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De Nadar, Salgado et Munier à l'IA : 200 ans de photographie française au Festival Photo La Gacilly

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Vingt photographes seront exposés dans les ruelles et jardins pour la 23e édition du Festival Photo de La Gacilly qui se tiendra du 1er juin au 4 octobre 2026.

Victor Hugo (1802-1885), poète, av. 1885.

D’après un négatif noir et blanc au collodion sur plaque de verre positivé, 21 x 27 cm (NA237_00777) © Ministère de la Culture, MPP, diff. GrandPalaisRmn Photo.

Victor Hugo (1802-1885), poète, av. 1885. D’après un négatif noir et blanc au collodion sur plaque de verre positivé, 21 x 27 cm ©Atelier Nadar, ministère de la Culture, MPP, diff. Grand Palais RMN

Par Gwenaël Merret Publié le 26 mars 2026 à 20h58

« Cette année, aux côtés des plus grands photographes internationaux, notre regard se tourne vers le bicentenaire de l’invention de la photographie en France », annonce Jacques Rocher, président d’honneur et créateur du Festival Photo de La Gacilly. C’est en 1826 que Nicéphore Niépce invente le procédé de la photographie dans sa maison de Bourgogne.

Après des années de labeur. Après l’Australie, le grand nord, l’Afrique, le Japon… du 1er juin au 4 octobre 2026, le Festival Photo de La Gacilly présentera un panorama de 200 ans de photographie française à travers vingt expositions de vingt photographes. L’occasion d’explorer différentes facettes de la photo : l’art du portrait, la mémoire du monde, la glorification du vivant, et l’image dans tous ses états.

Entre abondance et singularité

Détestée par les peintres et les artistes quand elle apparaît, ayant connu des évolutions et des ruptures technologiques, la photo est aujourd’hui partout.

Grâce aux smartphones, plus de 2 100 milliards de photographies ont été prises dans le monde en 2025

Vidéos : en ce moment sur Actu

Mais cette surabondance produite par tour un chacun n’écrase pas le regard si particulier des photographes, « fruit d’une création, d’une réflexion, d’un regard artistique ou documentaire, d’une vision émotionnelle de notre monde ». Et de citer l’artiste Juan Miró : « Vous pouvez regarder une image pendant une semaine et ne plus jamais y penser. Vous pouvez aussi regarder une image pendant une seconde et y penser toute votre vie. »

Au fil des 20 expositions présentées cet été, il s’agit moins de « résumer 200 ans de photographie française » que de refléter « le sillon que nous continuons de tracer depuis nos débuts : les écritures, humanistes et sensibles des photographes, nous font réfléchir et nous émerveillent sur un monde que nous souhaitons plus harmonieux en ces temps troublés. Ils nous invitent à réveiller nos sens endormis ».

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L’art du portrait

Françoise Hardy, Paris, juin 1967.
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Attention, photo non disponible pour la presse  - Françoise Hardy, 1967 - Françoise Hardy, 1967

Françoise Hardy, Paris, juin 1967. ©Jean-Marie Périer

Faire un selfie, est-ce capter l’essence et l’esprit des sujets ? C’est ce que parviennent à saisir les plus grands portraitistes.

Nadar, des prémisses de la photographie jusqu’au milieu du 19e siècle, signe les portraits hypnotiques des personnalités de l’époque : Victor Hugo, Alexandre Dumasn, Sarah Bernardt… Nadar était le pseudo de Félix, Adrien et Paul Tournachon.

Jean-Marie Périer, dans les années 1960, immortalise les stars naissantes de la chanson, Johnny et Sylvie, Françoise Hardy et Jacques Dutronc, les Beatles et les Stones, avec l’insouciance de l’époque.

Pierre et Gilles, depuis cinquante ans, composent des portraits photographiques qui s’apparentent à la peinture dont ils empruntent les techniques. Leur touche unique les rend identifiables au premier coup d’œil.

La mémoire du monde

Famine en Ethiopie.

Famine en Ethiopie. ©Sebastião Salgado

Les photographes sont parfois témoins de l’Histoire, en documentant les évolutions de la société. 

Willy Ronis, photographe humaniste, est connu pour ses « clichés iconiques, les amoureux de la Bastille, le gamin et sa baguette de pain, la péniche aux enfants », énumère Cyril Drouhet, qui a choisi de montrer des photos pendant 30 ans « au Kodachrome dans les rues de Paris ».

Un hommage est rendu au grand photographe franco-brésilien Sebastião Salgado, décédé le 23 mai 2025. Sera présentée une rétrospective du travail de ce maître du noir et blanc, exposé à quatre reprises de puis 22 ans, plébiscité par les visiteurs.

Raymond Depardon, immense photographe français, a sélectionné « des bonbons acidulés », des images en couleur réalisées au fil de ses soixante années de reportages.

Franco-américaine, Jane Evelyn Atwood, qui vit en France depuis une cinquantaine d’années où elle porte un regard plein de délicatesse sur les oubliés de notre civilisation, dévoilera sa dernière série sur les chevaux, hymne à la liberté.

Pierre Le Gall, photographe discret, porte un regard malicieux sur « des éclats de vie espiègles qui nous font aimer l’existence ».

Ode à la nature

Le chant des forêts

Le chant des forêts ©Vincent Munier

Les travaux de neuf photographes retenus par Cyril Drouhet sont dédiés « à la gloire du vivant ». L’ADN du Festival Photo n’est-il pas d‘émerveiller, d’émouvoir et d’interroger sur le rapport que nous, humains, entretenons avec la nature et le vivant ? En ce sens, le dérèglement climatique, s’il est une réalité, est relégué bien loin dans les préoccupations qui agitent les « grands » de ce monde où guerres alternent avec catastrophes naturelles…

Vincent Munier, « chantre d’une écologie positive » et compagnon du Festival Photo, présente Le Chant des Forêt, une ode aux forêts des Vosges de son enfance.

Sophie Hatier crée une œuvre poétique en s’inspirant de paysages de la nature, dont elle réalise des tableaux « silencieux à la limite de l’abstraction ».

Claudine Doury emmènera les visiteurs à la rencontre des peuples du Nord qui vivent en harmonie avec la nature, au moment du solstice d’été. L’occasion d’entrer « en communion avec le feu, l’eau et le végétal ».

Cheval et moutons, Mongolie intérieure, Chine, 2015.

Cheval et moutons, Mongolie intérieure, Chine, 2015. ©Jane Evelyn Atwood

Éric Garault part à la rencontre de ceux qu’il nomme les Gardiens du Vivant, planteurs d’arbres au Togo, en France, aux Pays Bas et en Equateur.

Serge Sibert montre le quotidien de familles de paysans qui « perpétuent et modernisent une agriculture à échelle humaine, à l’heure où la transmission de l’outil de travail est un enjeu crucial pour demain ».

Julie Bourges a arpenté le Morbihan et « a retrouvé les héritières des fées Morgane et Viviane, dans les mystérieuses forêts de Brocéliande ou les îlots du Golfe ».

Lys Arango nous ramène aux excès de notre monde au Guatemala. D’un côté, la monoculture qui provoque une malnutrition endémique. De l’autre l’espoir de la sagesse des anciens, « celle d’une culture maya enfouie, peut permettre aux champs de refleurir ».

L’image dans tous ses états

Mondes virtuels - Grandir dans la cour d'ecrans

Mondes virtuels – Grandir dans la cour d’écrans. ©Jerome Gence 2022

Bouleversées par les ruptures technologiques, passées des mains de spécialistes à celles du plus grand nombre, la photo a des limites qu’interrogent des artistes.

Lee Shulman a fondé Anonymous Project, l’une des plus importantes collections privées de photographies d’amateurs avec plus de 800 000 diapositives Kodachrome, autant de souvenirs de familles.

Jérôme Gence montre, lui, comment les réseaux dits sociaux enferment les individus dans des bulles virtuelles et une solitude bien réelle.

Quant à Simon Brodbeck et Lucie de Barbuat, ils créent des images « hallucinatoires », qui n’existent pas, créées à partir des outils d’intelligence artificielle.

Le Festival Photo de La Gacilly se tient du 1er juin au 4 octobre 2026.

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