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L’érosion et la submersion côtière menacent les routes de l’est du Québec. Mercredi commençaient les travaux du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le programme décennal de protection côtière du ministère des Transports. S’il est entériné, ce programme remplacera une vingtaine d’études d’impact sur l’environnement.
La nouvelle approche vise à élaborer une « planification stratégique des interventions » pour protéger les routes nationales aux Îles de la Madeleine, en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent. Déjà, 228 sites « vulnérables » ont été identifiés. Le ministère des Transports envisage de réaliser des travaux d’ici dix ans sur 97 de ces sites, qu’il qualifie de « planifiés ».
Mercredi soir, à Rimouski, les représentants de nombreux ministères ont répondu aux questions du public au sujet de ce programme inédit, au budget total indéterminé, mais qui pourrait aisément se compter en milliards de dollars.
Pour chaque site planifié, les « solutions » possibles incluent, par exemple, le déplacement de la route, le rechargement de la grève avec du gravier ou du sable, la construction d’un mur en béton, la mise en place d’un enrochement et la végétalisation du littoral.
La solution choisie dépendra des spécificités de chaque tronçon. Le ministère n’a pas encore fait ces choix. Il dispose cependant d’une touffue étude d’impacts sur l’environnement, réalisée par la firme Englobe et datée de février 2026, qui résume les enjeux pour chaque site.
« Constamment en réaction »
Grâce au programme décennal, le ministère des Transports veut éviter de produire une étude d’impact pour chaque site. Les interventions « devraient être accélérées, puisqu’il va y avoir une réduction de certains délais administratifs », a expliqué mercredi Sophie Moisset, la représentante du ministère. « Il va y avoir également une réduction du risque d’intervention en urgence. »
À la faveur du réchauffement climatique, qui provoque la montée du niveau de la mer et la réduction du couvert de glace en hiver, les tempêtes frappent les côtes québécoises plus durement.
Aux Îles de la Madeleine, les tempêtes Dorian (2019) et Fiona (2022) et ont eu de graves conséquences sur les routes nationales. C’est d’ailleurs ce qui a incité Québec à développer un programme systématique, axé sur la prévention, plutôt que de devoir gérer les urgences.
« On était pris dans une espèce d’enchaînement où on était constamment en réaction. On n’arrivait pas à reprendre le dessus », a souligné François Delaître, un responsable du dossier au ministère de l’Environnement.
Ainsi, pour mener ses projets de protection côtière aux Îles de la Madeleine, en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent, le ministère des Transports espère obtenir un décret gouvernemental global, valide pour dix ans. Des autorisations environnementales seront quand même requises pour chaque projet.
Dans le régime actuel, les grands projets de protection côtière font théoriquement l’objet d’une procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement (PEEIE) qui comprend un examen par le BAPE. Les commissaires du BAPE disposent d’importants pouvoirs, dont celui d’exiger des réponses du promoteur.
En pratique, les projets de protection côtière obtiennent souvent un « décret de soustraction » à la PEEIE en raison de leur urgence. C’est ce qui est arrivé à Maria, dans la baie des Chaleurs, où un projet de recharge de plage à 27 millions de dollars vient d’être terminé pour protéger la route 132, après la municipalité eut décrété l’état d’urgence à trois reprises en deux mois.
Durant l’audience de mercredi, la commissaire Linda St-Michel a demandé au ministère des Transports combien de sites, parmi les 97 planifiés, auraient été d’une taille suffisante pour déclencher une PEEIE. Mme Moisset a répondu qu’« à peu près une vingtaine d’études d’impact auraient dû être enclenchées dans les dix prochaines années ».
Pour chacun de ces projets, le ministère des Transports s’est engagé à mener une consultation publique en ligne. Dans certains cas, des responsables pourraient se déplacer dans les communautés touchées pour informer et écouter la population, mais le ministère a refusé de s’y astreindre.
« Mécanisme participatif »
Les audiences publiques du BAPE sur le programme décennal ont été déclenchées à la demande du Comité ZIP des îles de la Madeleine, du Comité ZIP de la Gaspésie, d’Attention FragÎles et du Conseil régional de l’environnement (CRE) du Bas-Saint-Laurent, entre autres.
Patrick Morin, le directeur du CRE du Bas-Saint-Laurent, a insisté mercredi pour que le programme décennal fasse une place à un « mécanisme participatif d’analyse des solutions » et il a exprimé sa crainte que les travaux « perturbent de manière irréversible la biodiversité locale ».


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