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Alors que les négociations directes entre Beyrouth et Tel-Aviv s'enlisent, Israël intensifie son escalade militaire au sud-Liban. Les frappes de samedi, qui ont fait onze morts (dont trois enfants et deux femmes) et 19 blessés, soit le bilan le plus meurtrier depuis juin, menacent de faire voler en éclat le fragile cessez-le-feu quotidiennement violé par l'armée israélienne, qui occupe toujours plus de 600 kilomètres carrés du territoire libanais.
Lundi, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a annoncé, dans un décompte laconique sur X, avoir constaté une "nette augmentation de l'activité militaire israélienne" dans la région au cours des deux dernières semaines. Avec une moyenne de 137 projectiles israéliens par jour entre le 5 et le 16 août, dont 208 pour la seule journée de samedi…
Le Liban vote l'abolition de la peine de mort, une première au Moyen-OrientDénonçant les "violations répétées de l'accord-cadre" signé le 26 juin entre Israël et le Liban, sous médiation américaine, le président libanais Joseph Aoun a qualifié samedi cette escalade de "message clair" pour l'avenir des négociations directes entamées avec Tel-Aviv depuis avril. Un huitième cycle de pourparlers est en principe prévu début septembre à Rome, sans qu'aucune date n'ait encore été confirmée.
Escalade et panique
Israël donne une tout autre lecture de l'escalade. Après avoir affirmé avoir frappé des infrastructures du Hezbollah en réponse à une "attaque" qui aurait blessé trois de ses soldats, l'armée israélienne a finalement indiqué le lendemain avoir tué deux cadres du mouvement chiite. Selon le porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahou, ces frappes doivent pousser les négociations vers des discussions "plus sérieuses", sans plus de précision.
Cette escalade, qui a provoqué un nouveau mouvement de panique parmi les habitants du sud-Liban tout juste rentrés dans leurs villages, intervient alors que la situation paraît bloquée. Israël exige le désarmement du Hezbollah, tandis que Beyrouth réclame un cessez-le-feu et le retrait des forces israéliennes du territoire libanais. Le Hezbollah, de son côté, refuse de déposer les armes et rejette en bloc les négociations directes, tant que l'armée israélienne occupe la zone frontalière.
La colline d'Ali Taher, au nord du fleuve Litani, est devenue un véritable point de fixation. Pilonnée quasi sans interruption par l'armée israélienne depuis plusieurs jours, cette position stratégique domine une large partie de la région de Nabatiyeh et constitue un important "point d'observation et de contrôle", explique le politologue Karim Bitar. Sa localisation lui confère également une portée politique : "une opération israélienne durable aussi loin vers le nord élargit de facto la notion de "zone de sécurité"", souligne-t-il. Le Hezbollah y dispose d'importantes infrastructures souterraines dans lesquelles seraient encore retranchés des combattants libanais mais aussi iraniens, selon des médias locaux.
Moyen-Orient: l'Iran estime qu'Israël a franchi "toutes les lignes rouges" et doit cesser d'attaquer le LibanLa colline de tous les enjeux
"Des sources israéliennes disent même explicitement que Benjamin Netanyahou espère obtenir la reddition des combattants encerclés et en faire un symbole de victoire sur le Hezbollah", ajoute l'expert. Une victoire qui serait bienvenue pour le Premier ministre israélien, en difficulté sur le plan intérieur à l'approche des législatives prévues le 27 octobre prochain. "Ali Taher condense tous les enjeux : un Hezbollah repoussé, des tunnels détruits, un territoire contrôlé, des combattants capturés ou contraints à la reddition. Cela lui permet en même temps de se protéger sur sa droite contre Itamar Ben-Gvir et d'autres qui réclament une action encore plus dure", résume Karim Bitar.
Pendant ce temps, les négociations directes entre Beyrouth et Tel-Aviv patinent. Le dernier round, le 6 août à Rome, n'a pas abouti au cessez-le-feu réclamé par les autorités libanaises ni à l'élargissement des zones pilotes dont doit se retirer l'armée israélienne. Une intransigeance israélienne qui aurait même conduit Beyrouth à menacer de ne pas participer au prochain cycle de négociations, début septembre, selon des médias libanais. Une menace néanmoins difficile à mettre à exécution, faute d'alternative. Seul face au duo israélo-américain, Beyrouth ne dispose d'aucun levier pour asseoir sa position, et sa marge de manœuvre est très limitée.
Le Liban dans l'impasse face à l'intensification des frappes israéliennes : "Les Libanais sont dans une position impossible"En se rendant à Washington fin juillet, Joseph Aoun avait fait le pari que Donald Trump inciterait Israël à la retenue. Un pari "illusoire" en période de législatives en Israël, estime Karim Bitar, qui s'attend plutôt à une "intensification des frappes". "Nous sommes entrés dans une phase où Israël cherche à convertir sa supériorité militaire en faits accomplis territoriaux et en concessions politiques avant les élections israéliennes et au moment où le protocole d'accord américano-iranien se délite", estime-t-il encore.
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