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Les femmes immigrantes font face à plusieurs barrières et sont victimes de comportements racistes sur le marché du travail en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine. C’est le constat que fait la Table de concertation féministe Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine dans un rapport rendu public mardi.
L'organisme a recueilli les témoignages de 49 femmes issues de l'immigration, dans le cadre de groupes de discussion organisés dans chacune des 5 MRC gaspésiennes et dans l’archipel madelinot.
En plus des barrières structurelles qui compliquent l'accès à l'emploi, comme le manque de places en garderie, les témoignages font état de discrimination et de comportements racistes lors du processus d'embauche, mais aussi lorsque les femmes intègrent certains milieux de travail.
Il y a des milieux de travail où il y a encore du travail à faire, où des travailleuses immigrantes rapportent que certains de leurs collègues affirment d’emblée qu’ils ne veulent pas travailler avec elles et qu’ils ne voient pas leur apport dans l’entreprise, lance l'agente de développement à la Table de concertation féministe Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, Léa Blouin-Rodrigue.
Il y a parfois une grande réticence au sein des équipes de travail face aux travailleuses issues de l’immigration.
L’isolement, la mise à l’écart dans les discussions, la sourde oreille des collègues de travail sont des situations rapportées qui contribuent à leur sentiment de ne pas être les bienvenues, peut-on lire dans le rapport (nouvelle fenêtre).

L'agente de développement à la Table de concertation des groupes de femmes de Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, Léa Blouin-Rodrigue (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Le rapport reflète vraiment ce qui se vit par les femmes immigrantes comme moi en Gaspésie, affirme une travailleuse originaire d’Afrique de l’Ouest installée dans la péninsule. Radio-Canada a décidé de lui accorder l'anonymat pour ne pas nuire à sa situation d'emploi.
J’ai vécu un isolement à mon travail, dit-elle. Il y a des choses qui se disent derrière toi, tu te sens isolée du groupe.
Cette travailleuse, qui perdra son emploi prochainement, soupçonne également de ne pas connaître les vraies raisons qui ont mené à la fin de son contrat.
Mon employeur dit que c’est pour des raisons budgétaires, mais j’en doute, dit-elle. L'image de la Gaspésie avec des gens accueillants et chaleureux que j'avais est en train de s'effacer.
Abus et traitement inéquitable
Le rapport de la Table de concertation féministe Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine rapporte également des témoignages au sujet d’employeurs qui ne respectent pas les droits et les normes du travail ou les mesures de santé et sécurité obligatoire.
Plusieurs participantes aux groupes de discussion ont mentionné que leur employeur refusait de payer les heures supplémentaires en majorant le taux horaire, comme le prévoit la Loi sur les normes du travail.
De plus, de nombreuses participantes disent avoir observé un traitement inéquitable entre les travailleuses issues de l’immigration et les travailleurs non immigrants.
Contrairement à leurs collègues non immigrant.e.s, certaines participantes disposent de moins de flexibilité pour s’absenter lorsque leurs enfants sont malades et subissent des réactions plus sévères de la part de l’employeur lorsqu’elles doivent s’absenter, peut-on lire dans le rapport.
Le racisme est un continuum, il y a des formes plus flagrantes, d’autres plus subtiles. Par exemple, le fait de toujours déléguer certaines tâches que personne ne veut à des femmes issues de l’immigration fait partie du continuum du racisme.
Le rapport de la Table de concertation féministe de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine indique que les travailleuses issues de l'immigration connaissent souvent mal leurs droits et que certains employeurs profitent de la situation.
Le document souligne que plusieurs d'entre elles renoncent à dénoncer des situations abusives par crainte de perdre leur emploi.
Si elles ont un permis de travail fermé qui les lie à un seul employeur, ça les met plus à risque de subir des abus et ça rend la situation plus complexe à dénoncer, mentionne Léa Blouin-Rodrigue.
Pistes de solutions
Dans son rapport, la Table de concertation féministe Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine met de l’avant 10 pistes d’action pour faciliter la recherche d’emploi, l’intégration en milieu de travail et l’accueil des immigrantes.
L’implantation de politiques d’embauche inclusives, un meilleur encadrement en milieu de travail et une responsabilisation accrue des employeurs qui ne respectent pas les droits des travailleuses en font partie.
Une communication plus transparente avec les travailleuses issues de l'immigration et l'adoption d'une posture proactive et de tolérance zéro face au racisme sont d'autres solutions proposées.


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