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« Tous les efforts que l'on fait pour essayer de ripoliner la façade d'une organisation raciste, xénophobe et d'extrême droite, ne suffit pas à changer la nature profonde de cette organisation. » (Bernard Cazeneuve, le 10 septembre 2026 sur France Info).
L'ancien Premier Ministre Bernard Cazeneuve parlait du RN. Et de cette affaire de policiers municipaux qui ont tenu des propos racistes et discriminatoires à Carcassonne, notamment un policier faisant partie du RN, ville conquise par un candidat RN à la mairie en mars 2026 (dans une triangulaire avec 40,4% des voix).
La campagne pour la primaire du parti socialiste a commencé ce 16 septembre 2026. Cela aurait dû être une promenade de santé pour le candidat autoproclamé des médias Raphaël Glucksmann, mais il a en face de lui deux candidatures coriaces, celle du premier secrétaire du PS Olivier Faure qui a la base, l'appareil du parti et le maillage des élus pour lui, et celle, beaucoup plus inattendue, aux conséquences totalement incertaines, de Ségolène Royal (en octobre 2011, cela avait fini pour elle par un désastre personnel). Mais il y a aussi d'autres candidats possibles du PS (ou de la mouvance du PS) hors de cette primaire. François Hollande a très envie de se représenter à l'élection présidentielle et se rêve en homme providentiel capable de faire la synthèse de tout le camp républicain contre les deux candidats extrémistes.
Et puis, il y a Bernard Cazeneuve. On ne le présente plus, même si sa notoriété reste faible. Il a été le dernier Premier Ministre de François Hollande et depuis 2017, il se présente en recours possible. Il a raté la petite fenêtre pour revenir à Matignon en septembre 2024, banni par l'extrême gauche insoumise et rejeté aussi par Les Républicains. Mais il reste toujours le possible homme de raison, prêt à faire le grand rassemblement autour des valeurs républicaines et de la bonne gestion des finances publiques.
Bernard Cazeneuve est certes socialiste (pour moi, c'est un handicap, je ne suis pas de gauche), mais c'est un modéré et un homme de raison. Il a démontré qu'il privilégiait l'intérêt national à l'intérêt partisan. D'ailleurs, à son plus grand regret, il a quitté le PS en 2022 pour s'opposer vivement à l'alliance du PS avec Jean-Luc Mélenchon aux élections législatives de juin 2022 (c'était la Nupes), puis en été 2024, la nouvelle farce populaire (NFP) : « L'alliance du parti socialiste avec la France insoumise m'apparaissait comme relevant d'une faute majeure. ».
Malheureusement pour lui, il avait cru, à l'époque, qu'il serait suivi par toute l'aile sociale-démocrate du PS, mais les représentants de celle-ci ont préféré continuer à batailler à l'intérieur du PS et à perdre les congrès face à Olivier Faure. Les vrais sociaux-démocrates avaient de toute façon quitté le PS depuis longtemps pour rejoindre Emmanuel Macron. Du coup, Bernard Cazeneuve s'est retrouvé seul, pas même avec François Hollande qui n'a pu se faire élire en Corrèze en été 2024 que grâce à l'alliance avec les insoumis.
Si on parle de trop plein de candidats (partout entre les deux extrêmes, à droite, au centre, à gauche), c'est surtout pour souligner qu'il n'y a aucun candidat qui se détache véritablement face à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélechon. Certes, Édouard Philippe a encore une petite longueur d'avance sur Gabriel Attal dans les sondages (pour être qualifié au second tour), mais il peine à amorcer une dynamique électorale (même si, à cette heure, rien n'est joué et rien n'est trop tard).
Ainsi, dans l'ombre des candidats déclarés, certains restent à attendre le bon moment pour surgir comme le miraculeux homme providentiel (ou femme providentielle). Malheureusement pour eux, une élection présidentielle ne se passe pas comme ça. Il n'y a pas de joker comme il pourrait y en avoir sous la Troisième République et la Quatrième République.
L'élection du Président de la République au suffrage universel direct nécessite beaucoup de conditions : une personnalité ambitieuse, qui nourrit son ambition en permanence ; une personnalité qui a des convictions, car asseoir son ambition sur du vide sonne creux ; une campagne qui permet d'une part, de se faire connaître, d'autre part, de convaincre qu'on est le bon candidat au bon moment capable le mieux de représenter le peuple et de répondre aux besoins (gigantesques) du pays ; par voie de conséquence, cela nécessite de trouver un financement (c'est long), d'avoir un maillage d'élus locaux (pour les parrainages), et d'avoir suffisamment de soutiens et de relais de poids lourds de la politique pour faire contrepoids aux redoutables adversaires. Bref, cela ne s'improvise pas ! Ce n'est pas le résultat d'une envie soudaine au réveil après de longs mois de léthargie politique.
Est-ce que Bernard Cazeneuve pourrait être un Président de la République convenable, compétent, prêt à relever les défis de cette responsabilité ? Oui, bien sûr. Son expérience, sa trajectoire, ses convictions ont montré qu'il était capable d'assurer ce genre de responsabilités. Même si je ne suis pas du tout socialiste, je n'aurais pas peur s'il était élu à l'Élysée, au contraire des deux candidats extrémistes.
Mais est-ce que Bernard Cazeneuve pourrait être un bon candidat à l'élection présidentielle, capable de faire des crasses à ses amis pour avoir la prépondérance d'un électorat commun, puis d'être suffisamment habile pour racoler d'autres électorats dans une sorte de double langage où l'ambiguïté servirait d'assurance-vie ? Certainement pas (du moins, je le doute fortement), et l'une de ses récentes prestations télévisées peut le confirmer.
Effectivement, la posture de Bernard Cazeneuve, c'est : je suis capable d'être Président, je suis prêt à être candidat, venez me chercher ! Mais le problème, c'est qu'une candidature, si vous n'êtes pas candidat, personne n'ira vous chercher à votre place ! Il faut vouloir être élu pour se présenter, il faut vouloir faire son autopromotion, proclamer qu'on est le meilleur pour être élu, il faut vouloir se salir les mains, et aussi serrer celles des autres. Être l'incarnation du peuple est une chose très difficile, ce n'est pas donné à tout le monde, pas même à des grands politiques (comme Michel Rocard, Édouard Balladur, Lionel Jospin, etc.). Il y a un certain snobisme, voire (surtout) un certain orgueil à ne pas vouloir entrer dans la mêlée mais vouloir quand même jouer ! En écoutant s'exprimer Bernard Cazeneuve (clairement et dans du bon français, c'est utile de le préciser) à la matinale de France Info le jeudi 10 septembre 2026 (on peut le réécouter ici), j'avais la certitude que dans ces conditions, il ne serait jamais candidat !
Bernard Cazeneuve a en effet annoncé la couleur, quelle serait une démarche de candidature, en ce qui le concerne ? Il n'a même pas osé parler de lui, et a même employé le "vous" impersonnel par pudeur (s'il a peur de montrer son ambition, il vaut mieux rester chez lui) : « Vous êtes candidat au moment où vous pensez que votre candidature peut contribuer à régler le problème que je viens d'évoquer. Si une candidature, à un moment donné, permet de créer les conditions du rassemblement le plus large possible des Français pour éviter le pire, il est de votre devoir de déclarer votre candidature. Et ce moment vient si vous avez réussi, par votre personnalité, par vos convictions, par la sincérité de votre démarche, à rassembler le plus grand nombre possible de Français. Vouloir cela n'est pas antinomique également de l'esprit de responsabilité. Et l'esprit de responsabilité, pour moi, ça consiste à ne pas ajouter de la confusion à la confusion, à ne pas donner le sentiment qu'on tire des bords tous les jours pour compliquer la tâche des uns et des autres dans une ambiance et une atmosphère de règlement de comptes, et d'essayer de créer les conditions d'une sagesse suffisante pour que le rassemblement puisse se faire dans des conditions de responsabilité. ».
En gros, si je résume les propos de Bernard Cazeneuve, ce dernier s'excuse par avance d'être éventuellement, si les sondages le mettent en avant, candidat à l'élection présidentielle ! Ce n'est évidemment pas comme cela que ça marche. Tant qu'il n'est pas déclaré candidat, il ne sera jamais considéré par les Français (et les sondés) comme susceptible de rassembler une partie de l'électorat. Un candidat, c'est d'abord un leader, quelqu'un qui guide, qui a l'initiative, pas celui qui attend sur le quai qu'un train improbable s'arrête devant lui pour le conduire à l'Élysée.
L'ancien Premier Ministre a, à l'évidence, une conception très "concours général" de l'élection présidentielle : « À un moment donné, dans la vie politique, une personnalité rencontre des circonstances, et je pense que cette personnalité rencontre d'autant plus facilement ces circonstances qu'elle est sincère, totalement désintéressée, que le sens de la nation chez elle l'emporte sur le sens d'elle-même, que si elle est dans une démarche qui favorise avant tout le règlement des problèmes du pays plutôt que des manœuvres d'appareil, les petites opérations pour soi-même, et si tout cela n'est pas réuni, il n'y a pas de sauveur et il n'y a pas de recours. Donc, moi, je suis dans une démarche sincère qui consiste à dire aux Français. Il y a des problèmes que nous devons régler. Ces problèmes pour les régler, nous n'y parviendrons pas si nous ne créons pas les conditions d'un large rassemblement. Et ce large rassemblement est d'autant plus nécessaire qu'on voit la difficulté des sujets, le courage qu'il faudra mettre sur le métier pour les régler et on ne fera pas ça sans une assise politique très large dans un contexte par ailleurs où les deux dégagismes sont quand même extraordinairement puissants. ».
Le pire, c'est que, s'il était sincère sur son désir de rassembler le plus largement possible, il n'a pas pu s'empêcher quand même de faire des croche-pattes à ses anciens petits camarades socialistes, en particulier de la primaire du PS : « [La primaire PS] est mortifère, pour la bonne et simple raison qu'on le voit d'ailleurs à travers les déclarations des uns et des autres, elle ne crée pas les conditions de l'unité. Elle crée au contraire les conditions de la division, de la confrontation. Les chausses-trappes sont partout. Les déclarations fielleuses des uns à l'égard des autres prospèrent tous les jours. Et donc moi, je ne veux pas participer de cela. ».
Et puis, après quelques explications, vous comprenez que décidément, Bernard Cazeneuve ne fera jamais campagne pour lui-même : « Je ne suis pas dans un jeu qui consiste, alors qu'il faudrait rassembler tous ces acteurs et même au-delà compte tenu de la situation dans laquelle est le pays, je ne vais pas me livrer à l'exercice auquel se livrent tous les autres qui consiste à faire son autopromotion tous les jours, à occuper tous les plateaux de télévision en permanence. ».
Pourtant, il a une bonne analyse lorsqu'il évoque le double dégagisme, le risque d'un duel entre deux candidats extrémistes au second tour et le besoin d'un majorité parlementaire après l'élection présidentielle : « Vous voyez bien quelle est la réalité. Aujourd'hui, nous sommes dans un contexte politique où la confrontation entre les deux dégagismes s'annonce. Elle s'annonce pourquoi ? Parce que nous sommes dans une situation de balkanisation. Nous sommes tous confrontés à un processus d'affaissement et de balkanisation du camp républicain. Quel que soit le candidat qui percera, qui sortira, il ne pourra pas parvenir à gagner l'élection face au Rassemblement national s'il ne crée pas les conditions d'un large rassemblement. Et ce rassemblement ne pourra pas permettre de gouverner le pays si le Président de la République qui sortira des urnes ne crée pas autour de lui les conditions de la constitution, comme cela se fait dans un certain nombre de démocraties européennes, d'une grande coalition pour prendre les décisions qui peuvent être prises. ».
À cet égard, dans une interview accordée à Yves-Marie Robin dans "Ouest France" le 13 septembre 2026, Bernard Cazeneuve a appelé à la formation d'une « coalition des engagés » pour l'élection présidentielle de 2027, afin de battre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Un petit air de la coalition des volontaires pour soutenir l'Ukraine : « Ma démarche est imprégnée de la gravité du moment. Rarement, dans son histoire, la France a été confrontée à autant de défis qui menacent son rang, sa souveraineté, son avenir. Un second tour opposant Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon serait la victoire assurée du Rassemblement national, le basculement du pays dans le chaos et son déclassement sur le plan international. Chaque candidature de plus, chaque manœuvre d’appareil ou de personnalité ne profite qu’à ces deux dégagismes. Il faut, au contraire, partir des problèmes des Français et leur trouver des solutions pour le pouvoir d’achat, la santé, l’école, la sécurité… L’incarnation sortira de la coalition des engagés. ». À mon avis, il n'a pas compris la logique de l'élection présidentielle, comme, en son temps (en 1969), Pierre Mendès France.
Pour l'heure, Bernard Cazeneuve continue d'alimenter son amitié pour François Bayrou : il interviendra ce dimanche 20 septembre 2026 devant les cadres du MoDem à leur université de rentrée à L'Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse, aux côtés de Xavier Bertrand (perpétuel candidat velléitaire), Jean-Louis Borloo (très présent dans les médias en ce moment), Hervé Marseille (président de l'UDI), Élisabeth Borne (ancienne Première Ministre) et Thierry Breton (ancien ministre et ancien commissaire européen).
Sylvain Rakotoarison (17 septembre 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Décidément, Bernard Cazeneuve ne sera pas candidat en 2027 !
Interview de Bernard Cazeneuve sur Franceinfo le 10 septembre 2026 (vidéo).
Gabriel Attal veut les États-Unis d'Europe !
Discours de Gabriel Attal le 17 septembre 2026 à Reims (vidéo et texte intégral).
L'indulgence budgétaire de Marine Le Pen.
Sébastien Lecornu : 1 an à Matignon !
La petite musique de François Hollande.
Édouard Philippe sous le ciel de Tourcoing.
Gérald Darmanin, le premier matelot d'Édouard Philippe.
Natacha Polony, la perturbeuse d'entre-soi.
Pour qui roule-t-elle ?
Olivier Faure, l'homme des Blois.
Xavier Bertrand "continue à se préparer" à la présidentielle !
Pourquoi faut-il empêcher la candidature Glucksmann ?
L'extrémiste Jean-Luc Mélenchon.
Emmanuel Macron appelle à faire confiance au peuple français !
Résilience nationale.
Édouard Philippe lance sa campagne présidentielle.
Royale Primaire.
Présidentielle 2027 : la candidature favorite des intentions de vote.
Marine Le Pen : anatomie d'une lutte.
Les 40 ans de Sébastien Lecornu.
Le pari audacieux de Gabriel Attal.
François Bayrou fête son 75e anniversaire.
Les 7 merveilles de Valérie Pécresse.
L'adoption définitive du PLF 2026.
Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.


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