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Dans « La Légende », Boualem Sansal règle ses comptes avec ceux qui l’ont « poignardé »

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Culture 02/06/2026 10:52 Actualisé le 02/06/2026 11:51

Si l’écrivain franco-algérien ne cite aucun nom, celui-ci se montre particulièrement sévère contre son ancien éditeur Gallimard et plusieurs titres de presse, dont « Le Monde ».

Par Valentin Etancelin avec AFP

« La Légende » de Boualem Sansal vient de paraître, en ce mois de juin 2026, chez Grasset.

XAVIER GALIANA / AFP

« La Légende » de Boualem Sansal vient de paraître, en ce mois de juin 2026, chez Grasset.

EN BREF Boualem Sansal publie La Légende chez Grasset, où il raconte ses 361 jours de détention en Algérie.
Dans les dernières pages du livre, il remercie tous ceux qui l’ont soutenu et établit une liste de 170 personnalités.
Il y dresse aussi une liste « noire » qu’il désigne, sans les nommer comme « ceux qui m’ont poignardé ».

Après son départ mouvementé de chez Gallimard, Boualem Sansal est de retour en librairie, chez Grasset. L’écrivain franco-algérien y publie, ce mardi 2 juin, La Légende, un livre sur sa détention en Algérie qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, en plaçant son auteur au centre de polémiques diplomatique, intellectuelle et politique.

« La Légende n’est pas un livre neutre. C’est un livre de combat (...) Il nomme. Il accuse », écrit son auteur dans cet ouvrage de 240 pages. L’octogénaire y met en cause le « régime algérien honni », qui l’a placé derrière les barreaux pendant 361 jours, du 16 novembre 2024 au 12 novembre 2025, et l’a condamné à cinq ans de prison avant de le gracier.

Boualem Sansal explique pourquoi il aurait préféré que Paris engage « un rapport de force » avec le pouvoir algérien pour obtenir sa libération plutôt que de privilégier la négociation diplomatique. « Quitte à rester et à mourir en prison », affirme-t-il.

L’auteur souligne notamment que cette divergence de fond est l’une des raisons de son divorce d’avec son éditeur historique Gallimard, et son patron Antoine Gallimard, qui l’aurait mis dehors, et sa décision de rejoindre Grasset, une maison d’édition du groupe Hachette, dans l’orbite du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.

« Ceux qui m’ont poignardé »

Son arrivée a contribué à provoquer le limogeage du PDG de Grasset, Olivier Nora, prélude à un vaste mouvement de colère d’auteurs de la maison d’édition qui ont décidé de ne plus y publier. Au micro de France Inter, l’auteur a déclaré « ne pas bien comprendre » ces protestations, affirmant se sentir « super bien » chez Grasset, qui lui a offert, selon lui, un à-valoir exceptionnel d’un million d’euros pour ce nouveau livre.

Mais l'aspect le plus notable du livre reste sans doute sa conclusion : Boualem Sansal termine La Légende en établissant une liste de quelque 170 noms de personnalités qui l’ont soutenu. Puis, tout en se défendant de « régler des comptes », il consacre une seconde annexe à « ceux qui ont juré que j’avais la rage » et « qui se disaient mes amis - et m’ont poignardé », écrit-il. Il ne cite aucun nom mais assure qu’ils « étaient légion ».

L’auteur se montre particulièrement sévère avec les dirigeants de Gallimard, dont le PDG Antoine Gallimard, qu’il accuse de l’avoir « mis à la rue » comme « un SDF », en le forçant à quitter le logement où il a été hébergé pendant trois mois après son arrivée à Paris. Antoine Gallimard n’a jusqu’à présent pas réagi à ces accusations, jugées « navrantes » et « loin de la réalité » par une source proche de la maison d’édition.

« Ceux qui m’aimaient, m’admiraient et me flattaient ont été les premiers à me cracher dessus », écrit aussi Boualem Sansal, en mettant ainsi en cause Le Monde, Libération et Le Nouvel Obs pour avoir évoqué son « possible glissement vers la droite radicale ».

« Je ne suis pas une ligne idéologique »

« Je suis libre (...) Je ne suis pas sur une ligne idéologique », a affirmé l’écrivain dans un entretien, publié ce samedi par l’Indépendant, le quotidien de Perpignan où il a participé ce week-end au Printemps de la liberté d’expression, festival soutenu par le maire Louis Aliot, vice-président du RN.

« Ce que je peux dire, c’est que le RN a pu prendre certaines de mes positions sur l’islamisme et l’islam », a-t-il précisé, assurant avoir aussi « des prises de position qui sont à l’extrême gauche ». « L’Islam, plus que les autres religions, est très totalitaire », a-t-il martelé, cette fois sur CNews, qui lui consacre une journée spéciale ce mardi.

Dans La Légende, Boualem Sansal se félicite que, « partout en France », « des hommes et des femmes refusent que leur pays disparaisse, qu’il se dissolve (...) dans la mondialisation, dans l’Europe des bureaucrates et des représentants du commerce ou, pire encore, dans un islam exalté ».

La sortie de La Légende s’accompagne d’une campagne de promotion menée tambour battant par Grasset. Après un passage à la matinale de France Inter, Boualem Sansal a également fait la Une du Figaro Magazine, qui a qualifié son livre de « thriller carcéral et méditation philosophique ». Ailleurs, la réception critique est moins positive, comme dans les pages de L’Humanité, qui y voit un livre « sous escorte droitière renforcée ».

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