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Décès de Serge Losique, fondateur du FFM, pour le meilleur et pour le pire

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Il aura été « Monsieur Cinéma » à Montréal et au Québec pendant les dernières décennies du XXe siècle. L’un des premiers professeurs d’université à avoir donné des cours sur le 7e art au Québec, créateur d’un conservatoire du cinéma, il a surtout été connu pour avoir fondé et maintenu à bout de bras pendant des années le Festival des films du monde (FFM) de Montréal.

Serge Losique est décédé le 8 septembre à l’hôpital de Granby, où il avait été admis il y a plusieurs semaines. Il avait 94 ans.

Entrepreneur culturel cultivé, il avait aussi la réputation bien fondée d’être un patron têtu, pugnace, combatif et teigne. « C’était un personnage difficile, impossible, mais c’est un personnage important du cinéma qui disparaît aujourd’hui », résume André Habib, professeur d’études cinématographiques à l’Université de Montréal.

Il naît Srdjan Losic, dans l’ex-Yougoslavie, en 1931. Devenu Serge Losique, il étudie la littérature en France, d’abord à Toulouse, puis à la Sorbonne. C’est à Paris qu’il rencontre Mimi Beaudry, future avocate et mère de leurs trois enfants.

C’est aussi là qu’il commence à se passionner pour le cinéma en fréquentant assidûment la Cinémathèque française. Il y rencontre le cofondateur de l’institution Henri Langlois, et de grands réalisateurs de la Nouvelle Vague, dont François Truffaut et Jean-Luc Godard.

Le couple arrive au Québec en 1957. Les raisons de cette immigration demeurent nébuleuses. Serge Losique obtient ici son doctorat, devient professeur au département de français de l’Université Sir George Williams (aujourd’hui Concordia) et y fonde le Conservatoire d’art cinématographique en 1968. Une partie de la collection de l’organisme se trouve maintenant à la Cinémathèque québécoise.

« Serge Losique a été l’un des premiers professeurs d’université à Montréal à donner des cours sur le cinéma, explique André Habib. Il enseignait au Département de français et il intégrait des références aux films, puis il a donné des cours complets sur le cinéma. »

Le gotha mondial

Serge Losique fonde le Festival canadien des films du monde en 1977. L’événement n’est pas compétitif, mais sa programmation compte déjà environ 180 films. La vedette Ingrid Bergman ouvre officiellement cette première édition prometteuse où se croisent d’autres vedettes internationales.

Le festival change de nom pour devenir le Festival des films du monde — le FFM — et devient compétitif dès l’année suivante. La présidence du premier jury est confiée à Alain Delon. Dans les deux décennies suivantes, le gotha mondial des grands écrans sera accueilli ici, de Robert De Niro à Sophia Loren, en passant par Isabelle Adjani et Penélope Cruz. Le public est autant au rendez-vous.

« Serge Losique a aussi créé un marché du film au sein de son festival, fait remarquer le professeur André Habib. Les distributeurs et les producteurs s’y donnaient rendez-vous. Pour Montréal, c’était extraordinaire : un vrai lieu, un vrai marché du film. »

La manifestation compétitive se veut un pendant nord-américain de la Mostra de Venise. Seulement, cette prétention ne s’avère pas à la hauteur des faits. La personnalité cassante du fondateur entache la réputation de l’événement. À la longue, les grands joueurs américains préfèrent Toronto comme rampe de lancement glamour et neutre de leurs nouveautés en vue de la course aux Oscar. Les distributeurs européens abandonnent aussi finalement Montréal, et même les films québécois les plus attendus préfèrent se faire d’abord voir dans la Ville Reine.

La fin de l’aventure FFM

Après des années de faste, de déboires et de gestion chaotique, l’événement est privé de subventions et de commanditaires au milieu de la dernière décennie. En 2016, à l’approche du 40e anniversaire du festival, ses employés démissionnent pour protester contre leurs mauvaises conditions de travail.

« C’est au Conservatoire d’art cinématographique de l’Université Concordia que j’ai fait mes premières classes de cinéphile, relate le professeur André Habib. Le FFM a aussi été une grande chose pour moi et d’autres cinéphiles, mais une grande aventure qui s’est mal terminée. »

« J’ai connu des gens qui y travaillaient. C’était une horreur. Le FFM ne payait pas le monde. Il y avait toutes sortes d’histoires épouvantables. Il y avait un côté despote chez Serge Losique. Il avait aussi un côté sentencieux. On a vu le festival décliner d’année en année, mais sa rhétorique à lui ne changeait pas », poursuit-il.

Serge Losique s’entête encore et toujours malgré l’effondrement de sa créature. Québecor lui achète le cinéma Impérial. Revenu Québec lui réclame près de 500 000 $. Serge Losique met sa ferme de Potton en garantie. Le FFM annonce faire relâche pour une année en 2019, mais ne reviendra plus.

Le hasard, ce grand ironiste, a voulu que l’annonce du décès de ce « Monsieur Cinéma » survienne alors que la nouvelle édition du Festival international du film de Toronto bat son plein. Cet événement, l’un des plus célèbres et des plus courus du monde, a finalement réussi là où le FFM a échoué après un départ canon suivi de longues et pénibles années d’agonie.

« Bon voyage »

« La jeune génération a eu le temps d’oublier ce jadis vénérable Festival des films du monde, fondé en 1977. De 1990 au tout début des années 2000 (s’ensuivit un terrible déclin), le FFM fut mon phare cinéphile et le compagnon de route de mes premières années de critique », a souligné le cinéaste Denis Côté sur Facebook, tout en souhaitant « bon voyage à son pugnace fondateur ».

La première ministre québécoise Christine Fréchette a quant à elle salué « une figure marquante de [notre] histoire cinématographique ». « Serge Losique aura consacré une grande partie de sa vie à faire découvrir le cinéma d’ici et d’ailleurs, et à faire de Montréal un lieu de rencontre pour les cinéphiles, les créateurs et les grandes voix du cinéma international. Mes sincères condoléances à sa famille, à ses proches et à tous ceux et celles qui ont croisé sa route. Son apport à notre culture et à notre vie cinématographique restera dans la mémoire des cinéphiles. »

Serge Losique laisse dans le deuil ses trois enfants, Jacques, François et Anne-Marie, ainsi que ses trois petits-enfants.

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