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Dans les Caraïbes, ces millionnaires qui se vantent d’avoir mis «une raclée» aux communistes

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En temps normal, Próspera est un monde sans nuages, sans gros titres, sans noms de famille. Des idées, des rêves et des fantasmes – de monnaie sans État, d’une forêt vierge apprivoisée, d’une vie meilleure – virevoltent dans l’air chatoyant.

Le décalage entre ces grands projets et la réalité semble presque inévitable. Seules environ 200 personnes habitent à ce jour cette ville privée; la plupart sont des hommes originaires d’Amérique du Nord et d’Europe. Près de deux fois plus d’entreprises sont enregistrées à Próspera, qui s’étend sur environ 400 hectares et se compose de deux quartiers. La tour blanche, Duna, domine le Beta District, où se trouve également l’administration. Plus à l’est se trouve Pristine Bay, un vaste complexe qui ressemble encore à ce qu’il était avant que Próspera ne l’acquière: un complexe hôtelier de luxe. Entre les deux quartiers, la forêt tropicale prolifère.

Ivan Syrtsov sait ce qu’il adviendra de cette forêt. À tout juste 26 ans, il dirige la construction d’un futur quartier où la culture et les loisirs auront une place prépondérante. De nouveaux immeubles d’appartements doivent aussi voir le jour. Próspera entend ainsi non seulement s’étendre du côté de la jungle, mais aussi s’ouvrir vers la mer toute proche.

Le capitalisme de l’épanouissement

Avant de se confier et d’exposer tous ces projets, Ivan a lui-même une question à me poser:

  • Vous êtes socialiste?

  • Hum, pas l’impression, là, tout de suite.

Ivan sourit, amusé, et ouvre la marche, alors que nous quittons la tour blanche pour nous enfoncer dans la jungle. En chemin, il évoque ses mauvaises expériences avec les médias, qui l’auraient dépeint comme un libertarien pur et dur ne croyant pas à l’amour du prochain – ce qui, pour lui, constitue un malentendu fondamental. «Ce à quoi nous aspirons, c’est le capitalisme dans ce qu’il a de meilleur», explique Ivan tout en marchant le long d’un chemin sinueux. «Chacun doit bénéficier des mêmes chances et pouvoir s’épanouir.» Lui-même apprécie, par exemple, de pouvoir initier un projet sans rencontrer aucun frein ni paperasse.

Quiconque souhaite construire une villa ou créer une entreprise à Próspera n’a besoin que d’une assurance pour se lancer. Les litiges juridiques sont traités devant un tribunal d’arbitrage, qui rend sa décision en quelques semaines, pas au bout de mois ou d’années.

Ivan vient d’un autre monde: Volnovakha, près de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, où de violents combats ont eu lieu au début de la guerre et qui est actuellement occupée par les forces russes. Les destructions ont été telles qu’en 2022, le gouverneur de la région estimait que la ville «n’existait plus».

Ivan a mené à bien des projets de coopération numérique dans différents pays. Il a également vécu en Allemagne pendant un certain temps. «Une horreur», dit-il en faisant allusion à la lenteur et à la bureaucratie. Ivan arrive dans une clairière où des engins de chantier ont amassé du sable et nivelé le sol. Il écarte les cheveux blonds de son visage et regarde devant lui: «J’ai toujours rêvé de construire ma propre ville.»

Bientôt une université

Une pétarade stridente retentit, venue d’on ne sait où. Ivan se retourne et aperçoit une moto qui arrive à toute vitesse. Le conducteur s’arrête et lui serre la main. C’est un DJ hondurien au guidon d’un bolide de 500 cc, qui participe lui aussi au nouveau quartier culturel et de divertissement de Próspera.

Les deux hommes discutent de ce que l’extension de la ville apportera au mode de vie des Prósperiens, de la manière dont les deux quartiers de Próspera pourront se fondre l’un dans l’autre et devenir plus que la somme de leurs parties. Des expressions telles que «autorisation» ou «étude d’impact environnemental» sont totalement absentes de leur dialogue. Comme refuge contre la grisaille d’un monde trop complexe, Próspera fonctionne à merveille.

Outre le nouveau quartier, une université devrait notamment voir le jour. La ville privée souhaite acquérir d’autres terrains et s’étendre. Tous les décideurs de Próspera débordent littéralement d’optimisme. Il ne fait aucun doute que cet élan, digne d’une ruée vers l’or, est intimement lié à l’évolution de la situation politique au Honduras.

Histoire d’amour toxique

La relation entre Próspera et le Honduras ressemble à une histoire d’amour toxique, avec ses hauts et ses bas. En 2017, la société exploitante Honduras Próspera Inc. a conclu l’accord relatif au projet avec le gouvernement hondurien dirigé par Juan Orlando Hernández, un président de droite. Quatre ans plus tard, après une longue phase de planification, les premières pelleteuses font leur apparition à Próspera. L’année d’après, en 2022, Hernández est extradé aux États-Unis, où il sera condamné à 45 ans de prison pour trafic de drogue.

Lorsque la gauche lui a succédé au pouvoir au Honduras, elle a voulu se débarrasser de Próspera. Une loi a été adoptée en ce sens, mais le gouvernement de la présidente Xiomara Castro, élue en novembre 2021, n’a pas osé imposer sa volonté face à la menace d’un recours en justice de la part de la société exploitante. Lequel a bel et bien fini par être déposé, en 2022, pour une somme rondelette de 10,7 milliards. La plainte est toujours en cours.

En 2025, Donald Trump a gracié Juan Orlando Hernández, qui a récemment quitté sa cellule en Virginie-Occidentale pour rentrer au Honduras. Le président américain a aussi aidé le dauphin d’Hernández, Nasry Asfura, à accéder au pouvoir en menaçant le Honduras, en proie à de graves difficultés économiques, de lui retirer son aide financière en cas de nouvelle victoire de la gauche. Après une longue période de remous, Próspera a de nouveau le vent dans le dos.

Une raclée aux communistes

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