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Dans le delta du Pô, l’invasion du crabe tueur de palourdes : « Sans “vongole”, plus d’économie. Tout le territoire meurt »

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Fisherman Fabrizio Zinato holds the blue crabs he caught while checking the enclosure’s protective netting. Chiara Negrello pour « M Le magazine du Monde »

Par Allan Kaval 

Publié aujourd’hui à 06h00

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EnquêteDepuis la fin des années 1980, la palourde a fait la fortune de cette région pauvre du sud de la Vénétie. Elle est aujourd’hui décimée par un crabe bleu venu d’Amérique du Nord, dont la prolifération menace toute l’économie de la lagune. Entraînant une baisse de revenus pour les pêcheurs et un retour pour les femmes à des métiers précaires qu’elles pensaient avoir définitivement abandonnés.

Au petit matin, la lagune a des airs de bout du monde. Noire au bord des rives, l’eau retrouve sa teinte grisâtre sous le ventre de la barque à moteur. Et le soleil de juillet chauffe bientôt l’horizon avant que le ciel ne soit lentement griffé par un vol de flamants roses. Les oiseaux survolent le delta du Pô, en Vénétie, et ses îles ambiguës, front toujours disputé d’une lutte entre la terre et l’eau saumâtre.

Dans la barque, les pêcheuses et les pêcheurs qui se sont réveillés au milieu de la nuit pour glisser vers la lagune lèvent les yeux pour regarder les ailes colorées des grands échassiers. Le temps que ces derniers disparaissent vers l’horizon, les travailleurs pourront penser à autre chose qu’au jour qui vient, au labeur qu’il va exiger de la part de corps plus tout jeunes, à autre chose qu’à l’eau de la mer qui se réchauffe, au fleuve qui s’assèche et aux villages qui se vident.

Avec ses collègues de la Coopérative du Pô, Caterina Pezzolato, 48 ans, en combinaison de pêche, est descendue de la barque pilotée par le chef d’équipe Giovanni Tesserin. Loin de la terre ferme, de l’eau jusqu’aux genoux, elle foule le fond sableux de la lagune, là où l’eau douce du Pô, chargée de matières organiques portées par les eaux usées de l’amont, vient diluer le sel de l’Adriatique pour offrir un environnement propice à la culture des coquillages. Sous les bottes de Caterina Pezzolato, qui échange quelques blagues matinales en langue vénète avec ses amies pêcheuses, se trouve justement un gisement de palourdes, ce mollusque miraculeux qui a fait jusqu’à une période récente la fortune de la région.

Plat emblématique

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