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Dans le Centre-Val de Loire, des « médecins solidaires » partent à l’assaut des déserts médicaux

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RÉCIT - L’association Médecins solidaires a ouvert quatre centres de santé dans la région, dans lesquels les médecins volontaires se relaient afin de rétablir un accès aux soins permanent pour les habitants des zones rurales.

Le désert médical n’est pas une fatalité. En 2024, 87 % du territoire français était considéré comme sous-doté en médecins, selon les données de l’Insee. Près de 9 millions de Français font face à d’importantes difficultés d’accès aux soins, lesquelles se traduisent à la fois par une distance importante à parcourir pour trouver un médecin et par des délais souvent longs pour obtenir un rendez-vous. La région Centre-Val de Loire, la plus sous-dotée de l’Hexagone en médecins, est particulièrement touchée. Pour endiguer ce phénomène, l’association Médecins solidaires a pris à bras-le-corps le problème et ouvert des centres de santé là où les praticiens avaient disparu.

Fondé en 2022, ce collectif s’est construit sur un principe simple, résumé par son cofondateur, le Dr Martial Jardel : « Puisqu’on ne peut pas demander beaucoup à peu de médecins, demandons peu à beaucoup. » Dans ces centres ouverts dans les déserts médicaux avec le soutien des pouvoirs publics, des généralistes volontaires se relaient chaque semaine, sans interruption, offrant une présence médicale continue et un suivi.

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6,4 millions de Français sans médecin traitant

« C’est un modèle complémentaire qui permet d’assurer un accès aux soins quand il n’y a malheureusement pas de médecin qui a décidé de faire son projet de vie dans un village », résume le Dr Jardel. Dans le Centre-Val de Loire, quatre centres ont déjà ouvert leurs portes (dans le Cher, l’Indre, l’Eure-et-Loir et le Loiret) et un cinquième devrait ouvrir cette année dans le Loir-et-Cher. Au 1er avril 2026, plus de 6 000 habitants de la région ont déjà choisi d’inscrire l’un de ces centres de santé comme leur médecin traitant.

C’est l’une des spécificités de l’association : permettre au centre de santé, plutôt qu’à un praticien unique, de devenir le médecin traitant, facilitant ainsi la prise en charge par l’Assurance-maladie. Une initiative bienvenue, alors que 6,4 millions de Français n’ont toujours pas de médecin traitant, selon le gouvernement. Ces centres de santé peuvent ainsi être considérés comme le médecin traitant de 1 250 patients des environs (2 500 si deux praticiens sont présents).

Dans ces centres de santé, les médecins se relèvent chaque semaine mais les coordinatrices sont en permanence sur place, pour faciliter la continuité des soins. Médecins Solidaires

« On récupère des situations parfois dramatiques »

Plus de 1 000 médecins généralistes ont déjà rejoint le collectif. Venus de toute la France, ils sont âgés de 27 à 76 ans et se répartissent entre des médecins remplaçants, des retraités actifs et des libéraux, avec également quelques salariés. Le Dr Gérard Van Melckebeke, ancien généraliste en cabinet, a rejoint Médecins solidaires moins d’un an après son départ à la retraite. « Un successeur avait repris ma clientèle, donc je n’avais pas laissé les patients dans la panade, et j’avais envie de continuer un peu à travailler. »

Depuis trois ans, il a effectué de nombreuses semaines dans les centres de santé de l’association. « Une très grande réussite pour les près de 20 000 patients qui nous ont choisis comme médecin traitant », se réjouit-il. Le besoin était en effet très fort. « Je viens de l’Aube, je pensais déjà être dans un désert médical, mais quand j’ai vu ce qui se passait ailleurs, dans tous les départements du Centre, par exemple, j’ai compris que non », déplore-t-il. « On sent à la fois la pression et la reconnaissance des patients soulagés d’avoir enfin trouvé une solution. On récupère des situations parfois dramatiques. »

Je viens de l’Aube, je pensais déjà être dans un désert médical, mais quand j’ai vu ce qui se passait dans tous les départements du Centre, j’ai compris que non.

Gérard Van Melckebeke, médecin généraliste à la retraite

Une oasis dans le désert

Pour que le pari soit réussi, tout a été pensé pour faciliter le travail du médecin. Lors de sa semaine sur place, le soignant est particulièrement cajolé. Afin qu’il puisse se consacrer entièrement à ses consultations (trois sont programmées par heure en moyenne), le généraliste est épaulé par des coordinatrices. Maillon essentiel du dispositif, celles-ci sont en permanence sur place, s’occupant de toutes les démarches administratives, gérant la logistique, l’organisation du centre et le flux de patients. Un carnet de correspondants, recensant l’ensemble des spécialistes du territoire, est aussi mis à disposition. Le médecin est logé dans « un gîte de caractère valorisant le territoire », une voiture lui est prêtée pour ses trajets et les visites à domicile, et, bien entendu, il est rémunéré (1 000 euros nets hebdomadaires). « Il suffit de s’inscrire et le gîte est réservé, la voiture de fonction nous attend et il y a même un taxi qui vient nous chercher à la gare si on arrive en train, se réjouit Gérard Van Melckebeke. Cette organisation nous permet de travailler dans d’excellentes conditions, où on ne fait que de la médecine. »

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L’ambition est désormais de rassembler encore plus de volontaires. Avec six centres de santé ouverts en 2026 (15 au total depuis 2022), l’association, actuellement subventionnée, vise l’autonomie financière dès le 20centre. En septembre dernier, le collectif a lancé un appel sur les réseaux sociaux à destination des 100 000 généralistes en activité. Parmi eux, pas moins de 40 000 seraient mobilisables, estime le Dr Jardel. « Il s’agit de remplaçants, de retraités actifs, de médecins installés à temps partiel, ou qui suivent moins de 500 patients. » Si tous ces médecins consacraient une semaine par an au dispositif, « on pourrait ouvrir 800 centres ». Alors que l’objectif actuel est d’au moins un centre de santé par département (dans le Centre-Val de Loire il ne restera fin 2026 que l’Indre-et-Loire à pourvoir), une telle mobilisation pourrait entraîner l’ouverture de 10 centres dans chacun de ces départements sous-dotés. Une véritable oasis dans le désert.

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« C’est un problème démographique pur »

Un médicament efficace, sans être la panacée. La France manque cruellement de généralistes, trop peu nombreux face au vieillissement de la population et à l’essor des affections de longue durée, nécessitant un suivi régulier. Depuis plusieurs années, les gouvernements essaient de pallier cette situation, souvent en vain. Une aide à l’installation dans un désert médical, à hauteur de 50 000 euros pour quatre jours d’activité par semaine, a par exemple été mise en place à destination des médecins libéraux. Une gageure, selon le Dr Van Melckebeke. « Un médecin qui va s’installer dans un désert médical va beaucoup travailler et très bien gagner sa vie, il n’a donc pas besoin de cette prime, ce n’est pas cela qui va le faire venir. »

« C’est un problème démographique pur, on manque de généralistes, mais ça va se résoudre dans les années à venir », espère le médecin retraité. Le Dr Jardel partage cette approche. Selon lui, ce serait « quelque chose d’irresponsable de conditionner l’accès aux soins de tout un territoire à la décision qu’un médecin ne prendra peut-être jamais ». D’où le dispositif des Médecins solidaires, conçu pour être efficace dès à présent, en attendant que la situation s’améliore. De nombreux mécanismes ont été mis en place par les pouvoirs publics ces dernières années, mais il faudra s’armer de patience pour qu’ils produisent des effets.

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Des mesures avec un impact à long terme

Le déploiement des docteurs juniors devrait apporter une première bouffée d’air. Dès cette année, ces étudiants en médecine seront déployés sur le terrain, leur permettant de parfaire leur formation tout en répondant au manque de soignants. « Les internes serviront un peu de chair à canon mais cela devrait être une politique efficace », espère le docteur Jardel. La limitation du nombre d’étudiants en médecine (le numerus apertus ) a également été supprimée en 2025, afin d’augmenter la capacité d’accueil et faciliter le retour des carabins partis étudier à l’étranger. Le président socialiste de la région Centre-Val de Loire, François Bonneau, milite quant à lui pour que la première année de médecine puisse être effectuée dans toutes les capitales départementales, et non plus seulement à Tours et à Orléans. Là encore, cette mesure pourrait regarnir les campagnes en médecins, mais pas de sitôt.

En attendant que ces actions portent leurs fruits, l’initiative de Médecins solidaires essaime. En avril 2025, le premier ministre, François Bayrou, a annoncé un « pacte de lutte contre les déserts médicaux ». Y figure tout un arsenal de mesures, parmi lesquelles une « mission de solidarité », mise en œuvre depuis fin 2025. En échange d’une indemnisation de 200 euros par jour, les médecins volontaires s’inscrivant dans ce dispositif s’engagent à effectuer jusqu’à deux jours par mois de consultations dans un désert médical voisin de l’endroit où ils exercent. Une idée louable sur le papier, mais qui semble avoir fait pschitt.

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L’échec du plan de François Bayrou

« Quand on a vu émerger ce dispositif, on était contents, car on s’est dit que l’idée était reprise et allait se transformer en politique publique », explique le Dr Jardel. « Malheureusement, la proposition s’est pris les pieds dans le tapis du calendrier politique et s’est heurtée à un problème d’opérationnalisation. » Les médecins sont bien peu nombreux à avoir répondu à l’appel. Rebaptisé « Un médecin près de chez vous », le dispositif ne réunissait que 250 généralistes fin 2025. Loin des 30 millions de consultations par an promises.

« La région Centre-Val de Loire, qui devrait bénéficier le plus de cet outil, est finalement celle qui en bénéficie le moins », note le fondateur de Médecins solidaires. « Quand vous dites à des médecins voisins de venir deux jours par mois, il faut que les départements aux alentours soient nourriciers. Or, en Centre-Val de Loire, il n’y a pas de département nourricier. Ils ont eu trois médecins volontaires, c’est ridicule. » Les deux dispositions, Médecins solidaires et « Un médecin près de chez vous », peuvent toutefois se compléter, espère le Dr Jardel. En attendant que les médecins soient plus nombreux.

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Le docteur Gérard Van Melckebeke, ancien généraliste à la retraite, membre du collectif Médecins Solidaires depuis trois ans. Médecins Solidaires
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