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Par Judith Perrignon
Publié aujourd’hui à 18h00Article réservé aux abonnés
PortraitElue en 2024, à seulement 33 ans, la shérif du comté de Washtenaw, dans le Michigan, Alyshia Dyer, a remporté une bataille décisive face à l’administration Trump et sa politique de lutte contre l’immigration illégale. Elle a défendu le droit de la police locale de ne pas collaborer avec les agents de l’ICE.
Le shérif a toujours eu les clés de la prison. On l’a appris dans les films. La règle n’a pas changé. C’est même la raison pour laquelle les bureaux du shérif du comté de Washtenaw, à Ann Arbor, dans le Michigan, sont imbriqués entre le tribunal et la prison qu’on devine à l’arrière, aux rouleaux de fils barbelés qui courent le long des grillages d’enceinte. Alors quand les hommes de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), venus lancer leur traque aux étrangers irréguliers dans la région, ont voulu y boucler leurs premières proies pour aller en chercher d’autres, Alyshia Dyer a simplement dit non.
C’est elle le shérif. La shérif. « Dès que j’ai pris mes fonctions il y a bientôt deux ans, raconte-t-elle, nous avons arrêté toute coopération avec la police de l’immigration, nous engageant à ce qu’aucun de nos moyens ne soit mis à leur disposition. Nous ne pouvons pas les empêcher de venir, mais nous pouvons leur rendre la tâche plus difficile en ne leur offrant aucune ressource. Ils m’ont envoyé une lettre. Menacée d’obstruction. Ça m’a laissée froide. Je ne fais que suivre mon serment à la Constitution du Michigan et mes promesses aux gens du comté. Rien ne m’oblige à utiliser les impôts locaux des gens pour aider l’ICE. »
Alyshia Dyer a 35 ans, un grand rire rauque, un visage encore rond qui laisse deviner l’adolescente effrontée qu’elle a été et qu’elle évoque volontiers. Car elle n’a d’autre explication à son engagement dans les forces de l’ordre qu’une enfance qui s’y est frottée. C’était à 10 kilomètres de là, à Ypsilanti, « Ypsi » comme on dit dans la région, une petite ville dont le sort a fluctué au gré de la production des usines automobiles – un quart de la population y vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté.
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