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Jusqu’où le Québec serait-il prêt à aller dans le conflit commercial avec les États-Unis ? Au lendemain d’une nouvelle offensive tarifaire du gouvernement Trump, l’idée d’utiliser les exportations d’électricité comme moyen de pression sur Washington — en les réduisant, en les interrompant ou en les surtaxant — divise profondément les cinq chefs en campagne.
Mercredi, la première ministre sortante, Christine Fréchette, n’a pas exclu de recourir à ce levier énergétique contre la Maison-Blanche. « C’est une option qui reste sur la table, je n’exclus rien », a-t-elle déclaré lors d’un point de presse à Mont-Saint-Hilaire.
La cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ) s’est toutefois montrée prudente, soulignant que le Québec demeure « très contraint » par ses engagements contractuels en matière d’exportation d’électricité. « Pour l’instant, ce n’est pas une mesure prioritaire, mais je n’exclus rien. On va voir la tournure que va prendre cette guerre tarifaire », a-t-elle indiqué au 14e jour de la campagne électorale.
Le conflit commercial a franchi un nouveau cap mardi soir, lorsque le président républicain a annoncé de nouvelles mesures contre le Canada, dont l’interdiction d’importer certains produits canadiens, notamment des alcools.
Au Parti libéral du Québec (PLQ) et à Québec solidaire (QS), on estime au contraire que le gouvernement ne devrait pas hésiter à sortir l’arme énergétique. Interrogé à ce sujet, le chef libéral, Charles Milliard, s’est dit prêt à y recourir s’il était porté au pouvoir cet automne.
« Il faut qu’on se batte contre cette menace-là qui n’a aucun sens. […] Il faut qu’on se tienne debout. L’hydroélectricité, l’énergie, c’est l’une des armes qu’on a, alors il ne faut pas hésiter à l’utiliser, a-t-il déclaré depuis Québec. L’énergie, c’est l’un des éléments qu’on a dans notre poche qui peut faire mal. »
La co-porte-parole de QS, Ruba Ghazal, propose quant à elle de menacer les États-Unis d’une hausse de tarifs sur l’hydroélectricité. « C’est une pièce qui est importante dans cette guerre tarifaire qu’un gouvernement de Québec solidaire brandirait au moment opportun », avait-elle déclaré mardi.
L’an dernier, Hydro-Québec a tiré 1,703 milliard de dollars de ses ventes d’électricité hors Québec. En volume, 46 % de ces exportations étaient destinées aux États-Unis, soit 41 % à la Nouvelle-Angleterre et 5 % à l’État de New York.
Une escalade « contre-productive », dit PSPP
À l’inverse de ses adversaires, le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, a rejeté l’idée d’alimenter les tensions avec la Maison-Blanche. « L’idée d’une escalade me semble absolument contre-productive », a-t-il tranché mercredi, après avoir également déploré l’entrée en vigueur, la veille, des contre-tarifs du gouvernement de Mark Carney.
Le chef péquiste a par ailleurs appelé à la prudence dans l’emploi d’un vocabulaire associé à la « guerre », souvent utilisé pour décrire le conflit commercial. « Je pense que le rôle d’un aspirant premier ministre ou d’une première ministre, c’est de diminuer l’anxiété et de ne pas l’augmenter », a-t-il fait valoir.
Le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, insiste lui aussi sur l’importance de conclure une entente avec Washington au plus vite et d’éviter une « surenchère de tarifs ».
Depuis le début de la campagne, les deux chefs accusent la première ministre sortante d’instrumentaliser le conflit commercial à des fins électorales. Des reproches rejetés mercredi par Christine Fréchette : « Je n’utilise pas la guerre commerciale, j’assume mes responsabilités. La première d’entre elles est de protéger les Québécois, et c’est exactement ce que je fais », a-t-elle répliqué.
Carney reste discret
Le premier ministre canadien, Mark Carney, se fait par ailleurs discret depuis la récente escalade du conflit commercial, son agenda public étant vide depuis plus d’une semaine. Il s’est adressé aux Canadiens dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux, les appelant à faire preuve de résilience au moment où entrait en vigueur la riposte canadienne aux droits de douane américains, mardi.
Le premier ministre canadien devrait toutefois bientôt être contraint à répondre aux questions des médias sur les derniers développements de la guerre commerciale. Il entamera jeudi une retraite de son cabinet à Banff, en Alberta, avant de participer à un forum sur l’investissement à Toronto la semaine prochaine.
Le chef du gouvernement canadien s’était d’ailleurs déjà opposé à l’utilisation de l’énergie comme levier dans le conflit commercial. En juillet, il avait prévenu qu’une telle mesure risquait de nuire à la réputation du Canada en tant que fournisseur fiable.
Rappelons que l’idée d’utiliser l’électricité comme levier de pression a déjà été testée au Canada, sans succès. L’an dernier, le premier ministre ontarien, Doug Ford, avait imposé une surtaxe de 25 % sur l’électricité exportée vers les États de New York, du Michigan et du Minnesota. Il avait toutefois dû la suspendre quelques jours plus tard, après que Donald Trump eut menacé de doubler les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium canadiens.


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