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Les adolescents sont de plus en plus nombreux à être détenus dans la région après y avoir été arrêtés pour des crimes violents. La plupart d’entre eux viennent de l’extérieur et ne font qu’un court passage dans les installations de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), mais leur arrivée exerce une pression sur les ressources en place.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le centre de réhabilitation de la DPJ à Baie-Comeau a détenu 16 adolescents depuis janvier de cette année. Il n’y a pas si longtemps, la moyenne annuelle se situait plutôt à 1 ou 2 détentions, affirme le syndicat qui représente ses intervenantes.
Selon Mylaine Larocque, la présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique (APTS) de la Côte-Nord, 13 des 16 adolescents à avoir été mis sous garde cette année venaient de l’extérieur de la région.
L’émergence sur la Côte-Nord d’une criminalité impliquant des jeunes venus des grands centres ne fait plus aucun doute. Ceux-ci reçoivent des contrats à partir de plateformes en ligne opaques pour commettre des délits dans des territoires dont ils ne connaissent rien.
Une fois arrêtés, toutefois, la réalité rattrape ces adolescents. Ils se retrouvent alors soumis à la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents, la LSJPA.
Pour eux, le passage au centre de réhabilitation de Baie-Comeau est rapide : ils sont rapatriés dans leur région d’origine après quelques jours, une fois passées les premières étapes de leurs démarches judiciaires.
Leur irruption dans les centres de la DPJ de la région n’en est pas moins perturbante pour le personnel et les jeunes qui les fréquentent.

Le pavillon Richelieu est un centre de réadaptation pour les jeunes en difficulté d'adaptation situé à Baie-Comeau.
Photo : Radio-Canada / Benoît Jobin
Plein les bras
Le personnel se sent de moins en moins bien outillé, laisse tomber Mylaine Larocque. Selon elle, les intervenantes n’ont pas la formation nécessaire ni l’espace pour accueillir les jeunes contrevenants.
Ceux qui sont suspectés d’avoir commis des crimes graves sont souvent placés en unité fermée. Or, il n’y en a aucune au centre de réhabilitation de Sept-Îles, ce qui oblige l’organisation à effectuer des transferts vers le centre de Baie-Comeau.
Ce dernier n’a toutefois qu’une seule unité fermée, où finissent par cohabiter des adolescents aux réalités bien différentes, par exemple des jeunes ayant commis des crimes violents et d’autres ayant besoin d’être surveillés pour des raisons de santé mentale.
Alors que la DPJ de la Côte-Nord compose déjà avec une pénurie de main-d’œuvre importante, les intervenantes sur place se sentent démunies, avance Mme Larocque. Elles ont peu de formation en lien avec les gangs de rue.
Questionné à savoir ce qui était fait pour accompagner son personnel, Santé Québec Côte-Nord n’a pas répondu à nos questions. La directrice de la DPJ, Nadia Denis, n’a pas voulu accorder d’entrevue à ce sujet.
Quelle peine les attend?
Si les adolescents venus de l’extérieur quittent rapidement la Côte-Nord, ils font tout de même face à la justice dans le secteur où le crime a été commis.
Le système auquel ils font face est tout autre que celui qui s’applique aux adultes.
La LSJPA est fondée sur le principe de responsabilité morale moindre, explique Anne-Sophie Blouin-Racine, procureure du DPCP au bureau des affaires de la jeunesse de Québec.
Son objectif phare est d’offrir une protection durable du public en responsabilisant les adolescents et en favorisant leur réinsertion sociale.
La peine que reçoivent les adolescents s’ils sont reconnus coupables est aussi bien différente de celle qui attend les adultes. Son objectif n’est pas de dissuader la société en général de faire un crime, mais de s’adapter à la réalité singulière du jeune contrevenant en vue de le réhabiliter.
Le résultat est que les peines encourues sont généralement moins longues, pour la plupart de deux à trois ans dans des centres de réadaptation. Pour Tiago Murias, un avocat qui défend des adolescents sur la Côte-Nord, elles n’en sont pas pour autant insignifiantes.
Pour un jeune de 14 ans, des mois, voire des années de détention, c'est quand même important, ce n'est pas une tape sur les doigts, affirme-t-il.
Il souligne par ailleurs que dans certains cas de crimes très graves, les meurtres au premier degré par exemple, les peines peuvent atteindre jusqu’à 10 ans.
Les procureurs du DPCP peuvent aussi faire la demande d’une peine pour adulte, selon des critères extrêmement stricts, précise Anne-Sophie Blouin-Racine. C’est le cas notamment des adolescents pour lesquels il est jugé possible d’abandonner le principe de responsabilité morale moindre.


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