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Dans une baie près de Sydney, des arbres poussent depuis des décennies dans la coque d’un cargo abandonné

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Dans la baie de Homebush, un cargo de 1 140 tonnes rouille depuis 1972, sa coque éventrée recouverte d’un feuillage si dense qu’on la distingue à peine sous les frondaisons. Le bateau s’appelle le SS Ayrfield. Il n’a jamais coulé, il n’a jamais été démoli non plus : il a simplement été abandonné là, à quelques encablures du site olympique de Sydney, et une forêt entière de palétuviers a fini par pousser dans son ventre métallique.

Le résultat, aujourd’hui surnommé la « forêt flottante », attire chaque année des photographes venus du monde entier pour capturer ce contraste entre la ferraille orangée et le vert éclatant des mangroves. Mais derrière la carte postale se cache une histoire industrielle beaucoup moins romantique, celle d’une baie longtemps traitée comme une décharge à ciel ouvert.

À retenir

  • Un cargo de 1 140 tonnes rouille depuis 50 ans dans une baie de Sydney, mais pas seul
  • Des milliers d’arbres ont pris racine dans sa coque métallique, créant un écosystème improbable
  • Ce site est aujourd’hui l’une des destinations photographiques les plus prisées d’Australie

Sommaire

  1. Un cimetière de navires au cœur de Sydney
  2. Comment une forêt a pris racine sur une coque en acier
  3. L’assainissement lié aux Jeux olympiques de 2000

Un cimetière de navires au cœur de Sydney

Le SS Ayrfield fait partie d’un ensemble de navires abandonnés dans la baie : les vapeurs charbonniers SS Ayrfield et SS Mortlake Bank, le remorqueur à vapeur SS Heroic, et le bâtiment de défense HMAS Karangi, tous démantelés au début des années 1970 et reposant près de la rive sud-ouest de la baie. Un vrai cimetière maritime, resté quasiment intact depuis un demi-siècle.

Le sort du Ayrfield lui-même illustre bien ce basculement. Après sa mise hors service en 1972, il a été envoyé à Homebush Bay, qui servait alors de chantier de démolition navale, avec l’intention de le démanteler sur place. Mais les travaux se sont arrêtés en cours de route et le squelette du navire a été laissé rouiller sur place, où il se dresse abandonné depuis, parmi d’autres épaves anciennes. Personne n’a jamais terminé le chantier. Le bateau est resté là, entre deux mondes, ni ferraille recyclée ni épave engloutie.

La baie elle-même a connu un passé industriel chargé. Au XXe siècle, Homebush Bay est devenue un centre de l’industrie lourde, avec des remblaiements à grande échelle pour accueillir des installations industrielles, avant de servir de décharge pour toutes sortes de déchets, y compris des navires démantelés et des rebuts industriels toxiques. Le décor de carte postale actuel masque des décennies de pollution.

La science derrière ce phénomène est en réalité assez simple. Les forêts de palétuviers bordant les rives de Homebush Bay, composées principalement d’Avicennia marina (palétuvier gris), ont produit d’abondantes graines dispersées par les oiseaux, qui sont progressivement tombées sur l’épave ; ces graines ont fini par germer sur la coque du navire et se sont développées en grands arbres formant la mangrove visible aujourd’hui. Un mécanisme naturel, patient, qui n’a nécessité aucune intervention humaine.

Le résultat visuel, lui, ne doit rien au hasard esthétique. Connu sous le nom de « forêt flottante », le navire a été récupéré par des rangées d’arbres denses dont les branches retombent par-dessus ses flancs, tout en dégradant progressivement la coque. Les racines s’infiltrent dans le métal rongé par la rouille, accélérant sa décomposition tout en la maintenant, paradoxalement, debout.

Le site est aujourd’hui protégé, ce qui limite les dégradations volontaires. Le Historic Shipwrecks Act de 1976 et le Heritage Act de 1977 s’appliquent, le premier protégeant les vestiges de plus de cinquante ans. Concrètement, personne ne peut monter à bord : les visiteurs ne sont pas autorisés à embarquer sur le SS Ayrfield, mais il existe suffisamment de rivage à proximité d’où l’on peut observer et photographier la forêt flottante.

L’assainissement lié aux Jeux olympiques de 2000

Ce basculement écologique n’aurait probablement pas eu la même visibilité sans un autre événement majeur : les Jeux olympiques de Sydney. Le site environnant, alors classé parmi les plus contaminés du pays, a fait l’objet d’une opération d’ampleur. En vue de la candidature aux Jeux olympiques d’été de 2000, les travaux ont commencé pour réhabiliter 760 hectares de terres dégradées et contaminées à Homebush Bay, avec environ neuf millions de mètres cubes de déchets à traiter en sept ans, dans ce qui reste sans doute la plus grande opération de dépollution jamais menée en Australie.

Vingt-cinq ans après les Jeux, l’ampleur du chantier reste dans les mémoires des acteurs de l’époque. David Richmond, qui dirigeait alors l’autorité de coordination olympique, a résumé la portée du projet en expliquant que « l’un des grands succès des Jeux a été la réhabilitation de l’ensemble du site, une tâche à la fois massive et controversée ». La friche industrielle est devenue le parc olympique de Sydney, mais quelques épaves, dont le Ayrfield, ont été laissées telles quelles dans la baie voisine, comme des témoins volontairement conservés du passé du site.

Le paradoxe mérite d’être souligné : à quelques centaines de mètres des stades flambant neufs construits pour l’occasion, une carcasse de cargo continue de se désagréger tranquillement, colonisée par une forêt que personne n’a plantée. La baie de Homebush a ainsi hérité de deux legs olympiques bien différents, un parc assaini pour les visiteurs et une épave laissée à la nature, devenue depuis l’un des sites les plus photographiés de la région.

Sources : baku.ws | onlinelibrary.wiley.com

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