NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Imaginez un décor d'école ancienne ou de prestigieuse université anglo-saxonne. Vous y rencontrez quelqu'un qui vous semble quelque peu en marge, différent des autres élèves. Ici, tout le monde cultive un goût prononcé pour un art considéré comme noble, de même qu'une soif d'apprendre allant jusqu'à l'excès. Ajoutez à cela des histoires de meurtres, de relations toxiques et de secrets chuchotés dans les couloirs. Ajoutez-y des personnes queers, et des critiques à peine dissimulées de notre société et vous voilà dans l'univers de la dark academia.
En cette période de l'année, où les premiers jours de la rentrée laissent doucement la place à ceux de l'automne, les niches des réseaux sociaux dédiés à la lecture –les «Bookstagram» et «Booktok» en tête– raffolent de ces histoires en plein essor dans la littérature anglophone. «J'adore les personnages moralement gris, complexes, sombres, qui nous interrogent sur notre propre moralité, et la dark academia est un genre qui cristallise beaucoup ça», nous explique Nina Gorlier, qui a consacré une vidéo fouillée à ce sujet.
NEWSLETTER
Recevez le meilleur de Slate directement dans votre boîte mail.
→
Robin Williams, le Covid et TikTok
Si la dark academia fait figure de tendance littéraire depuis quelques années, le genre est, en réalité, bien plus ancien. Pour la blogueuse littéraire, ses prémices remontent au XIXe siècle, avec des classiques comme Jane Eyre de Charlotte Brontë, Les Hauts de Hurlevent d'Emily Brontë, ou encore Le portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde, qui ne se revendiquent pas de la dark academia mais en cochent tout de même plusieurs cases. À l'écran, l'une des principales références reste, plus récemment, Le cercle des poètes disparus (1989) avec Robin Williams. Et Harry Potter dans tout ça? «Il y a débat», estime Nina Gorlier. «L'esthétique évoque la dark academia» mais «il manque une critique de la société» et des personnages moins «manichéens».
Les années 2010 marquent un premier tournant. À l'heure du retour en force du vintage, mais aussi de Tumblr et de Pinterest, l'univers visuel de la dark academia, fait de tenues inspirées de la mode des années 1930-1940 et de déambulations dans des salons de thé, des musées ou des bibliothèques, en séduit plus d'un sur les réseaux sociaux. Ce n'est ainsi que vers 2015 que les internautes mettent un nom dessus: la dark academia est officiellement née. De nombreuses œuvres y sont alors, rétrospectivement, rattachées, à l'instar du Maître des illusions (1992) de l'autrice américaine Donna Tartt, considérée comme une source d'inspiration majeure.
Mais c'est en 2020, à la faveur de la pandémie de Covid-19, que la notoriété de la dark academia s'envole véritablement. «Avec les confinements, toute une génération de jeunes a été privée d'une scolarité classique», rappelle Nina Gorlier, qui est aussi documentaliste dans un collège. La dark academia, avec «l'esthétisation et l'idéalisation de la vie universitaire» qu'elle porte, a ainsi constitué, pour nombre d'entre eux, une échappatoire idéale à un quotidien d'élève réduit à des cours en ligne et à distance.
En parallèle, l'avènement de l'ère TikTok du côté des réseaux sociaux joue grandement sur la popularité du nouveau genre littéraire, en l'ancrant un peu plus dans une esthétique entre «uniformes, paysages brumeux, architecture gothique, livres reliés et papiers peints sombres». Sans ces images mises sur toutes ces histoires, «je ne pense pas que j'aurais autant adhéré à la dark academia», avait confié, en 2024, l'écrivaine Nora Lake dans un épisode du podcast de Nina Gorlier.
Plus qu'une esthétique
Jouer autant sur les apparences, l'esthétique et la performativité de soi, tant dans les histoires qu'au sein du lectorat de dark academia, peut, toutefois, se révéler à double tranchant. Se pose la question de savoir si la visibilité apportée par les réseaux sociaux n'est pas responsable de la sortie d'œuvres dénuées de substance critique, préférant coller à l'esthétique «dark academia». À un moment où de plus en plus de personnes adhèrent au discours selon lequel «c'était mieux avant», est-ce que certaines œuvres ne dénaturent pas non plus le genre, en invisibilisant les minorités, en nourrissant une vision rétrograde et élitiste de l'éducation, ou bien en glamourisant le classisme?
«C'est un point de vigilance qu'il faut absolument avoir», confirme Nora Lake, évoquant «certaines dérives», telles que les œuvres qui «encensent les relations prof–élève», qui «ne devraient jamais être ok». «De base, la dark academia se montre cynique vis-à-vis de ses personnages. Un héros qui tiendrait ce genre de discours serait donc tourné au ridicule. Dès lors, une telle pensée ne peut pas émerger chez le lecteur», poursuit l'autrice, qui compte quatre dark academia à son actif. Avant d'ajouter: «Maintenant, ces caractéristiques ne semblent plus autant des impératifs avec la nouvelle vague de romans. Il convient, du coup, au lecteur de faire le tri, je suppose.»
Nina Gorlier, qui écrit actuellement sa première dark academia, note, néanmoins, que le «renouveau récent de la dark academia» apporte également de quoi répondre à ces inquiétudes, citant les exemples d'As de pique (2023) de la romancière britannique Faridah Àbíké-Íyímídé ou de Babel (2023) de l'autrice sino-américaine R. F. Kuang, dont les personnages principaux, racisés, sont confrontés aux questions du colonialisme et du racisme.
«Tout le monde peut être amené à lire et à aimer une œuvre de dark academia»
Toutes deux espèrent surtout que l'avenir fera la part belle à la dark academia francophone. «Le genre reste, pour l'instant, très anglophone. Les romans commencent doucement à se faire traduire en français mais ça reste un petit monde en France, alors quand une nouvelle publication est annoncée, c'est toujours un plaisir de la soutenir ! Mes camarades me soutiennent aussi beaucoup en retour !», souligne Nora Lake, qui nous recommande les plumes de Sacha Morage, Kentin Jarno ou encore de Marion Juin-Semet. Qui dit genre dit également sous-genres, avec, entre autres, S. A. Yarmond pour la «light academia», «où les études et la recherche font, a contrario de la dark academia, grandir les personnages», résume Nina Gorlier, ou bien Ina Siel pour la «green academia», où la nature et son étude occupent une place centrale.
Et si, malgré sa propre esthétique, la dark academia ne parvenait pas à transformer l'essai dans le temps? «Je pense que le genre a encore de beaux jours devant lui! Tout le monde peut être amené à lire et à aimer une œuvre de dark academia, ce sont souvent des sujets assez universels qui y sont abordés, comme le fait de se sentir en décalage des autres, assure Nora Lake. Sans doute qu'à un moment, les lecteurs se lasseront un peu mais la dark academia ne s'effacera jamais totalement. Un peu à l'image du soap opéra, considéré comme kitsch, mais qui reste un plaisir coupable qu'on refuse d'abandonner.» Le potentiel est là: «Une école, c'est une petite société à son échelle», fait remarquer Nina Gorlier.





























.jpg)






French (CA)