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Un demi-million de jeunes et de travailleurs ont défilé contre l’austérité et le militarisme le 6 octobre en France, alors que la mobilisation lycéenne entrait dans sa troisième semaine. Avec les manifestations dans plus de 50 villes espagnoles pour le logement, les grèves du secteur public portugais et les luttes des jeunes en Belgique et en Allemagne, l’ampleur des événements ne fait aucun doute. Un mouvement de masse européen entre en collision avec l’État policier et le diktat de l’oligarchie capitaliste.
En France, des centaines de lycées sont bloqués ou fermés. La police a répondu par une violence sauvage et des arrestations massives. Plus de 6 600 personnes, en écrasante majorité des jeunes, ont été arrêtées, dont plus de 6 000 ont été placées en garde à vue en à peine deux semaines. Des centaines de personnes ont été blessées. À Lens, un garçon de 15 ans a eu une main arrachée par une grenade assourdissante de la police.
Des pancartes évoquant Mai 68 – quand la répression policière d’étudiants a déclenché la plus grande grève générale de l’histoire de France – se répandent. Une couche croissante de jeunes et de travailleurs se tourne vers la gauche, en quête d’un changement social fondamental.
La question est : comment la classe ouvrière peut-elle intervenir, mobiliser sa puissance sociale pour stopper la répression et imposer sa propre solution à la crise en France et à travers l’Europe ?
Le Parti de l’égalité socialiste (PES) préconise la construction de comités d’action indépendants en France et à l’échelle internationale, porteurs des revendications des travailleurs et des jeunes à la base sur chacune des questions décisives. C’est indispensable pour libérer la lutte des classes de l’emprise des bureaucraties syndicales et des politiciens capitalistes.
Les principales confédérations syndicales françaises appellent à des grèves partielles et à des manifestations dans les semaines à venir, mais ont reporté au 5 novembre toute action nationale.
Mais la classe ouvrière ne peut pas attendre le 5 novembre. La lutte des classes doit pouvoir se développer librement, dès maintenant. L’énergie explosive des manifestations des jeunes doit se tourner vers la mobilisation de la classe ouvrière en France et dans toute l’Europe.
Les directions syndicales cherchent à garder le contrôle du mouvement, à le fragmenter en journées d’action isolées ou sectorielles, et à demander à l’État des concessions limitées tout en bloquant une mobilisation plus large. C’est ce qu’elles ont fait en 2023, lorsqu’elles ont appelé à des grèves contre la réforme des retraites, que des millions de personnes ont rejointes, pour mettre fin à la lutte une fois que Macron avait promulgué sa loi.
Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise (LFI) cherchent, par d’autres moyens, à imposer au mouvement le cadre de l’ordre politique existant. Mélenchon dénonce les violences policières et soutient les manifestations, mais il vise explicitement à canaliser le mouvement vers l’élection présidentielle de 2027. Il a écrit que LFI devait « accompagner cette période de mobilisation et de prise de conscience politique en lui ouvrant un débouché sur 2027. »
C’est le contraire du développement de l’indépendance politique des travailleurs. Mélenchon cherche à transformer un mouvement explosif, qui se dresse contre l’État capitaliste, en soutien à sa campagne visant à prendre le contrôle de cet État par les urnes.
Sa perspective repose sur l’idée que des réformes sociales fondamentales peuvent être obtenues dans le cadre du capitalisme français. Mais il n’existe pas de solution nationale ou réformiste à une crise internationale du capitalisme.
La dette de la France s’élève désormais à près de 3 600 milliards d’euros, soit 119 pour cent du PIB. La charge de la dette explose alors que les marchés financiers exigent plus d’austérité. En même temps, l’État injecte des dizaines de milliards dans l’armée et l’arsenal nucléaire.
Cette crise est européenne. Tous les gouvernements sont confrontés à des dettes colossales, à la stagnation économique et aux appels de l’oligarchie financière à l’austérité sociale.
L’extrême droite exploite cette crise en proposant un programme encore plus brutal. La cheffe du RN, Marine Le Pen, propose 140 milliards d’euros de coupes budgétaires d’ici 2032, tout en incitant à la haine des immigrés et en réclamant un appareil policier et étatique renforcé.
La progression de l’extrême droite n’est pas l’expression d’un virage uniforme à droite de la population. Elle se développe sur fond d’un mouvement croissant des travailleurs et des jeunes vers la gauche, dont l’expression politique indépendante est bloquée par des organisations qui subordonnent la lutte des classes à l’État capitaliste.
En même temps, la bourgeoisie européenne se tourne avec une agressivité extraordinaire vers le militarisme et la guerre contre la Russie.
Les conflits internationaux et la crise de classe à l’intérieur se renforcent mutuellement. La classe dirigeante obtient les centaines de milliards nécessaires au réarmement européen en ponctionnant les salaires, les retraites, l’éducation, la santé et d’autres dépenses sociales. L’opposition sociale qui en résulte accentue le virage de la classe dirigeante vers le nationalisme, le militarisme et l’autoritarisme.
Avant la Première Guerre mondiale, l’Europe était secouée par des grèves de masse et par des luttes révolutionnaires de la classe ouvrière, tandis que les pays impérialistes accéléraient la course aux armements et allaient d’une crise internationale à l’autre.
Lorsque la guerre a éclaté en 1914, les classes dirigeantes ont invoqué la défense nationale pour exiger des travailleurs qu’ils renoncent à la lutte des classes et se subordonnent à leur propre bourgeoisie. En France, le Parti socialiste et la bureaucratie syndicale ont rejoint l’Union sacrée ; en Allemagne, le Parti social-démocrate a soutenu le Burgfrieden et voté les crédits de guerre.
Les gouvernements ne lancent pas des guerres uniquement parce qu’ils sont confrontés à des troubles intérieurs. Les causes fondamentales de la guerre impérialiste résident dans les contradictions de l’économie mondiale capitaliste. Mais pour des classes dirigeantes confrontées à une opposition croissante, le militarisme permet d’exiger l’« unité nationale », d’imposer d’immenses sacrifices et de renforcer les pouvoirs coercitifs de l’État.
Ce lien s’est manifesté de façon éclatante le 6 octobre. Alors que des centaines de milliers de personnes défilaient dans toute la France, la marine française a procédé au premier tir d’essai de son tout dernier missile balistique mer-sol, le M51.3.
C’était quelques jours seulement après que Moscou eut lancé un avertissement nucléaire face aux menaces de l’OTAN contre Kaliningrad. Les pays de l’OTAN agissent comme s’ils pouvaient intensifier sans cesse la pression militaire sur la Russie sans provoquer de catastrophe.
Mais le fait d’avoir déjà survécu à plusieurs crises ne rend pas la suivante sans danger. Comme le démontre 1914, cela peut engendrer la complaisance et les erreurs de calcul qui préparent le plongeon dans l’abîme.
L’escalade guerrière et l’explosion de la lutte des classes ne sont pas des questions distinctes. Les mêmes gouvernements qui disent aux travailleurs qu’il n’y a pas d’argent pour les écoles, les hôpitaux, les retraites et le logement dépensent des centaines de milliards pour la guerre. Et l’appareil militaro-policier renforcé au nom de la guerre sert à attaquer l’opposition à l’intérieur.
Une solution progressiste exige des politiques socialistes : la mobilisation internationale de la classe ouvrière pour exproprier l’immense richesse de l’oligarchie financière, mettre fin à son pillage de la société et enrayer l’escalade vers la guerre.
Les mobilisations des jeunes peuvent deEtvenir un puissant levier pour développer une telle lutte. Les jeunes doivent aller dans les lieux de travail et les quartiers populaires et expliquer les dangers posés à tous par la machine militaro-policière, l’extrême droite, le diktat des banques sur la vie sociale et l’escalade de la guerre. À leur tour, les travailleurs doivent se mobiliser pour défendre la jeunesse, indépendamment du calendrier proposé par les bureaucraties syndicales.
Il faut de nouvelles organisations de lutte et une perspective politique révolutionnaire. C’est le sens de l’appel du PES à construire des comités d’action dans la classe ouvrière française, européenne et internationale. Pendant les luttes de classes des années 1930, Léon Trotsky a présenté les comités d’action comme moyen de briser la « résistance anti-révolutionnaire des appareils des partis et des syndicats » par la « représentation révolutionnaire des masses en lutte ».
Des comités d’action doivent être créés dans les établissements scolaires, les universités et les lieux de travail, élus et contrôlés par ceux qui sont en lutte, et indépendants des bureaucraties syndicales et des partis capitalistes. Ils peuvent relier entre eux lycées, universités et lieux de travail ; organiser la lutte contre la répression policière ; préparer manifestations et grèves ; et briser les divisions nationales et sectorielles imposées à la classe ouvrière.
Un tel mouvement ne peut pas rester confiné à la France. Les luttes en Espagne, au Portugal, en Belgique, en Allemagne comme en France sont un processus international découlant de la même crise capitaliste. L’Europe est une poudrière, les États accélèrent leurs préparatifs de guerre.
Aujourd’hui il s’agit d’unifier ces mouvements par-delà les frontières nationales et de leur donner la plus grande force possible. Le choix, pour les travailleurs et les jeunes, n’est pas entre Macron, Mélenchon et Le Pen. C’est entre l’enfoncement toujours plus dans l’austérité, la répression et la guerre sous le capitalisme, et la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière internationale pour le socialisme et les États-Unis socialistes d’Europe.


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