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D’abord authentiques ou compétents? Quels dirigeants veulent les Québécois?

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Il fut une époque où les Québécois semblaient d’abord chercher des dirigeants « vrais » ou « authentiques » avec qui ils avaient envie « d’aller prendre une bière ». Une priorité dont on a moins parlé dans les dernières années, qui, marquées par l’instabilité, ont favorisé l’élection d’un Mark Carney qui brillait plutôt par son CV. Les électeurs ont-ils revu leurs priorités ?

« Le contexte a joué un rôle clé » dans ce qui s’est passé à Ottawa avec l’élection de Mark Carney, note la professeure Mireille Lalancette, de l’Université du Québec à Trois-Rivières. « La compétence prime dans des contextes où on a des politiciens carnassiers, comme aux États-Unis ou ailleurs. »

Mme Lalancette mène justement avec des collègues des travaux sur l’évaluation que font les électeurs des politiciens au Canada depuis les années 1990. Trois valeurs les guident, selon ses conclusions préliminaires : l’authenticité, la compétence et la compréhension des intérêts des simples citoyens (la « proximité »).

Les premiers résultats montrent que lors des élections fédérales de 2025, M. Carney a dominé en marquant beaucoup de points en matière de compétence. Sa performance en ce qui concerne l’authenticité a décliné en cours de route et il a convaincu peu de gens sur le plan de la proximité, selon les sondages menés auprès de 3000 Québécois. Heureusement pour lui, les résultats de Pierre Poilievre étaient mauvais dans les trois catégories, expliquent les chercheurs dans un article publié en décembre dans la revue Policy Options.

Le test de la bière

Dans le contexte de la course à la chefferie de la Coalition avenir Québec (CAQ), où le candidat Bernard Drainville a suggéré que sa rivale était « beige », on pourrait se demander si on n’assiste pas à un affrontement entre l’authenticité et la compétence.

Mais ce n’est pas si simple, selon le sondeur Jean-Marc Léger. « L’authenticité, ce n’est pas juste être populiste », c’est « collé à la relation de confiance ». Les électeurs valorisent l’authenticité parce qu’elle est pour eux un gage d’honnêteté, ajoute-t-il.

Et, selon lui, cette valeur demeure au sommet des priorités. Ainsi, l’authenticité, l’honnêteté et la transparence sont, ensemble, les trois critères les plus importants pour les Québécois, souligne-t-il. « La compétence et le leadership passent après. »

Depuis des années, Léger sonde les Québécois lors des élections pour savoir avec qui ils souhaiteraient le plus « aller prendre une bière ».

L’image a marqué les esprits. À tel point que, lors de la campagne électorale de 2018, un Jean-François Lisée en quête de popularité avait déclaré aux médias s’être donné comme priorité « de monter significativement la proportion des gens qui [voulaient] prendre une bière, un verre de vin ou un café » avec lui.

La question a toujours son importance, assure Jean-Marc Léger, qui signale que la question a changé depuis et qu’on demande maintenant aux gens avec qui ils iraient « prendre un café ».

Il compte bien sonder l’électorat là-dessus durant la campagne électorale cet automne, comme d’habitude.

Dans le passé, des politiciens comme Jack Layton ont fracassé des records d’enthousiasme sur ce plan. Il s’agit, dit-il, d’un trait propre au Québec. « C’est une différence avec le Canada anglais. Ici, au Québec, on fait davantage confiance aux gens qu’aux institutions. Dans le cas de Jack Layton, les gens étaient tombés en amour avec la personne. »

Le jeu de base

Sébastien Dallaire, vice-président chez Léger, note que Mark Carney était « la bonne personne au bon moment ». Difficile de dire, selon lui, si les Québécois accordent globalement plus d’importance à la compétence dans le contexte actuel. Mais, chose certaine, « ils cherchent quelque chose ».

Dans la course à la chefferie de la CAQ, si Christine Fréchette peut avoir en commun avec Mark Carney l’accent mis sur ses compétences, elle a surtout en commun avec lui sa « nouveauté ». « Ça lui permettait de se présenter comme différente tant de François Legault que de Bernard Drainville », fait-il remarquer.

En se distinguant des politiciens « beiges », Bernard Drainville essaie de rappeler aux gens qu’ils veulent peut-être « quelqu’un de plus combatif », « qui va afficher des points de vue plus marqués », note-t-il. « Mais le contexte est moins favorable à ça. »

Par ailleurs, Sébastien Dallaire note qu’on oublie parfois, avec les algorithmes qui moussent tout ce qui est spectaculaire, que la population « veut juste avoir un bon gouvernement » et « quelqu’un qui va prendre les bonnes décisions ».

C’est paradoxalement, dit-il, ce que la CAQ a bien réussi durant la pandémie. « Dans la gestion quotidienne de la pandémie, François Legault admettait ses erreurs, parlait directement aux Québécois. Il affichait un côté responsable et transparent et ça fonctionnait. »

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