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Le festival Misteria Paschalia, festival musical de la Semaine sainte dans la ville emblématique du pape Jean-Paul II, est l’un des principaux d’Europe consacrés à la musique ancienne et baroque. Mais alors que la musique de Juan de Araujo résonnait, samedi, dans le décor unique de la chapelle de Sainte-Kinga, creusée à 101 mètres sous terre à même la mine de sel de Wieliczka, Cracovie se dote d’outils modernes majeurs pour développer son offre culturelle.
Lorsqu’on songe aux grandes métropoles touristiques européennes à l’est de Vienne, on pense assez spontanément à Prague et à Budapest. Il est vrai que les deux villes se font une concurrence féroce avec respectivement 8,3 millions et 8,1 millions de touristes (sur le plan des nuitées) en 2025. En découvrant la personnalité et le charme de la vieille ville de Cracovie, on s’étonne que la capitale culturelle de la Pologne n’apparaisse pas plus spontanément comme une destination naturelle, au même titre que les capitales tchèque et hongroise. Le chiffre de 5,6 millions de visiteurs, excellent, mais non comparable, en témoigne.
Semaine sainte
« J’ai plus d’églises sous la main ici qu’à Paris », affirme Vincent Dumestre. Le chef du Poème harmonique, référence internationale dans l’interprétation de la musique du XVIIe siècle, est, depuis 2024, le directeur artistique de Misteria Paschalia, qui se tient lors d’une semaine très active à Cracovie, la Semaine sainte. Il s’agit d’un événement emblématique parmi les festivals, dont un festival du film créé en 1961, avec lesquels la ville irrigue sa vie culturelle.
Le musicien français se produit depuis 2007 à Misteria Paschalia, événement créé en 2004. C’est sur la base d’une carte blanche en 2017 qu’il a été promu au rang de directeur artistique après la pandémie. « J’essaie de faire évoluer le festival autour des grandes forces, le patrimoine architectural, le centre historique resserré, cette opulence de lieux forts, d’œuvres fortes [dont La dame à l’hermine, de Leonard de Vinci, au musée des Princes Czartoryski] et d’artistes forts qui ont vécu ici. Un concert, c’est une acoustique, une œuvre et un artiste. »
Au-delà de projets emblématiques de Misteria Paschalia, comme ces nouvelles Vêpres de Monteverdi reconstituées par Dumestre en 2025 à la basilique Sainte-Marie devant l’impressionnante œuvre de Veit Stoss, l’un des plus grands retables gothiques au monde, le festival compense les jauges naturellement faibles des églises par des concerts à la Philharmonie, par exemple pour la Passion selon saint Jean.
Au-delà de l’étendue des répertoires, Misteria Paschalia prend aussi la forme d’un carrefour des savoir-faire européens en matière de musique baroque. Le mandat est intrinsèque : « Je me dois d’équilibrer les origines des ensembles pour des raisons contractuelles, mais aussi pour des raisons d’équilibre et de découvertes », nous dit Vincent Dumestre. Les Suisses de Voces Suaves ont commencé la semaine avec Membra Jesu Nostri de Buxtehude, les Belges de Vox Luminis ont chanté la Passion de Sebastiani, dont nous vous avons parlé vendredi, avant que Vaclav Luks ne dirige Zelenka, précédant la franco-bolivienne Mariana Delgadillo Espinoza dans la mine de sel et Julien Chauvin, dimanche.
Avenir
« C’est une ville en développement culturel permanent, avec des orchestres des salles, un public fervent et une véritable volonté politique », analyse Vincent Dumestre en directeur musical comblé.
On ne saurait mieux dire. Cracovie développe non pas un, mais deux projets de nouvelles salles : le Kraków Music Centre, complexe musical et pôle culturel de plusieurs salles intermédiaires, dont une de type orchestre de chambre, autour de 1200 places, et une de type musique de chambre, autour de 800 places, avec comme ensembles résidents la Capella Cracoviensis et la Sinfonietta Cracovia. Ce complexe doit être inauguré au printemps 2027. À cela s’ajoutera la Nouvelle Philharmonie de Cracovie à l’horizon 2030 sur le modèle de la Philharmonie de Paris pour remplacer la Philharmonie actuelle, bâtiment des années 1930. Elle augmentera le rayonnement culturel de la ville en donnant des outils de développement aux ensembles locaux, en attirant des tournées internationales, et renforçant ses festivals.
« Cracovie est le centre culturel de la Pologne. Mais la Pologne est plus à l’est par rapport aux pays qui ont généré le mouvement baroque ; la Belgique, l’Angleterre, la France. Le constat, c’est l’éloignement, et mon rôle est de montrer ce qui se passe en dehors de l’Ouest », analysait Vincent Dumestre lors de notre rencontre à Cracovie en fin de semaine. Entre patrimoine et modernité, les outils pour l’aider vont se démultiplier.
Christophe Huss était l’invité du Bureau des festivals de la Ville de Cracovie.


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