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Dans les derniers jours, on pouvait lire dans Le Devoir quatre textes d’opinion — trois chroniques et un éditorial — qui portaient en tout ou en partie sur le contrat d’achat, par Hydro-Québec, de l’électricité produite à la centrale de Churchill Falls. Il faut malheureusement se rendre à l’évidence : le contexte historique de ce contrat reste méconnu, ici comme à Terre-Neuve-et-Labrador.
Ainsi, depuis des années, la version de nos voisins et partenaires sur cette question est généralement acceptée ici comme représentant la réalité : le Québec et Hydro-Québec ont abusé de leur position pour engranger des profits faramineux aux dépens de Terre-Neuve-et-Labrador. Or, cette version est inexacte pour plusieurs raisons, puisqu’elle ne tient aucunement compte de la genèse de la construction de cet aménagement hydroélectrique qui est, en effet, d’une importance capitale pour la sécurité de l’alimentation en électricité du Québec.
La posture prise par le premier ministre François Legault lors de ses premières discussions avec son homologue voisin semble reposer sur cette mauvaise compréhension et n’a servi qu’à mettre le Québec dans une apparente position de faiblesse et de culpabilité.
La genèse
Pour bien comprendre, il est essentiel de remonter à 1953, année où le premier ministre de Terre-Neuve, le légendaire Joey Smallwood, a concédé à une entreprise privée l’exploitation de ce qu’on appelait alors les chutes Hamilton. Ce consortium, British Newfoundland Corporation Limited (Brinco), venait d’être formé par un groupe de financiers britanniques dirigés par Edmond de Rothschild. Brinco crée alors la filiale Hamilton Falls Power Corporation (HFPC) pour l’exploitation des forces hydrauliques de ces chutes.
Rapidement, Brinco entreprend des démarches auprès du premier ministre québécois. Maurice Duplessis répond que le Québec n’est pas intéressé, car se pose entre autres la question du Labrador. En 1961, nouvelle initiative de Brinco. Jean Lesage, alors premier ministre, répond qu’Hydro-Québec préfère continuer le développement du complexe Manic-Outardes. Brinco arrive donc trop tôt ou trop tard.
C’est avec la nationalisation de l’électricité au Québec, en 1962, qu’Hydro-Québec devient propriétaire des 20 % de Hamilton Falls Power Corporation (HFPC) détenus par Shawinigan Engineering Co., une filiale de Shawinigan Water and Power Company, l’une des compagnies qui seront nationalisées. À l’époque, le premier ministre Smallwood a tenté, sans succès, de faire du gouvernement de Terre-Neuve un actionnaire de HFPC.
En 1966, le premier ministre québécois, Daniel Johnson, signe l’accord de principe conclu entre Hydro-Québec et Churchill Falls (Labrador) Corporation (CFLCo), successeure de HFPC, parce que, dit-il, « il a le couteau sur la gorge ». Le contrat entre CFLCo et Hydro-Québec est signé en 1969. Depuis ce moment, Hydro-Québec détient 34,2 % de CFLCo ; Brinco, le reste. Les premiers kilowattheures sont produits en 1971 et la centrale est totalement en service depuis 1974.
Ce n’est qu’en 1974 que le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a acquis les intérêts de Brinco dans CFLCo. Il n’avait jamais été partie au contrat jusque-là. Prétendre aujourd’hui que celui-ci a été berné par Québec ou Hydro-Québec ne repose sur aucune assise factuelle : il savait ce qu’il achetait. Les tribunaux, dont la Cour suprême du Canada, le lui ont clairement rappelé depuis des décennies.
Le contexte énergétique
On ne répétera jamais assez que sans Hydro-Québec, la centrale de Churchill Falls n’aurait jamais vu le jour, à tout le moins à cette époque. C’est Hydro-Québec qui a assumé tous les risques techniques et financiers qui y sont afférents. Sans la technologie de lignes de transport (et non de transmission, comme on le lit et l’entend encore malheureusement) à 735 000 volts, les coûts pour amener cette énergie jusqu’aux centres de consommation auraient constitué un obstacle majeur à la rentabilité de l’opération. Cette technologie unique au monde a été développée par Hydro-Québec elle-même.
Autre élément d’une importance capitale : Hydro-Québec s’est engagée à acheter et à payer toute l’énergie produite à la centrale, indépendamment de ses besoins. À l’époque, les démarches de Brinco pour vendre l’électricité de la future centrale sur les marchés états-uniens avaient échoué. L’avenir, c’était l’électricité de source nucléaire, pensait-on. Son coût prévu était inférieur à celui de l’électricité provenant de Churchill Falls, une fois transportée jusque sur la côte est.
Par ailleurs, et de l’aveu même du partenaire terre-neuvien, la centrale de Churchill Falls sert d’abord et avant tout à l’alimentation du Québec, dont elle fournit environ 15 % à 20 % de l’énergie.
Faire le calcul des supposés profits qu’Hydro-Québec réaliserait avec le contrat en se basant sur la différence entre le coût d’achat de l’électricité et les prix à l’exportation donne des résultats spectaculaires, mais erronés. Le prix que paye Hydro-Québec a été fixé en fonction des risques qu’elle a assumés et assume toujours, et du coût des autres aménagements alors envisagés, dont le complexe de la baie James.


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