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« On est allé trop loin ! » Si certains riverains chérissent l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), dont la 23e édition démarre lundi à Chamonix dans les Alpes françaises, d’autres expriment leur exaspération face à un événement qui dépasse les « capacités d’accueil de la ville ».
L’UTMB, « c’est la pire semaine de l’année », soupire Molly Lefebvre, Chamoniarde de 19 ans. « Trop de monde, c’est l’enfer », peste auprès de l’AFP la jeune serveuse. À cause des embouteillages, « impossible de faire ses courses, de voir ses amis ou d’aller travailler ».
Les chiffres donnent le tournis. Pendant une semaine, plus de 10 000 coureurs s’affrontent sur huit courses, dont la majorité se terminent au cœur de la célèbre station alpine, située au pied du mont Blanc près des frontières suisse et italienne.
L’épreuve reine, qui s’élance vendredi, attire des amateurs d’ultra-endurance du monde entier : une boucle d’environ 174 km, depuis Chamonix, avec 9900 m de dénivelé positif autour du mont Blanc, disputée de jour et de nuit.
À sa première édition, en 2003, elle était l’unique course organisée avec seulement 300 inscrits. Cette année, 2500 participants tenteront de la terminer, en moins de 20 heures pour les meilleurs, ou plus de 46 heures pour les derniers.
Pour l’occasion, plus de 100 000 spectateurs sont attendus dans les rues de la ville, qui ne compte que 9000 habitants.
« Chamonix n’a pas été construit pour accueillir autant de gens », glisse Molly Lefebvre.
« Invivable »
Certains commerçants baissent même leur rideau pendant l’événement, leurs clients ne pouvant arriver jusqu’à eux. « C’est une semaine morte », confie-t-on dans un cabinet dentaire. « Avant, l’UTMB, c’était la fête. Maintenant, c’est invivable », ajoute la personne sous couvert d’anonymat.
Le maire de Chamonix, François-Xavier Laffin, se montre lui aussi critique à l’égard de la « croissance phénoménale » d’une compétition qui, faute de « cadre », « dépasse la capacité d’accueil » de la commune.
« L’UTMB, c’est magique mais c’est trop », poursuit-il. « On est allé trop loin ! »
Désormais, le groupe UTMB pèse 30 millions d’euros de chiffres d’affaires (48 millions $CA) et comptabilise une soixantaine de courses dans une trentaine de pays.
Le maire entend en particulier réduire la présence des dizaines de marques, qui organisent souvent des événements privés tels que des DJ sets en haut des montagnes ou encore des courses « corporates » non officielles.
Pour y avoir lui-même participé, l’édile salue néanmoins un événement « remarquable » et qui « rend les gens heureux ».
Les animations en marge de l’UTMB apportent « bonne humeur » et « ambiance », appuie Magalie Bruel-Jones, agente immobilière de 45 ans.
Et même si la course gagnerait à être « canalisée », elle demeure selon elle bénéfique pour Chamonix : « l’UTMB et le tourisme, c’est ce qui nous fait vivre. »
Réserves naturelles
Les retombées économiques sont en effet « indéniables », souligne François-Xavier Laffin, sans en préciser le montant exact.
Selon Isabelle Viseux-Poletti, directrice de l’UTMB Mont-Blanc, celles-ci s’élèvent à 45 millions d’euros (72,5 millions $CA) pour l’ensemble des vallées traversées par les épreuves.
Et certains locaux s’en mettent plein les poches : « Les gens râlent, mais louent leur logement une fortune », tance une Chamoniarde, qui n’a pas souhaité donner son nom.
Selon la plateforme de location Airbnb, 1,4 million d’euros (2,3 millions $CA) de taxe de séjour ont été reversés à Chamonix en 2025.
De nombreux commerçants voient également leurs revenus dopés par l’afflux de clients ou de juteux partenariats.
Jasper Thys, kinésithérapeute, raconte qu’un contrat passé avec Nike a ainsi engendré un bond de 10 % de son chiffre d’affaires annuel.
L’empreinte écologique de l’UTMB suscite par ailleurs des inquiétudes, quelques courses traversant notamment des réserves naturelles.
En réponse, les organisateurs ont interdit les bâtons de marche dans les zones protégées et rendu obligatoires les lumières rouges sur les lampes frontales pour ne pas effrayer la faune.
Côté pollution, « 60 % des coureurs se sont engagés à venir sans voiture », assure Mme Viseux-Poletti, qui précise toutefois que l’UTMB n’est pas l’unique source de fréquentation touristique de Chamonix.
Et de pointer du doigt les quelque 75 000 randonneurs qui ont effectué le tour du mont Blanc en 2025. « On assume nos responsabilités, mais pas celles des autres », souligne-t-elle.


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