démocratique populaire, mais plutôt une transaction commerciale, concoctée par des banquiers, des promoteurs ferroviaires, des hommes d’affaires et le Foreign Office britannique afin d’assurer à l’élite dirigeante le contrôle de la partie septentrionale de l’Amérique du Nord. Elle a jeté les bases de la dépossession ultérieure des peuples autochtones de l’Ouest canadien par le vol et la violence génocidaire. Au cours des trois dernières décennies, les droits démocratiques arrachés par la lutte à une époque antérieure ont été anéantis. La prétendue « guerre contre le terrorisme » a servi à étendre considérablement la portée et les pouvoirs arbitraires des services de renseignement, et à s’attaquer à l’habeas corpus et à la liberté d’expression. Le droit de grève a été en grande partie aboli, notamment par le gouvernement fédéral s’arrogeant des pouvoirs autoritaires au moyen de « réinterprétations » fallacieuses du Code du travail. La banalisation du recours à la « clause de dérogation », qui permet aux gouvernements d’abroger des droits fondamentaux censés être garantis par la Charte canadienne des droits et libertés, souligne que la classe dirigeante rompt avec les formes de domination démocratique bourgeoise et adopte l’autoritarisme.

La démocratie et la lutte pour le pouvoir ouvrier

21. La défense des droits démocratiques et la lutte contre le fascisme et la dictature sont indissociablement liées à la lutte pour le socialisme. De même qu’il ne peut y avoir de socialisme sans démocratie, il n’y aura pas de démocratie sans socialisme. L’égalité politique est impossible sans l’égalité économique. Cela apparaît de plus en plus clairement dans le fait que l’oligarchie financière de chaque pays, poussée par l’approfondissement de la crise du capitalisme, remet le pouvoir à des forces d’extrême droite et ouvertement fascistes. Le fascisme est la contre-révolution capitaliste. Comme la lutte contre la guerre mondiale, la lutte contre la menace fasciste est indissociable de la lutte pour arracher le pouvoir économique et politique à l’oligarchie et pour abolir le capitalisme. La classe ouvrière a appris, par une amère expérience historique, que le fascisme ne peut être empêché en forgeant des alliances de « front populaire » fondées sur la subordination politique des travailleurs à des forces bourgeoises « démocratiques » au nom de la défense de la « démocratie ». Les alliances de « Front populaire » formées par les staliniens et les partis sociaux-démocrates dans les années 1930, surtout en Espagne et en France, ont ouvert la voie à l’arrivée du fascisme au pouvoir précisément parce qu’elles ont étouffé les luttes révolutionnaires de la classe ouvrière contre le capitalisme. Comme l’a soutenu Trotsky dans sa théorie de la révolution permanente, la seule force sociale capable aujourd’hui de défendre et d’étendre de manière conséquente les droits démocratiques est la classe ouvrière internationale, à la tête de tous les éléments progressistes de la société dans une lutte pour le pouvoir ouvrier et la transformation socialiste de la société.

22. L’instauration du pouvoir ouvrier exige bien plus que l’élection de candidats socialistes aux institutions existantes de l’État bourgeois. De nouvelles formes et structures d’une démocratie participative authentique – issues des luttes révolutionnaires de masse et représentatives de la majorité ouvrière de la population – doivent être développées pour servir de fondements à un gouvernement ouvrier, c’est-à-dire un gouvernement des travailleurs, pour les travailleurs et par les travailleurs. La politique d’un tel gouvernement, tout en introduisant les mesures essentielles à la transformation socialiste de la vie économique, consistera à encourager et à promouvoir activement une vaste expansion de la participation démocratique de la classe ouvrière aux processus décisionnels dans un rôle dirigeant sur ceux-ci. Il favorisera l’abolition des institutions existantes qui entravent les processus démocratiques ou servent de centres de conspiration contre le peuple (telles que la monarchie, le Sénat, l’armée permanente, la police et l’ensemble de l’appareil de renseignement et de sécurité). Ces changements et d’autres changements nécessaires, d’un caractère profondément démocratique, qu’il appartiendra aux masses elles-mêmes de déterminer, ne sont possibles que dans le contexte de la mobilisation de masse de la classe ouvrière, imprégnée d’une conscience socialiste.

L’indépendance politique de la classe ouvrière

23. La lutte pour le pouvoir exige l’indépendance politique inconditionnelle de la classe ouvrière à l’égard des partis, des représentants politiques et des agents de la classe capitaliste. La classe ouvrière ne peut pas accéder au pouvoir, et encore moins mettre en œuvre un programme socialiste, si elle a les mains liées par des compromis politiquement paralysants avec les représentants d’autres intérêts de classe. Il est de la plus haute importance que la classe ouvrière rompe avec la politique du réformisme national (historiquement identifié au Nouveau Parti démocratique [NPD] social-démocrate), la bureaucratie syndicale et le nationalisme « de gauche » canadien et québécois. Depuis sa fondation en 1961, le NPD a été un parti capitaliste, opposé au marxisme et à la lutte de classe. Sa formation n’a pas résulté de l’entrée en force de la classe ouvrière dans la lutte politique par en bas. Il s’agissait plutôt d’une manœuvre de la bureaucratie syndicale et du CCF (Co-operative Commonwealth Federation) réformiste visant à consolider leur contrôle politique sur une classe ouvrière de plus en plus militante et à renforcer leur influence dans la politique de l’establishment. Comme les partis sociaux-démocrates du monde entier, le NPD a répudié son programme réformiste dans les années 1980 pour soutenir ouvertement l’intensification de l’exploitation des travailleurs. Au cours des quatre dernières décennies, il a plaidé pour la compétitivité mondiale, soutenu les guerres et les intrigues de l’impérialisme canadien à l’étranger, et a détruit les réformes sociales mêmes qu’il vantait jadis comme la preuve que le capitalisme pouvait être humanisé. Le PES s’oppose avec fermeté à toutes les tentatives de raviver les illusions dans le réformisme national, qu’elles prennent la forme d’une tentative de relancer le NPD en le ramenant à ses prétendues « racines socialistes » ou de la construction d’un nouveau parti « de gauche ». L’expérience du mouvement dirigé par Jeremy Corbyn pour « reprendre » le Parti travailliste britannique et celle du gouvernement de Syriza (Coalition de la gauche radicale) en Grèce ont démontré de manière concluante la faillite de telles initiatives. Ce sont des mécanismes pour désarmer et museler politiquement la classe ouvrière. Dans les conditions d’une crise structurelle du capitalisme mondial et d’une aliénation des masses à l’égard de l’establishment politique traditionnel, une multitude de nouveaux partis et groupements peuvent apparaître. Pour évaluer ces tendances politiques, le PES considère que les critères décisifs ne sont pas leur position épisodique sur telle ou telle question, mais bien leur histoire, leur programme, leur perspective, leur base sociale et leur orientation de classe.

24. Le monopole de la classe dirigeante sur la vie politique est imposé par les syndicats néocorporatistes intégrés au patronat et à l’État. Ceux-ci sont implacablement opposés au développement d’un mouvement social et politique de masse de la classe ouvrière pour le pouvoir ouvrier. La bureaucratie syndicale réprime systématiquement la lutte de classe. Confrontée à l’opposition des travailleurs, elle s’efforce de l’isoler, de la désamorcer et de la faire dérailler, en l’enfermant dans le carcan du système de négociation collective anti-ouvrier, conçu et réglementé par l’État, ainsi que dans la politique électorale et parlementaire et dans la politique de protestation. Fervents partisans, respectivement, du nationalisme québécois et du nationalisme canadien, les appareils syndicaux du Québec et du Canada anglais entretiennent la division, attisée par la classe dirigeante, entre les travailleurs du Québec et ceux du reste du pays. De même, les syndicats s’accrochent à la structure fédérale du Canada et à la division des pouvoirs pour mettre en quarantaine les luttes contre l’offensive de la classe dirigeante, à l’échelle du pays, visant à démanteler les services publics et à s’attaquer aux droits des travailleurs, en les cantonnant aux frontières provinciales et à la politique officielle. Au nom, tour à tour, de la promotion d’un programme « progressiste », de l’opposition aux représentants les plus ouvertement de droite de la classe dirigeante (« politique du moindre mal » / « vote stratégique ») et de la « défense des intérêts du Québec », les syndicats soutiennent ouvertement des partis capitalistes de droite – le plus souvent le NPD, les libéraux, le Parti québécois (PQ) et le Bloc québécois – et défendent, dans son ensemble, le système multipartite par lequel le capital exerce sa domination.

25. La lutte pour l’indépendance politique de la classe ouvrière exige la dénonciation systématique du nationalisme « de gauche » canadien et québécois, avec ses prétentions frauduleuses selon lesquelles le capitalisme canadien constituerait une société « plus douce et plus humaine » et une alternative progressiste à l’impérialisme américain, et la nation québécoise reposerait sur des liens de « solidarité sociale » étrangers au « capitalisme anglo-saxon ». Le nationalisme canadien et le nationalisme québécois sont des jumeaux idéologiques, qui remplissent la même fonction de classe essentielle. Ils occultent le caractère impérialiste de la bourgeoisie canadienne et de sa composante québécoise et mystifient les rapports de classe en promouvant une identité censée transcender les classes. Ils servent à lier les travailleurs à leurs exploiteurs capitalistes et à entraver l’unification de leurs luttes au Canada et avec la classe ouvrière internationale.

Contre l’opportunisme

26. En abordant toute question politique et en choisissant une tactique appropriée, le Parti de l’égalité socialiste défend les intérêts fondamentaux de la classe ouvrière. Il s’appuie sur une compréhension scientifique de la nature du système capitaliste, régi par des lois objectives, de la dynamique politique de la société de classe et sur une assimilation systématique des leçons de l’histoire. C’est cette approche qui place le PES en opposition irréconciliable avec la politique opportuniste, laquelle, dans la poursuite de gains tactiques à court terme, sacrifie les intérêts à long terme de la classe ouvrière. À maintes reprises, les opportunistes ont justifié leur trahison des principes en prétendant être des politiciens réalistes, non guidés par des dogmes « rigides » et sachant adapter leur pratique aux exigences de chaque situation. L’opportunisme est invariablement une adaptation au milieu national dominant. Maintes fois, une telle politique « réaliste » a conduit à la catastrophe pour la classe ouvrière – précisément parce qu’elle reposait sur une évaluation superficielle, impressionniste, non marxiste et, par conséquent, irréaliste et fausse des conditions objectives et de la dynamique de la lutte des classes.

27. Mais l’opportunisme n’est pas simplement le produit d’une erreur intellectuelle et théorique. Il a de profondes racines socio-économiques dans la société capitaliste et se développe au sein du mouvement ouvrier comme l’expression de la pression de forces de classe hostiles. Toutes les manifestations significatives de l’opportunisme – depuis celui de Bernstein, apparu au sein de la social-démocratie allemande à la fin du 19e siècle, et celui de Staline, qui a grandi au sein du Parti bolchevik dans les années 1920, jusqu’à celui de Pablo et Mandel, qui s’est développé au début des années 1950 au sein de la Quatrième Internationale, et, enfin, l’opportunisme du Workers Revolutionary Party britannique qui a conduit à sa rupture avec le CIQI au milieu des années 1980 – peuvent être attribuées à l’influence exercée par les forces sociales bourgeoises et petites-bourgeoises sur la classe ouvrière. Telle est la cause profonde et la signification du révisionnisme et de la politique opportuniste. La lutte contre ces tendances n’est pas une distraction par rapport à la construction du parti, mais bien le plus haut niveau où est menée la lutte pour le marxisme dans la classe ouvrière.

La conscience socialiste et la crise de direction

28. Le Parti de l’égalité socialiste, en tant que section du CIQI, défend la conception classique – développée systématiquement par Lénine dans la construction du Parti bolchevik et poursuivie par Trotsky dans la lutte pour fonder et construire la Quatrième Internationale – selon laquelle la conscience socialiste révolutionnaire ne se développe pas spontanément dans la classe ouvrière. La conscience socialiste exige une compréhension scientifique des lois du développement historique et du mode de production capitaliste. Cette connaissance et cette compréhension doivent être introduites dans la classe ouvrière, et c’est là la tâche principale du mouvement marxiste. C’est précisément ce que Lénine soulignait dans Que faire ? lorsqu’il écrivait : « Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire. » Quelle que soit la puissance du mouvement spontané de la classe ouvrière, l’idéologie bourgeoise, bien plus ancienne, plus répandue et dotée de moyens de diffusion plus importants que la théorie socialiste, s’impose spontanément. Par conséquent, sans les efforts du parti révolutionnaire pour introduire la théorie marxiste dans le mouvement ouvrier, celui-ci reste sous la domination idéologique de la bourgeoisie. Plus l’essor de la classe ouvrière est grand et plus son développement est vaste, insistait Lénine, plus la nécessité de la conscience est grande dans le travail théorique, politique et organisationnel du parti révolutionnaire. Historiquement, la forme la plus répandue de conscience de masse de la classe ouvrière a été le syndicalisme. Mais, comme l’a expliqué Lénine et comme l’expérience de plus d’un siècle l’a démontré, le syndicalisme est la « conscience bourgeoise » de la classe ouvrière. Le dénigrement de la lutte pour la conscience révolutionnaire, généralement associé à des attaques démagogiques contre l’« élitisme » intellectuel et marxiste, est le fonds de commerce des universitaires réactionnaires et des opportunistes politiques.

29. La victoire du socialisme – et, par conséquent, la survie et le développement progressiste de la civilisation humaine – exige la construction, sur les fondements de la théorie marxiste, de la Quatrième Internationale, le Parti mondial de la révolution socialiste. Le socialisme ne se réalisera pas simplement comme l’aboutissement inévitable d’un processus historique inconscient. Toute l’histoire du 20e siècle vient démentir une telle « inévitabilité », qui est une caricature du déterminisme matérialiste historique et n’a rien de commun avec l’interaction dynamique de la cognition, de la théorie et de la pratique illustrée par les œuvres de Marx, Engels, Lénine et Trotsky. Le capitalisme a survécu au 20e siècle non pas parce que les conditions objectives étaient insuffisamment mûres pour le socialisme, mais parce que la direction des partis ouvriers de masse était « insuffisante » pour la révolution socialiste. La classe ouvrière est entrée maintes fois dans des luttes épiques. Mais ces luttes, trahies par les staliniens, les sociaux-démocrates et les organisations centristes et réformistes, se sont soldées par des défaites.

30. Le capitalisme existe aujourd’hui en raison des trahisons de la classe ouvrière par ses propres organisations : les partis politiques sociaux-démocrates et staliniens et les syndicats. « La situation politique mondiale dans son ensemble se caractérise avant tout par la crise historique de la direction du prolétariat. » Ces mots, par lesquels Léon Trotsky a ouvert le document fondateur de la Quatrième Internationale, demeurent d’une actualité suprême comme définition de la réalité politique contemporaine. Il n’existe pas aujourd’hui dans le monde une seule organisation de masse qui se présente comme adversaire de l’ordre capitaliste mondial existant, et encore moins qui appelle la classe ouvrière à la lutte révolutionnaire. Mais, comme l’a également écrit Trotsky dans le document fondateur de la Quatrième Internationale, le Programme de transition : « L’orientation des masses est déterminée d’une part par les conditions objectives du capitalisme pourrissant ; et d’autre part, par la politique de trahison des vieilles organisations ouvrières. De ces deux facteurs, le facteur décisif est, bien entendu le premier : les lois de l’histoire sont plus puissantes que les appareils bureaucratiques ».

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La théorie marxiste et la classe ouvrière

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31. Le Parti de l’égalité socialiste fonde son activité sur l’analyse des lois objectives de l’histoire et de la société, telles qu’elles se manifestent en particulier dans les contradictions du mode de production capitaliste. Enraciné dans le matérialisme philosophique, le marxisme affirme la primauté de la matière sur la conscience. « Le mouvement de la pensée n'est que la réflexion du mouvement réel », écrivait Marx, « transporté et transposé dans le cerveau de l'homme ». Le matérialisme de Marx est dialectique, en ce qu’il considère le monde matériel et les formes de son reflet dans la pensée non pas comme un agrégat d’objets et de concepts figés, sans différenciation interne, mais comme un ensemble de processus, en mouvement et en interaction constants, avec des tendances antagonistes et divergentes.

32. Le PES cherche à développer, au sein des couches avancées de la classe ouvrière, une compréhension scientifique de l’histoire, la connaissance du mode de production capitaliste et des rapports sociaux qu’il engendre, ainsi qu’une vision de la nature réelle de la crise actuelle et de ses implications historiques mondiales. Le PES s’efforce de transformer le potentiel matériel de révolution sociale créé par un processus historique objectif en un mouvement politique doté d’une conscience de classe et confiant en ses propres forces. En appliquant la méthode de l’analyse matérialiste historique aux événements mondiaux, le PES anticipe et prépare les conséquences de l’intensification de la crise capitaliste mondiale, met à nu la logique des événements et formule – stratégiquement et tactiquement – la réponse politique appropriée. Le PES affirme que la transformation progressiste et socialiste de la société ne peut être réalisée que par la lutte de masse de la classe ouvrière politiquement consciente. Les actes d’individus isolés recourant à la violence ne pourront jamais se substituer à la lutte collective de la classe ouvrière. Comme le montre une longue expérience politique, les actes de violence individuelle sont fréquemment suscités par des provocateurs et font le jeu de l’État.

33. Le PES défend en toutes circonstances le principe socialiste révolutionnaire essentiel : dire la vérité à la classe ouvrière. Le programme du parti doit reposer sur une évaluation scientifique et objective de la réalité politique. La forme la plus insidieuse d’opportunisme se justifie en prétendant que les travailleurs ne sont pas prêts à entendre la vérité, que les marxistes doivent prendre comme point de départ le niveau dominant de conscience de masse – ou, plus exactement, le niveau tel que se l’imaginent les opportunistes – et adapter leur programme aux préjugés et à la confusion qui existent parmi les masses. Ce manque de courage est l’antithèse d’une politique révolutionnaire de principe. « Le programme », déclarait Trotsky en 1938, « doit exprimer les tâches objectives de la classe ouvrière plutôt que le retard des travailleurs. Il doit refléter la société telle qu'elle est et non le retard de la classe ouvrière. C'est un instrument pour surmonter et vaincre l'arriération. C'est pourquoi nous devons exprimer dans notre programme toute l'acuité des crises sociales de la société capitaliste, y compris en premier lieu aux États-Unis. » La première responsabilité du parti, poursuivait Trotsky, est de donner « une image claire et honnête de la situation objective, des tâches historiques qui découlent de cette situation, que les travailleurs soient aujourd'hui mûrs ou non pour cela. Nos tâches ne dépendent pas de la mentalité des travailleurs. La tâche est de faire progresser la mentalité des travailleurs. C'est ce que le programme devrait formuler et présenter devant les ouvriers avancés. » Ces mots définissent précisément l’approche adoptée par le PES.

La rébellion de la classe ouvrière contre les syndicats et la lutte pour des comités de base

34. Comme le CIQI l’a longtemps anticipé et encouragé politiquement, l’essor des luttes de la classe ouvrière dans le monde prend la forme d’une rébellion de plus en plus consciente contre les syndicats nationalistes et pro-patronaux. Les racines objectives de ce conflit résident dans les profondes transformations de la structure du capitalisme mondial qui ont uni les travailleurs dans un processus mondial de production comme jamais auparavant et ont transformé les syndicats à base nationale en agents de l’État capitaliste et du grand patronat dans tous les pays. Isolés des difficultés que subissent leurs membres et indifférents à celles-ci, les syndicats sont protégés de la contestation de la base par des lois antidémocratiques sur les relations de travail. Pour affirmer leurs intérêts de classe indépendants, les travailleurs doivent organiser leurs luttes à l’échelle internationale, en opposition aux appareils syndicaux nationalistes et pro-capitalistes.

35. Le conflit entre la base et les appareils syndicaux exprime le vaste fossé social qui s’est creusé, depuis quatre décennies, entre les bureaucrates syndicaux privilégiés et les travailleurs qu’ils prétendent représenter. Les dirigeants du syndicat United Auto Workers aux États-Unis ou d’IG Metall en Allemagne touchent des salaires à six chiffres, siègent dans des conseils de cogestion, promeuvent la guerre commerciale et le militarisme, et se spécialisent dans le sabotage des grèves et l’imposition de contrats bourrés de reculs. Au Canada, les syndicats affiliés au Congrès du travail du Canada (CTC), à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), à la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et à Unifor, pour ne citer que les plus importants, sont dirigés par une couche substantielle de bureaucrates issus des classes moyennes, dont ils servent les intérêts et dont le revenu personnel provient de leur rôle actif et conscient de facilitateurs de l’exploitation de la classe ouvrière par le patronat et de gardiens des intérêts de l’impérialisme canadien au pays comme à l’étranger. Par leur répression de la lutte de classe et leur promotion du nationalisme canadien, américain et québécois, les syndicats d’Amérique du Nord collaborent depuis les années 1980 avec le grand patronat et les gouvernements pour détruire des pans entiers de l’industrie, supprimer des centaines de milliers d’emplois à temps plein et tirer vers le bas les salaires et les conditions de travail au nom de la « compétitivité internationale ». Ils ont imposé des cadences infernales et des conditions de travail dangereuses, qui ont engendré une accélération des blessures et des décès au travail. Au plus fort de la pandémie de COVID-19, les syndicats ont collaboré avec les employeurs et les gouvernements pour maintenir les travailleurs au travail à tout prix, les exposant au virus mortel. Alors que la proportion de travailleurs représentés par des syndicats a chuté, les revenus des syndicats et les salaires de leurs bureaucrates n’ont cessé d’augmenter. Ils tirent des avantages financiers de leur participation à des fonds d’investissement (comme le Fonds de solidarité de la FTQ), à d’autres entreprises commerciales et du contrôle d’immenses actifs syndicaux. Cela les isole des préoccupations de leurs propres membres et les rend indifférents aux souffrances de la classe ouvrière, de la jeune génération avant tout.

36. Contre les efforts des opportunistes pour maintenir la subordination des travailleurs aux syndicats en promouvant la conception syndicaliste selon laquelle ceux-ci pourraient d’une manière ou d’une autre être revitalisés par un « mouvement de la base » militant, le Parti de l’égalité socialiste lutte pour que les travailleurs reprennent le contrôle en constituant, dans chaque lieu de travail, syndiqué ou non, des comités de base indépendants, au plan politique et organisationnel, des appareils syndicaux. Cela ne signifie pas que le PES s’abstient de travailler à l’intérieur des syndicats, dans la mesure où une telle activité est nécessaire pour accéder aux travailleurs opprimés conjointement par leurs employeurs et par la caste des bureaucrates syndicaux, et pour les aider. Mais le PES mène ce travail sur la base d’une perspective révolutionnaire, en encourageant à chaque étape la formation de nouvelles organisations de lutte de classe, démocratiquement dirigées par les travailleurs eux-mêmes et rejetant le programme nationaliste et pro-capitaliste des syndicats. À cette fin, le PES lutte pour la construction d’un réseau de comités de base dans toutes les grandes industries et tous les services publics, et pour que ces comités mobilisent les travailleurs par-delà toutes les divisions régionales, linguistiques et nationales dans un mouvement social et politique mondial de la classe ouvrière, organisé par l’intermédiaire de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC). Comme l’a expliqué le CIQI dans sa déclaration de 2021 annonçant la création de l’IWA-RFC : « l'IWA-RFC travaillera à développer le cadre de nouvelles formes d'organisations de la base indépendantes, démocratiques et militantes de travailleurs dans les usines, les écoles et les lieux de travail à l'échelle internationale. La classe ouvrière est prête à se battre. Mais elle est enchaînée par des organisations bureaucratiques réactionnaires qui étouffent toute expression de résistance ». Les comités de base pour lesquels lutte le PES sont plus que des organisations de défense et des foyers de rébellion contre les appareils bureaucratiques. Ils seront construits comme des organes embryonnaires de la démocratie ouvrière et du pouvoir ouvrier. À travers ces structures, la classe ouvrière commencera à se constituer en nouvelle classe dirigeante, condition préalable pour transformer la vie sociale, économique et politique.

Non au nationalisme indépendantiste québécois et à l’État fédéral canadien

37. Le PES s’oppose au mouvement souverainiste dirigé par le Parti Québécois et à l’appel à la sécession du Québec de l’État fédéral. Il n’y a rien de progressiste ni de légitime dans le programme séparatiste. Sous la bannière du slogan « Maîtres chez nous », il exprime les étroits intérêts de classe de secteurs de la bourgeoisie québécoise et de la classe moyenne aisée. Ceux-ci calculent qu’un État indépendant leur permettrait de renforcer leur domination de classe en facilitant la poursuite d’un nationalisme économique mieux adapté à leurs intérêts spécifiques et le resserrement des liens avec Wall Street et Washington. Ils prônent aussi la séparation comme moyen d’imposer une réorganisation complète de l’appareil d’État et des services publics qu’il assure, afin de rendre le capitalisme québécois plus compétitif à l’échelle mondiale. La classe ouvrière n’a absolument aucun intérêt à soutenir la création d’un troisième État impérialiste en Amérique du Nord, qui serait membre de l’OTAN, du NORAD et d’un bloc économique continental dirigé par les États-Unis. Au contraire, l’érection d’un nouvel État, avec ses propres contrôles frontaliers et son armée permanente, constituerait un obstacle supplémentaire à l’unification de la classe ouvrière. De plus, la sécession du Québec déclencherait inévitablement une lutte intensifiée entre les ailes rivales de la classe dirigeante au Québec et dans un Canada tronqué, qu’elles chercheraient toutes invariablement à mener en attisant les divisions linguistiques, ethniques et régionales, dressant les travailleurs les uns contre les autres dans un conflit fratricide. Depuis sa fondation en 2006, la principale fonction politique de Québec solidaire (QS), le parti de la pseudo-gauche québécoise, est de chercher à raviver le nationalisme indépendantiste, dont des masses de travailleurs s’étaient détournées après des décennies d’austérité et de lois antiouvrières imposées par le PQ. En donnant au mouvement souverainiste une coloration progressiste et en présentant des apologies de la politique chauvine du PQ et de la CAQ (Coalition Avenir Québec) nationaliste et autonomiste, QS a contribué à l’émergence d’un nationalisme québécois de droite et raciste, fondé sur l’exclusivisme ethnique et religieux et sur la xénophobie anti-immigrants.

38. L’opposition du PES à l’indépendance du Québec n’implique nullement un soutien à l’État fédéral canadien, par lequel la bourgeoisie exerce sa domination de classe depuis plus de 150 ans, ni à son intégrité territoriale. Notre opposition au séparatisme découle de la nécessité pour les travailleurs de rejeter toutes les formes de nationalisme – canadien ou québécois, pour l’indépendance du Québec ou pour l’unité canadienne – et de s’unir dans la lutte pour le pouvoir ouvrier sur la base du programme du socialisme internationaliste. La crise chronique de l’État fédéral canadien est enracinée dans la crise du système capitaliste des États-nations. Le développement d’une économie continentale de plus en plus étroitement unifiée a donné naissance à de puissantes factions régionales de la bourgeoisie, aux intérêts distincts et opposés. Le PES lutte pour unir la classe ouvrière contre toutes ces factions et contre l’impérialisme canadien dans son ensemble, et pour qu’elle tire parti de la crise et de la faiblesse de la bourgeoisie canadienne afin de hâter son renversement et de porter ainsi un coup en faveur de la classe ouvrière mondiale. Nous nous opposons implacablement aux appels à des pouvoirs accrus pour l’« Ouest », ainsi qu’à la politique d’« Alberta First » et au séparatisme albertain – qui ont toujours été le fief de la droite et de l’extrême droite, et ont servi à attiser la réaction.

39. Le PES s’oppose à tous les privilèges et restrictions fondés sur la langue, ainsi qu’à toutes les formes de chauvinisme ethnolinguistique. Nous défendons les droits des minorités francophones hors Québec à des services publics et à une éducation dans leur langue maternelle – des droits que le capitalisme canadien a longtemps niés et qui sont menacés alors que la classe dirigeante attise toutes les formes de réaction, y compris le chauvinisme anglophone. De même, le PES s’oppose aux lois linguistiques chauvines du Québec – de la loi 101 à la loi 96 – qui visent à favoriser la petite bourgeoisie francophone, à susciter l’animosité entre les travailleurs francophones, anglophones et immigrants, et à promouvoir le mensonge réactionnaire selon lequel les travailleurs québécois partageraient des intérêts communs avec l’élite capitaliste du Québec. La classe ouvrière n’a aucun intérêt à la promotion d’une langue plutôt qu’une autre, ni aux nationalismes rivaux – québécois ou canadien – par lesquels la bourgeoisie maintient sa domination politique et idéologique.

Pour les États socialistes unis d’Amérique du Nord

40. Au cours des quatre dernières décennies, les travailleurs du Canada, du Mexique et des États-Unis sont devenus, du fait de la mondialisation de la production, objectivement unifiés à un degré sans précédent au sein de réseaux de production et de distribution unifiés. L’organisation de l’ensemble du continent en une seule unité de planification économique se pose comme une nécessité historique objective. Pourtant, c’est précisément à ce moment que les rivalités nationales entre les deux puissances impérialistes du continent, et les divisions régionales en leur sein, ont atteint une intensité sans précédent. L’effondrement des relations canado-américaines s’inscrit dans l’intensification de la lutte interimpérialiste pour un nouveau découpage colonial du monde. Même lorsqu’elles se disputent entre elles, les classes dirigeantes canadienne et américaine sont déterminées à transformer le continent en base de conflits économiques et, ultimement, militaires contre des puissances rivales pour l’hégémonie mondiale. La seule issue progressiste est la lutte révolutionnaire indépendante de la classe ouvrière, qui doit s’unir par-delà les frontières nationales dans un mouvement révolutionnaire de masse pour la transformation socialiste de la société, en faisant de son unité de classe objective une stratégie politique consciente. Ce faisant, la puissance unifiée de la classe ouvrière canadienne, américaine et mexicaine mettra fin au fléau mondial de l’impérialisme américain et canadien. L’établissement des États socialistes unis d’Amérique du Nord marquera une étape cruciale dans le combat, mené par le CIQI dans le monde entier, pour le programme de la révolution socialiste mondiale.

41. L’affirmation de la bureaucratie syndicale et d’autres chauvins nationaux selon laquelle la réponse à la perte d’emplois au Canada se trouve dans le protectionnisme – travailleurs et patrons unissant leurs forces au sein d’« Équipe Canada » pour soutenir la hausse des droits de douane et une politique industrielle nationale – est fausse. Sur le plan pratique, il ne peut y avoir de retour au nationalisme économique à l’ère de la mondialisation. Comme dans les années 1930, les conflits sur le commerce et les investissements, en l’absence d’une intervention révolutionnaire de la classe ouvrière, s’avéreront l’antichambre de la guerre mondiale. En même temps, l’invocation du « libre-échange » par Ottawa et les monopoles transnationaux est aussi frauduleuse que tous leurs autres hommages à la « liberté ». Le PES ne préconise ni le protectionnisme ni le « libre-échange », qui ne sont que des stratégies différentes pour accroître la richesse et le pouvoir du capital. Nous luttons pour la propriété sociale des moyens de production, l’élimination des frontières nationales et la création d’une économie mondiale planifiée et rationnellement intégrée.

Pour les droits des peuples des Premières Nations, des Inuits et des Métis

42. Forger l’unité de combat de la classe ouvrière à travers le Canada est impensable sans une lutte résolue pour la réalisation des droits démocratiques et sociaux des peuples autochtones – Premières Nations, Inuits et Métis. Mesurée à l’aune de nombreux indicateurs sociaux – espérance de vie, pauvreté, éducation et alphabétisation, taux d’incarcération, accès aux services sociaux de base et aux infrastructures –, la situation sociale des Autochtones canadiens est équivalente à celle des peuples les plus démunis de la planète. C’est un réquisitoire accablant contre le capitalisme canadien et son État, dont les racines plongent dans la dépossession violente et le génocide qui ont accompagné l’introduction des rapports de propriété capitalistes sur le continent au cours de trois siècles. La politique de « réconciliation de nation à nation » de la classe dirigeante canadienne est une imposture, visant à réconcilier la population autochtone appauvrie, négligée et maltraitée avec le capitalisme canadien. Les traités « historiques » et le système des réserves, qui leur est juridiquement associé, sont des instruments d’asservissement politique et économique capitaliste, tout comme la Loi sur les Indiens. Les objectifs du processus « moderne » de traités et de la « réconciliation » ne sont pas fondamentalement différents : ouvrir les terres autochtones traditionnelles à une exploitation capitaliste accrue, en particulier par des projets de ressources, et cultiver une couche autochtone petite-bourgeoise pouvant servir à réprimer l’opposition sociale, y compris au sein de la population autochtone ouvrière en forte croissance dans les grands centres urbains. Le PES rejette la caractérisation du Canada, largement promue par la pseudo-gauche et les nationalistes autochtones, comme un « État de colonialisme de peuplement blanc ». Elle sert à détourner la responsabilité de l’oppression actuelle des peuples autochtones du capitalisme et de la classe dirigeante canadienne prédatrice pour la faire peser sur les travailleurs, et à diviser la classe ouvrière. Elle est invariablement liée à des appels à la « décolonisation » fondée sur l’« autodétermination », c’est-à-dire à rien de plus qu’une réorganisation des institutions, des structures et des frontières internes de l’État capitaliste canadien au profit de la petite bourgeoisie autochtone. Le seul moyen de résoudre la situation déplorable à laquelle sont confrontés les travailleurs et les jeunes autochtones est la mobilisation de toute la classe ouvrière, autochtone et non autochtone, afin de mettre fin à l’ordre socio-économique qui l’a engendrée.

Pour la défense des immigrants, des réfugiés et des « travailleurs étrangers temporaires »

43. Le PES condamne et combat tout le cadre réactionnaire de la « protection des frontières » et des restrictions à l’immigration, que soutient l’ensemble de l’establishment capitaliste. Celui-ci et ses larbins politiques attisent la xénophobie, persécutent les demandeurs d’asile et fomentent le chauvinisme anti-immigrants pour détourner l’attention de leur propre responsabilité dans l’échec du capitalisme, diviser la classe ouvrière et justifier le renforcement de l’appareil répressif de l’État. Les gouvernements canadiens successifs ont approfondi la collaboration du Canada avec le service de l’immigration et des douanes (ICE) fascisant des États-Unis afin d’appliquer une politique de « Forteresse Amérique du Nord ». Les réfugiés et les immigrants au Canada se voient régulièrement refuser des droits démocratiques fondamentaux. Ceux qui sont classés comme « travailleurs étrangers temporaires » sont soumis à des conditions que l’ONU a condamnées comme un « terreau fertile pour les formes contemporaines d’esclavage ». Le PES rejette la qualification d’« illégal » appliquée à tout être humain. Il défend le droit inconditionnel des travailleurs de tous les pays de vivre et de travailler où ils le souhaitent, avec la plénitude des droits juridiques, démocratiques et de citoyenneté.

L’unité de classe contre la politique d’identité

44. L’unification de la classe ouvrière exige également la dénonciation systématique du caractère réactionnaire de toutes les formes de politique d’« identité » – fondées sur l’élévation des distinctions nationales, ethniques, raciales, linguistiques, religieuses, de genre et sexuelles au-dessus de la position de classe. Ce changement de la classe à l'identité, que la pseudo-gauche a promu et a continué de promouvoir une fois que cela a été intégré à la politique bourgeoise officielle, vise à empêcher la compréhension des causes réelles, enracinées dans le système capitaliste, des difficultés auxquelles sont confrontés tous les travailleurs. Le PES s’oppose à la politique de « multiculturalisme » de l’État canadien, qui est la forme de politique d’identité officiellement sanctionnée et promue au Canada. Adopté en 1971 dans le cadre d’une campagne idéologique concertée visant à façonner un nationalisme canadien « progressiste » pour contrôler une classe ouvrière de plus en plus militante, le multiculturalisme n’est rien d’autre qu’une idéologie nationale rebaptisée, reflétant les besoins changeants de la bourgeoisie. Le multiculturalisme cherche à saper le développement de la conscience de classe au sein de la classe ouvrière en promouvant l’« identité » culturelle par-delà les divisions de classe. Il est associé à la conception tribaliste selon laquelle le Canada serait composé de communautés distinctes définies par l’identité raciale, la religion et l’ethnicité, auxquelles devrait être attribuée une part « proportionnelle » des emplois supérieurs dans la fonction publique et la direction des entreprises. Le PES lutte pour la pleine égalité de tous et défend sans équivoque leurs droits démocratiques. Toutes les formes de discrimination fondées sur l’origine nationale, ethnique, raciale ou religieuse, ou sur le genre ou l’orientation sexuelle, doivent être abolies. Le PES rejette tous les appels à la « discrimination positive » qui – en opposition à la lutte pour l’égalité sociale – visent à garantir une répartition « équitable » du butin de l’exploitation capitaliste sur la base de quotas raciaux, de genre ou ethniques. Le PES présente cette composante démocratique essentielle de son programme dans le cadre de la lutte pour le socialisme, fondée sur l’unification politique de toutes les couches de la classe ouvrière au Canada et dans le monde entier.

Le centralisme démocratique

45. La lutte révolutionnaire de la classe ouvrière exige de l’organisation, et l’organisation est impossible sans discipline. Mais la discipline nécessaire à la lutte révolutionnaire ne peut être imposée bureaucratiquement d’en haut. Elle doit se développer sur la base d’un accord, librement consenti, sur les principes et le programme. Cette conviction trouve son expression dans la structure organisationnelle du Parti de l’égalité socialiste, qui repose sur les principes du centralisme démocratique. Dans la formulation de la politique et des tactiques appropriées, la démocratie la plus complète doit prévaloir au sein du parti. Aucune restriction, hormis celles que prévoit la constitution du parti, n’est imposée à la discussion interne sur la politique et les activités du PES. Les dirigeants sont démocratiquement élus par les membres et sont soumis à la critique et au contrôle. Mais si l’élaboration de la politique exige la discussion la plus large et une critique ouverte et honnête, sa mise en œuvre exige la discipline la plus stricte. Les décisions prises démocratiquement au sein du parti engagent tous les membres. Ceux qui s’opposent à cet élément essentiel de centralisme dans l’application des décisions, qui voient dans l’exigence de discipline une atteinte à leur liberté personnelle, ne sont pas des socialistes révolutionnaires mais des individualistes anarchistes, qui ne comprennent pas les implications et les exigences de la lutte de classe.

La conscience de classe, la culture et le World Socialist Web Site

46. La lutte pour le socialisme exige une énorme élévation de la stature politique, intellectuelle et culturelle du mouvement ouvrier, au Canada et à l’échelle internationale. À la différence des praticiens de la politique pragmatique et opportuniste, le Parti de l’égalité socialiste est convaincu que seul un mouvement travaillant au plus haut niveau théorique se montrera capable d’attirer la classe ouvrière sous sa bannière, de la préparer à la lutte contre le capitalisme et, au-delà, à la construction d’une société socialiste. Alors que les politiciens bourgeois cherchent à entraîner la classe ouvrière vers le bas, à leur propre niveau intellectuellement dégradé, le Parti de l’égalité socialiste s’efforce d’élever la classe ouvrière jusqu’au niveau qu’exigent ses tâches historiques. Non seulement la politique, mais aussi la science, l’histoire, la philosophie, la littérature, le cinéma, la musique, les beaux-arts et tous les domaines de la culture relèvent de l’éducation socialiste. Le principal instrument du Parti de l’égalité socialiste pour le développement de la conscience socialiste au sein de la classe ouvrière est le World Socialist Web Site (wsws.org). Avec son analyse quotidienne des développements politiques et économiques mondiaux, son exposé des réalités sociales du capitalisme, sa couverture des luttes ouvrières, ses commentaires sur les questions vitales de la culture, sa discussion de thèmes historiques et philosophiques et son examen des questions fondamentales de stratégie, de tactique et de pratique révolutionnaires, le WSWS joue un rôle décisif dans l’édification du mouvement marxiste mondial contemporain. Exploitant les développements révolutionnaires de la technologie qui ont produit l’intelligence amplifiée, le CIQI a lancé Socialism AI en décembre 2025 pour mettre les archives du WSWS et tout l’arsenal du marxisme et de l’histoire du mouvement socialiste à la disposition des millions de travailleurs, d’étudiants et de jeunes radicalisés par la crise capitaliste mondiale. Comme l’a déclaré le CIQI lors de son lancement : « L’importance décisive de Socialism AI réside dans sa capacité à combler le fossé entre le mouvement objectif de la classe ouvrière et le niveau subjectif de la conscience socialiste. »

Stratégie révolutionnaire et demandes transitoires

47. L’objectif stratégique du Parti de l’égalité socialiste est d’éduquer et de préparer la classe ouvrière à la lutte révolutionnaire contre le capitalisme, à l’établissement du pouvoir ouvrier et à la création d’une société socialiste. Notre but n’est pas la réforme du capitalisme, mais son renversement. La réalisation de cet objectif exige toutefois l’attention la plus soigneuse et la plus détaillée aux conditions de vie de la grande masse des travailleurs et la formulation de revendications qui répondent à leurs besoins. Le PES reconnaît la nécessité d’établir, dans la pratique, un lien entre la perspective de la révolution socialiste et les luttes concrètes dans lesquelles la classe ouvrière est engagée. Dans cet effort, le travail du PES est guidé par l’approche préconisée par Léon Trotsky dans le Programme de transition. « Il faut », écrivait-il, « aider les masses, dans le processus de leurs luttes quotidiennes, à trouver le pont entre leurs revendications actuelles et le programme de la révolution socialiste. Ce pont doit consister en un système de revendications transitoires partant des conditions actuelles et de la conscience actuelle de larges couches de la classe ouvrière et conduisant invariablement à une seule et même conclusion : la conquête du pouvoir par le prolétariat. »

48. Ces revendications comprennent l’emploi pour tous, l’ajustement automatique des salaires à l’inflation, la réduction du temps de travail sans perte de salaire, l’accès sans restriction à des soins médicaux et à une éducation de qualité, un logement décent et l’annulation des saisies immobilières et des expulsions. Elles comprennent aussi la démocratisation du lieu de travail, l’inspection sans restriction par le public des livres comptables des sociétés et des institutions financières, la mise en place de limites aux rémunérations des dirigeants, l’instauration d’un impôt sur le revenu réellement progressif et des restrictions importantes à la transmission d’immenses fortunes personnelles par héritage. Le PES avancera d’autres revendications transitoires essentielles, comme la mise des grandes sociétés vitales pour l’économie nationale et mondiale sous propriété publique et sous contrôle ouvrier démocratique, le démantèlement de l’armée et le transfert de l’autorité à des milices populaires dotées d’officiers élus et contrôlées par la classe ouvrière, ainsi que d’autres mesures à caractère démocratique et socialement bénéfique.

49. Les demandes transitoires joueront un rôle important dans la mobilisation politique de la classe ouvrière dans la mesure où elles s’inscrivent dans une lutte plus large pour développer la conscience socialiste. Le Programme de transition n’est pas un menu à la carte dans lequel on choisirait arbitrairement des revendications, sans contexte politique approprié ni référence à des objectifs politiques plus larges. Si le Programme de transition doit servir de pont vers le socialisme, la destination ne peut être dissimulée à la classe ouvrière.

La classe ouvrière et la révolution socialiste

50. Le travail du PES est imprégné d’une confiance inébranlable, fondée sur une théorie scientifique avancée et une riche expérience historique, dans le rôle révolutionnaire et la destinée de la classe ouvrière. Mais la victoire de la révolution socialiste dépend des luttes conscientes des travailleurs. L’émancipation de la classe ouvrière est, en dernière analyse, l’œuvre de la classe ouvrière elle-même. Comme l’a si bien dit Engels : « Là où il s'agit d'une transformation complète de l'organisation de la société, il faut que les masses elles-mêmes y coopèrent, qu'elles aient déjà compris elles-mêmes de quoi il s'agit, pour quoi elles interviennent (avec leur corps et avec leur vie). » Lorsque les travailleurs du Canada auront décidé, sous les coups d’un capitalisme en crise, qu’ils « doivent intervenir », rien ne les empêchera de prendre la place qui leur revient dans la révolution socialiste mondiale.

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