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L’enquête du coroner sur la mort du Franco-Ontarien Justin Bourassa, présidée par le coroner Murray Segal, s’amorce aujourd’hui. M. Bourassa a été abattu par un policier de la Ville de London au mois d’octobre 2021.
L’enquête permettra d’examiner les circonstances entourant le décès de l’homme de 29 ans. Le jury aura ensuite l’option de formuler des recommandations afin d’éviter d’autres morts semblables dans la province. Les enquêtes sont obligatoires lorsque le recours à la force par un policier cause la mort d’une personne.
En plus de déterminer les causes de la mort de M. Bourassa, comme l’exige la Loi sur les coroners, il sera aussi question des politiques de la police en matière d’usage de la force et celles entourant les comptes rendus des agents à la suite d’un événement traumatique ou stressant.

Justin Bourassa est mort après avoir été interpellé par la police de London. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Liny Lamberink
Il ne sera pas question, cependant, de l’examen de l’Unité des enquêtes spéciales (UES) — l’organisme chargé d’enquêter sur les événements mettant en cause les policiers en Ontario. L’UES n’a pas déposé d’accusations contre le policier qui a abattu M. Bourassa.
La famille de M. Bourassa, de Sarnia, sera représentée par l’avocate Meaghan Daniel durant les procédures.
Dans cette enquête particulière, certaines questions se posent. Nous allons donc nous pencher sur le recours à la force mortelle, surtout lorsque des options moins dangereuses sont disponibles […], la désescalade et la détention à des fins d’enquête, explique Me Daniel.
Un policier blanchi
Le dossier remonte à l’automne 2021, lorsque M. Bourassa marchait au centre-ville de London. Le vingtenaire a alors été abordé par des agents à la recherche de suspects impliqués dans une entrée par effraction, d’après le rapport de l’UES.
Soupçonnant son rôle dans l’affaire, deux policiers ont interpellé Justin Bourassa puis ont tenté de le menotter. Une lutte avec les agents s’ensuivit.

L’arrestation de Justin Bourassa a eu lieu dans ce stationnement, à l’arrière d’un petit centre commercial du centre-ville de London. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
Pendant l’intervention, selon l’UES, M. Bourassa a essayé d’étouffer l’un des agents pendant 45 à 60 secondes. Le collègue du policier, au lieu d’utiliser du poivre de cayenne ou une matraque pour protéger son partenaire, a tiré dans le cou de Justin Bourassa.
L’unité a finalement blanchi l’agent qui a atteint M. Bourassa mortellement. Le directeur de l’UES, Joseph Martino, dans sa décision rendue en juin 2022, a écrit qu’il était convaincu que l’agent visé avait tiré sur M. Bourassa afin de protéger son collègue.
L’agent qui a atteint M. Bourassa — appelé agent impliqué par l’UES — ne s’est pas soumis à une entrevue avec l’unité et n’a pas fourni ses notes non plus, ce qui est autorisé.
Le rapport de l'UES confirme que Justin Bourassa n'était finalement pas impliqué dans l'entrée par effraction sur laquelle les agents enquêtaient lorsqu'ils l'ont abordé, mais que la police ne l'a su que plus tard.
La police poursuivie
Dans les mois qui ont suivi le verdict de l’UES, à l’automne 2023, la famille Bourassa a poursuivi la police de London pour négligence, arrestation illicite, séquestration, ainsi que pour perte de conseils, de soins et de compagnie.
L’avocat des Bourassa dans cette cause, David Shellnutt, a expliqué à Radio-Canada dans le passé qu’il souhaite notamment comprendre pourquoi l’agent n’a pas utilisé des moyens non létaux afin de calmer M. Bourassa.

L’avocat de Lorraine Bourassa, David Shellnutt. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Oliver Walters
L’année dernière, Me Shellnutt avait mentionné qu’il pourrait y avoir une médiation ou peut-être un procès. Cette action en justice suivra son cours malgré l’enquête du coroner. Une conférence préparatoire au procès est prévue au mois d’octobre.
Selon Me Daniel, il y a en quelque sorte un chevauchement entre les deux processus — l’enquête du coroner et la poursuite civile — car ils portent sur les mêmes circonstances factuelles, mais ils ont des objectifs différents.
La poursuite civile examine la question de la responsabilité tandis que l’objectif de l’enquête du coroner est la prévention. Donc, c’est une approche plus systémique et globale.
Me Shellnutt parle néanmoins régulièrement à la mère de Justin, Lorraine Bourassa, pour qui la perte de son fils a été extrêmement difficile. Mon souhait est que ce dossier soit résolu et que la famille puisse tourner la page, avait affirmé en 2025 l’avocat basé à Toronto.
Une famille et une communauté en deuil
L’année dernière, dans sa première entrevue depuis la mort de son fils, Lorraine Bourassa a confié qu’elle n’avait pas vécu le deuil de Justin immédiatement après les événements. À fleur de peau, Mme Bourassa a affirmé que les Fêtes ne seraient jamais plus pareils sans Justin.
La mort de son fils — un entraîneur de tennis ainsi qu’un cycliste aguerri — était incompréhensible, s’est-elle rappelée lors d’un entretien. Si je vois une voiture de police, j’ai le cœur qui me descend jusqu’aux orteils, a-t-elle dit.

Lorraine Bourassa est la mère de Justin Bourassa, qui a été abattu par la police de London.
Photo : Radio-Canada
L’enquête du coroner s’amorce à environ deux mois du tournoi de tennis annuel à Sarnia organisé en mémoire de Justin Bourassa, une cause qui tient à cœur à Mme Bourassa. La compétition aura lieu du 15 au 19 juillet au Sarnia Tennis Club.
Ce qu’il a fait a réellement marqué la communauté, puis les gens veulent continuer à se souvenir de cela, fait savoir Tanya Tamilio, une amie de la famille Bourassa, qui a connu Justin depuis son enfance.
Elle se souvient du mentorat que [Justin] a fait avec les jeunes, notamment en les entraînant au tennis pendant de nombreuses heures.
Justin représentait vraiment ce qu’une communauté peut être quand elle se tient ensemble, engagée, inclusive et tournée vers ses jeunes. Son absence est ressentie.
Lorraine Bourassa espère que les recommandations au terme de l’enquête du coroner — qui sont courantes, même si elles ne sont pas obligatoires — amélioreront la transparence au sein des corps policiers pour qu’aucune famille ou communauté ne vive ce genre de traumatisme.


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