Il n’y a pas grand-chose de remarquable dans l’itinéraire que prend le bus vert pomme reliant Sargans dans le canton de Saint-Gall à Vaduz, zigzaguant entre les champs de la campagne de Suisse orientale. Au moment d’enjamber le Rhin, pas de douane, pas de changement de paysage, de monnaie, ni de langue. Rien. Une simple plaque et un drapeau bleu et rouge avec une couronne pour indiquer que l’on a quitté la Suisse. Les touristes japonais et chinois à bord n’ont peut-être même pas remarqué le passage de la frontière.
Pour les Liechtensteinoises, franchir le Rhin peut être tout sauf anodin. Car si cette discrète monarchie constitutionnelle parlementaire collectionne à peu près les mêmes clichés que la Suisse – banques, montagnes, salaires élevés, peut-être le chocolat en moins –, pour les femmes, il y a un fossé entre les deux voisins. De ce côté-ci de la frontière, l’avortement est légal depuis 2002, et ce jusqu’à la douzième semaine de grossesse. De l’autre côté du fleuve, la procédure est pénalement répréhensible. Un confetti conservateur au milieu d’une Europe qui a, dans son immense majorité, autorisé l’IVG. Parmi les derniers réfractaires sur le continent, on compte encore Andorre, où il est totalement interdit, ainsi que la Pologne, Malte, Monaco et donc le Liechtenstein, qui souffrent quelques rares exceptions en cas de maladie, danger imminent pour la mère ou viol.


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