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Natif de Québec, sorti de l’École nationale de l’humour avec mention en 2019, P-O Forget a vu sa renommée croître considérablement au cours de la dernière année, en bonne partie grâce à P-O Forget Live au Club Soda, une captation de spectacle réalisée en décembre 2024. Déposée sur YouTube en mars 2025, la vidéo approche aujourd’hui les 368 000 vues !
En diffusant sur YouTube, puis sur OHdio, cet impeccable 53 minutes de blagues cinglantes alliant fort habilement le social et le niaiseux, P-O Forget souhaitait bien entendu susciter un engouement, se faire connaître d’un plus vaste public, donner un nouvel élan à sa carrière. « C’est une belle carte de visite, reconnaît-il. Je suis heureux du succès obtenu, mais je me rends compte que c’est un couteau à double tranchant, parce que ça engendre auprès du public, du milieu et des médias des attentes que je dois maintenant satisfaire. »
Se montrer à la hauteur, c’est bien ce que l’humoriste de 34 ans a l’intention de faire avec Prises de tête, son deuxième spectacle solo, mais son premier depuis qu’il a été embauché chez KOScène. La tournée prendra officiellement son envol à Québec, le 30 septembre, et à Montréal, le 13 octobre. « Je suis vraiment content de me produire à la salle Albert-Rousseau, explique celui qui a grandi à Val-Bélair, en banlieue de Québec. D’abord parce que je n’ai jamais présenté mon spectacle devant 1300 personnes, et que c’est très excitant, d’autant qu’il y aura ma famille et mes amis, mais aussi parce que c’est dans cette salle que j’ai vu mes premiers spectacles d’humour. »
Liberté d’expression
Après un détour du côté de la publicité, un milieu où il n’était pas heureux et pour lequel il n’était, semble-t-il, « pas doué », P-O Forget choisit l’humour afin d’étancher sa soif de création. « Autant je peux avoir de la difficulté à m’exprimer authentiquement dans mes relations professionnelles, familiales, amicales ou amoureuses, autant je me sens libre de tout dire dans le stand-up. Être humoriste, pour moi, ce n’est pas juste une job, c’est aussi un moyen presque thérapeutique de répondre à mon besoin fondamental d’expression. »
Après avoir cru qu’il serait auteur pour d’autres humoristes, l’homme comprend que sa place est sur scène. « Cela dit, j’adore écrire, et, quand je le fais, je me permets d’explorer beaucoup, j’ose emprunter toutes les directions sans avoir peur de me tromper. À la fin, bien sûr, je jette énormément de matériel, mais c’est un processus créatif qui me convient. » Puis il ajoute, avant même qu’on ait eu le temps de lui poser la question : « Si on me proposait d’écrire pour une sitcom, ou d’alimenter des personnages, je ne dirais sûrement pas non ! »
Grand lecteur — ces temps-ci, il se passionne pour Balzac —, Forget a un indéniable amour pour la langue française. « Cette langue magnifique, formidable, j’ai la chance de l’avoir comme outil de travail ! À mon sens, quelqu’un qui a une belle maîtrise de la langue, c’est quelqu’un qui est capable d’utiliser plusieurs registres : le soutenu, le populaire, le familier, le scientifique… En fait, j’aime les contrastes, ceux entre les niveaux de langue, mais aussi ceux entre les tons. J’aime tenir des propos plus profonds, plus sociaux, et d’autres, stupides, vulgaires ou même complètement cons. Il y a, par exemple, dans le spectacle, des exercices de style qui ne servent à rien, mais qui nous font beaucoup rire, le public et moi. »
Il a beau avoir grandi en écoutant passionnément Les Denis Drolet, Jean-Thomas Jobin, François Pérusse et même Dieudonné — « Il fut un temps où je le trouvais sensationnel », précise l’humoriste —, c’est en assurant les premières parties de Yannick De Martino et de Matthieu Pepper (qui signe d’ailleurs la mise en scène de Prises de tête) que Forget a fini par découvrir son personnage de scène. « J’ai surtout compris qu’un personnage de scène, ça ne vient pas de ce que tu ajoutes, mais bien de ce que tu enlèves. En choisissant le dépouillement, j’ai expérimenté une confiance et une détente qui sont probablement mes plus grands atouts aujourd’hui. »
Drôle et lucide
Dans un style de stand-up assez classique, c’est-à-dire sans personnages et sans accessoires, sans chansons et sans piano, sans pétards et sans écrans, P-O Forget parvient à jeter un regard neuf et grinçant sur des questions délicates, comme la langue, la religion, le capitalisme, les inégalités sociales, la consommation, l’emploi et le choc des générations, sans oublier la vie de couple, la pédophilie et… les performances du Canadien.
« Mon défi, explique l’humoriste, c’est de conserver une voix originale. Je cherche à être lucide tout en étant drôle, à proposer des angles inédits, c’est-à-dire à ne pas reconduire des idées reçues, à ne pas remâcher des discours qui ont déjà été ressassés 100 fois. » Sur scène comme dans la vie, l’homme, qui s’intéresse au politique et à la politique, n’hésite pas à se positionner comme quelqu’un qui « espère davantage des institutions qui nous gouvernent ». « Je ne suis pas un partisan, précise-t-il, je suis un citoyen et un artiste qui s’attend à ce que l’État nous tire vers le haut, où à tout le moins qu’il fasse preuve de décence. »
L’humoriste révèle en terminant que la scénographie de son spectacle est inspirée de la fameuse formule de Leonard Cohen : « There is a crack, a crack in everything / That’s how the light gets in ». « C’est presque devenu un mantra pour moi. Ça me rappelle que c’est possible, en humour, de traiter les choses de manière concrète, sans mettre de lunettes roses, sans chercher à conforter les uns et les autres, à les réconforter ou à mentir sur la difficulté de la situation. On peut faire rire tout en parlant de ce qui va mal, observer la réalité en face tout en laissant passer de la lumière à travers tout ça. »


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