Des élections, vraiment? Comme dans un mauvais film, le vieil autocrate palestinien, Mahmoud Abbas, 90 ans, vient d’annoncer par décret l’organisation d’élections législatives en Palestine pour fin novembre. Le mandat du président de l’Autorité palestinienne aurait dû s’achever, théoriquement, en 2009. Et il faudrait être sacrément optimiste, ou mal informé, pour espérer que ce scrutin annoncé puisse réellement avoir lieu, vingt ans après le dernier en date, qui avait porté au pouvoir le Hamas à Gaza.
A Gaza, précisément, malgré un pseudo-cessez-le-feu, Israël ne se cache pas de continuer à s’approprier illégalement les terres palestiniennes – près de 70% de l’enclave est occupée militairement et vidée de ses habitants. Les bombardements israéliens sont redevenus constants au même titre que le dénuement, le désespoir et les morsures de rats. Dans le même temps, en Cisjordanie, le nombre de colonies juives illégales a d’ores et déjà doublé, les attaques des colons et de l’armée sont quotidiennes, ici aussi, et il ne restera bientôt plus rien à gouverner du tout. A Jérusalem-Est, enfin, où devraient aussi se tenir d’éventuelles élections, Israël ne permettra jamais que puisse s’y dérouler le moindre exercice démocratique palestinien.
Démarche absurde
A quoi rime donc le décret de Mahmoud Abbas? A plaire à la France, bien sûr, et aux autres Etats qui tiennent à bout de bras l’Autorité palestinienne et qui ont lié la reconnaissance de la Palestine à l’organisation d’élections. Mais cette démarche absurde répond aussi à une autre menace, bien plus fondamentale: celle de disparaître pour de bon.
Lire aussi: Aide humanitaire à Gaza: Ruth Dreifuss et 600 signataires appellent la Suisse à agir et à «briser le silence»A Gaza est en train de se mettre en place, même si c’est de manière chaotique, l’application du plan Trump, et de son fameux Conseil de la paix. Un «Comité national» a été créé dans ce cadre, dont les 15 membres sont tous des technocrates palestiniens. Aucune velléité, ici, d’évoquer une possible reconnaissance de la Palestine ou de négocier le moindre retrait de l’armée israélienne. Il s’agit d’administrer le quotidien pendant que les bombardements continuent. Israël a accepté d’avaliser ces technocrates, même si l’accès à Gaza leur est toujours refusé.
L’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas n’est pas la seule à redouter de se voir marginaliser dans ce processus. La récente annonce surprise du Hamas de dissoudre son aile politique correspond à la même volonté de ne pas se laisser écarter du jeu.
Lire aussi: A Gaza, le Hamas préfère dissoudre ses instances dirigeantes que de désarmerL’enjeu, pour les Palestiniens, n’est pas de trouver des dirigeants plus compétents que les actuels. Déjà, en parallèle de ces manœuvres politiques, a commencé la construction d’un premier camp «temporaire», à l’extrême sud de Gaza, où seraient concentrés quelque 25 000 civils palestiniens. En vue de les réintégrer ensuite dans leurs maisons reconstruites, ou plutôt de faciliter leur expulsion de Gaza, s’il le faut, le moment venu? Les technocrates du «Comité national» n’auront pas le moindre mot à dire là-dessus. Pas plus que Mahmoud Abbas ou que les dirigeants du Hamas.


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