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La cruauté envers les animaux demeure une réalité préoccupante au Canada, et les experts s’inquiètent de la complexité et de la gravité des cas qui continuent de se produire.
En février dernier, à Sudbury, un homme de 51 ans a été accusé après avoir été filmé en train de rouer son chien de coups de pied. Si l’animal est aujourd’hui en sécurité, ce cas, parmi d’autres signalés au Canada, illustre la réalité de la cruauté envers les animaux.
Au Canada, 779 infractions liées à la cruauté envers les animaux ont été recensées en 2022. En 2024, ce nombre atteint 912. En Ontario, les cas sont passés de 89 à 313.
La catégorie Total des infractions liées à la cruauté envers les animaux a été créée en 2022 et comprend les infractions suivantes du Règlement sur la cruauté envers les animaux (DUC) :
Blesser ou mettre en danger des animaux;
Tuer ou blesser des animaux d’assistance policière ou militaire;
Faire souffrir inutilement un animal;
Omettre d’accorder des soins raisonnables à un animal ou à un oiseau, lui causant des blessures ou des lésions;
Arène pour les combats d’animaux.
Source : Statistique Canada
La pointe de l’iceberg
Pour Kerri Thompson, directrice de la justice et des affaires législatives à Humane Canada, les chiffres sur la cruauté animale ne reflètent qu’une partie de la réalité.

Kerri Thompson explique les lacunes dans le suivi des cas de cruauté animale.
Photo : Offerte par Kerri Thompson.
Elle indique que le manque de précision des catégories statistiques masque l'ampleur réelle du phénomène.
Nous ne savons donc pas ce qui relève des combats d’animaux, du fait de tuer un chien d’assistance ou d’une accusation de négligence, déplore-t-elle.
Le web, un terrain de chasse
Plus inquiétant encore, la violence migre en ligne. Kerri Thompson rapporte que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et plusieurs procureurs s'inquiètent d'une augmentation des cas de violence extrême envers des animaux diffusés sur le web.

Jordan Babando explique le rôle d’Internet dans la violence envers les animaux.
Photo : Offerte par Jordan Babando.
Du côté de la criminologie, Jordan Babando, professeur à l'Université Laurentienne, analyse le rôle d’Internet dans ces comportements.
Internet offre [aux agresseurs une nouvelle vitrine] pour nourrir leur besoin de pouvoir, de contrôle ou d'attention.
Internet est un moyen pour eux de surveiller les réactions des autres à distance tout en essayant de rester anonymes, poursuit-il.
L’animal comme outil de torture psychologique
Le lien entre la violence animale et la violence humaine est indéniable, souligne le Dr Shane Bateman, professeur à l’Ontario Veterinary College : l’animal devient souvent un instrument de contrôle coercitif.
Entre 60 et 90 % des survivantes de violence domestique dans des refuges qui sont propriétaires d'animaux rapportent que leur animal a été menacé de violence ou maltraité.

Paulina Siemieniec plaide pour une reconnaissance juridique accrue des droits des animaux victimes de violence.
Photo : Offerte par Paulina Siemieniec.
Selon Paulina Siemieniec, fondatrice d’une société de conseil en représentation animale, ces situations peuvent souvent constituer le premier signe qu’il y a de la violence ou des abus au sein du foyer.

Carley Reynolds insiste sur une meilleure formation des policiers et juges pour protéger les animaux victimes de violence.
Photo : Offerte par Carley Reynolds.
Carley Reynolds, avocate chez Donich Law, confirme que, dans certains cas de violence conjugale, l’agresseur utilise la menace ou la maltraitance de l’animal pour contrôler son partenaire, même si des accusations à cet égard sont rarement portées.
Le silence des cabinets vétérinaires
Identifier la maltraitance reste également un défi de taille. Rarement un agresseur ou un témoin confessera l'origine réelle d'une blessure, explique le Dr Shane Bateman.

Le Dr Shane Bateman souligne que l’animal devient souvent un outil de contrôle coercitif dans les foyers où sévit la violence familiale.
Photo : Offerte par Shane Bateman.
Les gens ne vont pas venir vous dire automatiquement : ''Vous savez, mon mari ou mon petit ami vient de donner un coup de pied à mon chien.''
Ce que nous entendons, c'est : oh, mon chien est tombé dans les escaliers, mon chien s'est fait renverser par une voiture ou je ne suis pas sûr de ce qui s'est passé, note le vétérinaire.
De plus, il admet que certains vétérinaires hésitent à signaler ces cas par peur de perdre un client ou de nuire à leur réputation, créant un conflit éthique majeur.
Mieux former pour mieux protéger
Face à ce constat, les experts appellent à une formation accrue de la police et des juges.
Pour Kerri Thompson, de Humane Canada, la maltraitance animale doit être considérée avant tout comme un enjeu de sécurité publique.
Le professeur Jordan Babando estime, pour sa part, qu’il est crucial que le système de justice prenne davantage au sérieux les signaux d’alarme et les indicateurs de maltraitance animale.
Les animaux sont en fait placés plus bas dans la hiérarchie. Ils n'ont pas les mêmes protections juridiques et, par conséquent, la police ne va pas enquêter sur la mort d'un animal ou sur la cruauté envers les animaux avec la même rigueur que pour des êtres humains, ajoute-t-il.
Le ministère du Solliciteur général assure toutefois que les recrues policières reçoivent déjà une formation liée à l’application des lois sur le bien-être des animaux et que le lien avec la violence conjugale est abordé dans les cours avancés destinés aux agents expérimentés.
Pour Paulina Siemieniec, les droits juridiques conçus pour protéger les êtres vulnérables doivent être étendus aux animaux.


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